Librairie Quai des Brumes – Interview

Par Solène Bellora.

Si vous déambulez dans Grand’Rue, vous tomberez sur la librairie Quai des Brumes. Sébastien Le Benoist, co-gérant de la librairie, a accepté de répondre par mail aux questions de la rédaction.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Sébastien Le Benoist. J’ai 43 ans. Je suis libraire depuis 2004 et co-gérant de la librairie Quai des brumes depuis février 2014.

Quelle est l’histoire de la librairie Quai des Brumes ? 

La librairie Quai des brumes est fortement liée à la loi Lang sur le prix unique du livre. Francis Bernabé, le créateur de la librairie, a profité de cette loi fixant le prix du livre quelque soit le lieu de vente pour quitter la FNAC et créer la librairie en mai 1984. Cette loi a mis sur un pied d’égalité tous les points de vente qui désormais devaient développer d’autres arguments que le prix de vente pour attirer et fidéliser une clientèle. La librairie a trouvé naturellement son nom : sa première adresse était quai des bateliers à Strasbourg et Francis Bernabé a appris que McOrlan, l’auteur du roman Quai des brumes, avait ses (mauvaises) habitudes sur ce quai.

Comment allez-vous, personnellement, en ce moment ? Comment va la librairie ?

En ce moment c’est une période plutôt compliquée. Les confinements successifs fragilisent la librairie et les incertitudes sur le mois de décembre rend la situation très instable. La librairie fait 1/3 de son chiffre d’affaire entre octobre et décembre. Et le mois de décembre pèse 50% de ce dernier trimestre. Aujourd’hui nous devons prendre des décisions concernant le stock à l’aveugle…Nous avons cependant la chance comme beaucoup de librairies indépendantes d’être soutenu par une communauté de lecteurs incroyables. Les messages de soutien pleuvent, les commandes également…La vie de la librairie est en ce moment un beau bazar ! D’autant plus que je viens d’être testé positif et que je suis forcé de m’éloigner de la librairie. Difficile d’être loin de l’équipe en ce moment…

Ce serait quoi pour vous, la librairie et même le monde « un mois sans livres » ? 

Lors du premier confinement nous nous réunissions souvent à la librairie avec mon associé, Arnaud Velasquez, pour parler de cette situation inédite que la librairie traversait. Le magasin était fermé, sombre et silencieux…une horreur. Un mois sans livres pour un libraire, pour un lecteur c’est ça : un monde fermé, sombre et silencieux.

Comment vous êtes-vous adaptés à ce deuxième confinement ? 

Nous avons appris du premier. Toute l’équipe est restée mobiliser… Personne n’a voulu se mettre en chômage partiel afin de traverser ensemble ce deuxième confinement. Nous avons donc très vite mis en place le retrait de commande : nous avons un site marchand très intuitif et efficace. Nous nous éloignons un peu du cœur de notre métier mais nous restons en lien avec les lecteurs, ce qui est primordial.

Le gouvernement a permis aux commerces dit « essentiels » d’être ouverts au public. Ce n’est pas le cas des librairies. Que pensez-vous de cet arbitrage selon lequel les livres dans votre cas et la culture plus largement sont non essentiels ? 

Cette question a vraiment animé le monde professionnel lors du premier confinement. Le syndicat de la librairie française, après avoir pris la température des libraires, a annoncé qu’il ne saisirait pas la main tendu par Bruno Le Maire pour rouvrir les librairies… Personnellement nous étions plutôt pour ce respect total du confinement pour des raisons de santé publique : nous connaissions mal la maladie, nous n’avions pas de masques ni de gel hydro-alcoolique, les consignes d’accueil du public n’étaient pas connues. Le livre est devenu non essentiel par la force des choses. Mais une chose est sûre : cet accès difficile à la culture l’a rendu plus qu’essentiel…et je suis convaincu que l’envie de librairie, de théâtre, de cinéma mais aussi de gastronomie va exploser dans la vie d’après…

Comment définiriez-vous l’esprit de la librairie Quai des Brumes ? 

Depuis sa création son esprit est guidé par la curiosité et le plaisir… C’est ce partage qui fait de la librairie un lieu ouvert, amical, bienveillant envers les lecteurs qui ne sont pas jugés sur leurs lectures et envers les textes.

Comment faire pour aider la librairie Quai des Brumes ? 

Quai des brumes comme tous les commerces de centre ville n’a besoin que d’une chose : de vie. La librairie a besoin que ses lecteurs se déplacent, viennent en ville. Que chacun se persuade que venir en ville pour acheter un livre, une paire de chaussure, une console de jeux est aujourd’hui un acte militant fort.

Avez-vous quelques recommandations littéraires pour faire passer ce confinement ? 

Deux livres extrêmement drôles pour passer ce cap : Broadway de Fabrice Caro (Ed. Gallimard) et Jésus Christ président de Luke Rhinehart (Ed. Forges de Vulcain).

Librairie Quai des Brumes

120 Grand’Rue
67000 Strasbourg

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