Edito – Un mois sans …

Un mois sans informations.

Par Solène Bellora.

A l’ère du numérique, de l’information instantanée, d’un accès aux sources diversifié, il serait bien fâcheux de ne pas avoir accès à toutes les informations.  

Reconfinement. COVID-19. Elections américaines. COVID-19. Confinement non respecté. COVID-19.

Voici un grossier résumé de ces dernières semaines aux journaux télévisés. Une pandémie suffit ainsi à faire disparaitre bon nombre d’informations. C’est le cas notamment du projet de loi de « sécurité globale » en ce moment débattu à l’Assemblée Nationale et défendu par le groupe LREM.

Cette loi prévoit de nombreuses mesures largement controversées, parmi lesquelles : l’extension des compétences des polices municipales ; l’autorisation de la surveillance des manifestations par caméras aéroportées ; et l’interdiction de la diffusion d’images d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale, lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police, « dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique » [1].

Les enjeux sont majeurs : réduction des libertés, surveillance toujours plus banalisée, répression toujours plus organisée.

Pour certains la cause est noble, nos forces de polices et de gendarmerie doivent être protégées. Toutefois pouvons-nous les laisser exercer un monopole de la violence physique légitime [2] tant revendiqué et déployé par l’Etat en toute impunité ?

Sans la diffusion d’images de forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction, pas d’affaire Geneviève Legay[3] ni Cédric Chouviat[4] dans notre jolie France. En effet, cela aurait évité bien des problèmes, mais pas aux premières concernées : les victimes.

Comme le résume bien Arié Alimi[5], cette loi c’est la possibilité de « voir, pour l’Etat, sans être vu, par les citoyens »[6].

La covid-19 n’est ainsi apparemment que la seule préoccupation des médias…

Sommaire

Arménie et Artsakh : prendre soin des familles déplacées et des soldats blessés. Portraits du mois par Anna Agopayan et Rob Mushegyan.

Un mois sans patriarcat par Ambre Lagraulet.

Un mois sans soutif par Apolline Wittig.

Il y a des jours avec et des mois sans par Mélanie Berbach.

Entre 3A et désillusions : comment le COVID impacte les étudiant.e.s à l’étranger par Suzie Bernard-Meneguz.

Un mois sans rire par Théo Da Silva.

Un mois sans œuvres patriarcales, Tribune du Collectif Arc en Ci.elles par Lilas Zekri-Hammer.

Un mois sans inégalités entre hommes et femmes par Zola Kondamambou.


[1] Projet de loi n°3452 relatif à la sécurité globale.

[2]Max Weber, Le savant et le politique, trad. de l’all. par Catherine Colliot-Thélène, Paris, La Découverte, 2003.

[3] Geneviève Legay a 73 ans lorsque le 23 mars 2019, lors d’une manifestation à Nice, elle est chargée par des policiers. Emmanuel Macron a assuré qu’elle n’avait « pas été en contact avec les forces de l’ordre » dans un entretien à Nice Matin. Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont prouvé le contraire.

[4] Cédric Chouviat a été interpellé le 3 janvier 2020. Lors d’un contrôle de police pour infraction au code de la route, il subit un plaquage ventral et une clé d’étranglement. Il décèdera 48 heures plus tard. La diffusion des vidéos de l’interpellation a permis d’établir que la cause de son décès n’était pas seulement un « malaise cardiaque » comme ont pu déclarer les policiers impliqués dans l’affaire.

[5] Arié Alimi est un avocat français membre de la Ligue des droits de l’homme.

[6] Propos tenus lors d’une interview réalisée pour Konbini, publiée le 9 novembre 2020.