Une contraception pour tous oui, mais pour toustes ?

Par Margaux Cabut.

TW : mention du viol, relations sexuelles.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tenais à préciser que je vais parler exclusivement de relations hétérosexuelles car elles sont, à mon sens, le modèle qui permet le plus de démontrer l’enjeu de domination qui découle de la contraception.

Rapide tour d’horizon de l’histoire de la contraception.

En Égypte, des documents datant de 3000 ans avant J-C. évoquent déjà l’utilisation de suppositoires vaginaux fabriqués à base de levain et… d’excréments de crocodile. Moins glams qu’un sac Hermès en croco1, je vous l’accorde.

La capote comme on la connaît aujourd’hui était plus rudimentaire dans le temps : intestins, vessies… Plus éco-friendly que le latex mais questionnable niveau hygiène. En 1844, Goodyear développe le caoutchouc : la production de masse commence. Le « condom » connaît son heure de gloire avec l’apparition du sida, au milieu des eighties.

Pour les moyens contraceptifs destinés aux femmes, de réels « progrès » sont accomplis dès la fin du XIXe siècle. Le diaphragme est inventé en 1880. Le premier stérilet est fabriqué dans les années 1910. Au milieu des années 50, deux américains mettent au point la pilule contraceptive : bouleversement mondial, un minuscule cachet permet non seulement de contrôler la fertilité à 99% mais aussi de libérer les femmes du poids d’une grossesse non-désirée.

Des boyaux d’agneaux au caoutchouc, la contraception a finalement existé depuis que les êtres humains copulent.

La contraception féminine, entre légende urbaine et réalité douloureuse.

Depuis son avènement révolutionnaire et libérateur, la pilule reste le moyen contraceptif favorisé par les femmes : en France, en 2016, la pilule est la contraception la plus utilisée2.

Cependant, si elle libère les femmes dans un premier temps, elle les accable aussitôt : dérèglement hormonal, risque d’AVC, fluctuations de poids, impact sur l’humeur, effets secondaires possiblement désastreux… Prendre la pilule, c’est devoir faire face à tous ces désagréments potentiels.

Au-delà de cet aspect physiologique assez déplorable, la pilule demande une organisation rigoureuse et ajoute une charge mentale, une source de stress au quotidien des femmes.

Pourquoi continuent-elles alors de s’infliger la pilule si elle semble être un poids, un fardeau, un supplice dans certains cas ? Sans doute car les alternatives se comptent sur le doigt d’une main.  

Beaucoup de femmes arrêtent la pilule : en 2018, sur les femmes interrogées qui ont arrêté de prendre la pilule, 42% l’ont fait pour éviter les effets secondaires, 39% pour la contrainte que représente la pilule et 38% pour les risques qu’elle fait peser sur la santé3. Mais quand elles laissent tomber le fameux cachet, que leur reste-t-il ?

Certes, on peut citer le patch, l’implant, le stérilet mais on reste dans la contraception hormonale. Or, les effets des hormones sur l’organisme de la femme ont déjà été observés depuis longtemps : phlébite, embolie pulmonaire, dépression… Les femmes prenant la pilule ont un risque de dépression plus élevé de 70%, relève une étude danoise4.

Et le stérilet en cuivre alors ? Il est déconseillé pour les femmes aux règles abondantes, et peut engendrer des complications assez importantes (exemple sympa, le voir se décrocher et se planter dans la paroi utérine).

Et pourquoi pas le préservatif féminin ? En tant que femme sexuellement active, je vous avoue que cette méthode contraceptive est pour moi comme une légende urbaine : j’en ai souvent entendu parler, au collège notamment, mais je n’en ai jamais vraiment vu, que ce soit dans l’espace médiatique, universitaire ou familial.

Il assure pourtant les mêmes fonctions que son homologue masculin : empêcher la grossesse et la transmission de MST. Cependant, force est de constater qu’il ne s’avère pas aussi pratique et facile d’utilisation que son confrère. Beaucoup de femmes trouvent son usage compliqué et peu glamour.

En outre, peu voire aucune sensibilisation n’est faite quant au port du préservatif féminin. Il n’est absolument pas médiatisé : êtes-vous déjà passé.e devant une pub pour celui-ci ? Avez-vous déjà vu une affiche Durex pour autre chose que la famous capote « sexy fraise » ?

Dans l’absolu, le préservatif féminin pourrait être une des meilleures alternatives à la pilule, comportant peu de risques et demandant peu d’organisation. Mais le manque de médiatisation, sa marginalisation dans le paysage sexuel et son impopularité découragent les femmes de se tourner vers cette méthode.

Le préservatif, un autre médium pour la domination masculine ?

Peut-être me direz-vous « pourquoi n’abandonnent-elles pas la pilule et ne demandent-elles pas à leur conjoint de mettre un préservatif ? ». D’autant plus qu’il est facile d’utilisation, relativement peu onéreux, efficace à 98% (en théorie, on n’est jamais à l’abri d’un craquage), et sans effet négatif sur la santé. Bref, c’est chill.

Plusieurs études montrent que les femmes ne se sentent pas légitimes de demander à leur partenaire de mettre un préservatif. Pourtant, en 1997, ce sont 5,2 millions d’adultes nouvellement infectés par le VIH, dont 2,1 millions de femmes5. Physiologiquement plus exposées, elles sont souvent socialement, culturellement, économiquement ou émotionnellement dans l’impossibilité d’exiger la protection de leurs rapports sexuels par l’utilisation de préservatifs masculins.

Mais ce n’est qu’un peu de latex, non ? Pourquoi acceptent-elles de coucher avec un homme qui refuse de mettre un préservatif ?

Il n’est pas rare que les hommes tentent d’esquiver la capote, prétextant qu’ils « sentent moins, prennent moins de plaisir et puis c’est galère à mettre, viens on n’en met pas ». Face à cette insistance, de nombreuses femmes ressentent une certaine pression mais aussi la nécessité de satisfaire les besoins sexuels de l’homme dans les plus brefs délais. S’ensuivent alors des relations sexuelles dangereuses car non-protégées.

Ce serait partir dans un autre débat que d’interroger la valeur du consentement de ces femmes qui « acceptent » des relations non-protégées, se soumettant face à l’obstination de leur partenaire de ne pas mettre de préservatif. Petit rappel : dans tous les cas, si une femme vous demande de mettre une capote et que vous ne le faites pas, c’est du viol.

Finalement, les femmes se sentent encore contraintes dans leurs relations sexuelles : elles cherchent à satisfaire l’homme sans trop l’indisposer, et se pensent donc obligées d’assumer la charge de la contraception, ou bien de la grossesse si elles ne trouvent pas un autre moyen que le préservatif.

Une libération, ou bien une déconstruction nécessaire de notre rapport à la contraception en tant que femmes ?

Comment, en tant que femmes hétérosexuelles, peut-on se libérer du carcan patriarcal dans lequel la contraception nous enferme ? Comment (re)prendre contrôle de notre contraception pour (re)prendre le contrôle de notre sexualité ? 

Au-delà de l’importance de se renseigner sur les différentes méthodes qui s’offrent à nous, il est nécessaire de réussir à se distancier du rôle que nous devons avoir dans la contraception. A-t-on envie de supporter la charge organisationnelle et possiblement physiologique de la pilule ? N’est-il pas paradoxal de risquer sa santé pour se « protéger » ? Pourquoi la contraception à long terme nous incombe, et non à notre partenaire ?

Un projet de pilule masculine est pourtant depuis des années sur la table. L’équipe de Sabatino Ventura à Melbourne, tente de développer une pilule non-hormonale qui serait efficace quelques heures après la prise. Du jamais vu ! On aurait de quoi envier, nous, une pilule avec tant d’avantages.

D’ici-là, libre à nous de choisir notre méthode de contraception. Cependant, n’oublions pas que le préservatif ne diminue pas le plaisir sexuel masculin, ou alors très peu. Que nous sommes en droit d’exiger que notre partenaire en porte un, même si nous sommes ensemble depuis longtemps ou que nous utilisons déjà un autre moyen contraceptif. Que la contraception, ça nous protège mais ça protège aussi notre partenaire, et que le coût économique et psychologique devrait être partagé.

Don’t be a d*ck, wear a condom!


1. https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/20138-gigantesque-ferme-de-crocodiles-en-australie-le-projet-scandaleux-dhermes/

2. Données du Baromètre Santé 2016 sur les pratiques contraceptives des femmes et leurs évolutions depuis 2010.

3. Sondage réalisé par statista.com en 2018.

4. Étude de chercheurs de l’université de Copenhague, sur 1 millions de femmes sans antécédent dépressif, de 2000 à 2013.

5. Le préservatif au féminin par Brigitte Reboulot, médecin d’études cliniques à l’ANRS, pour le numéro 69 de l’automne 1998 sur pistes.fr.