Un mois sans inégalités entre hommes et femmes.

Couverture de l’ouvrage de J. Ann Tickner, Gender in international relations : feminist perspectives on achieving global security, New York : Columbia University Press, 1992

Par Zola Kondamambou.

Entre balade sur YouTube et sur mes réseaux sociaux, désormais envahis de contenu en tout genre ayant trait à Sciences Po, mon œil de nouvelle arrivante s’est égaré. Il est allé se poser sur ce qui m’est apparu être une irrégularité. Une photo représentant sur un pont quatre hommes en costume. Souhaitant me pencher d’un peu plus près sur l’affaire, je lis la description, un vocabulaire méconnu me saute alors à la figure : MUN et JANUS, nous y reviendrons plus tard. Néanmoins, je parviens à grapiller certains morceaux d’informations. Il est question d’une délégation envoyée, ce 11 novembre 2020 à Paris, afin d’y représenter, pour un concours, Sciences Po Strasbourg et Stras’Diplomacy. JANUS étant donc le concours, et le MUN, l’exercice, il me restait un élément à élucider : celui d’une représentation strasbourgeoise entièrement masculine.

JANUS, Journée contre les Armes NUcléaires et pour la Sécurité.

En 2020, c’est la « flexibilité » qui donne le ton chez Stras’Diplomacy. L’équipe partage son temps entre développement de nouveaux projets et sauvegarde des autres. Parmi les nouveaux arrivants, il y a JANUS, la Journée contre les Armes NUcléaires et pour la Sécurité. Ces intérêts, Stras’Diplomacy les partage, de plus, ils sont accompagnés d’un format prometteur de visio-conférence en cas d’annulation et de trois modalités de participation : la calligraphie, l’art oratoire et le MUN. Un évènement paraissant en tout point idéal et adapté aux circonstances. Et pourtant, la participation féminine lors de la sélection pour ce dernier fait défaut. Nous tenterons, ici, de revenir sur le pourquoi du comment d’une délégation intégralement masculine et les raisons de l’absence de l’autre genre : entre erreur de dernière minute et problème structurel.

La question de la parité.

Afin de mieux comprendre, ce qui ne m’était pas familier, je me suis adressée, à celle dont c’est le quotidien. Sandy Hugues est, pour l’année scolaire 2020-2021, la présidente de Stras’Diplomacy. Elle a pris l’initiative de participer au concours organisé par JANUS et a fait partie du comité de sélection avec Bastien Clavel, trésorier de l’association. Notre entrevue s’est tenue le 22 octobre 2020. Sandy Hugues décrit alors une situation déroutante : aucune candidature féminine n’a été présentée dans le cadre du concours JANUS. Elle dit y avoir penser et regrette. Je l’interroge donc sur les conditions de communication sur le concours ainsi que les modalités de sélection.

Vis-à-vis de la communication, la présidente de Stras’Diplomacy souligne sa rapidité. En effet, le concours ayant lieu en début d’année, il est impératif pour y prétendre, d’être réactif et efficace, mais aussi « expert ». Par ce biais, l’association cherche à répondre à la demande de ses membres les plus « aguerris ». La sélection se fait autour de trois éléments : une lettre de motivation, le nombre de MUNs que compte à son actif le candidat et enfin un intérêt pour le thème de la défense.

 « On est allé demander à des gens, s’ils étaient intéressés. Des personnes, que l’on savait être experte sur le domaine, possédant un intérêt particulier pour les questions de défense ». Les candidats seront donc, le meilleur de ce que Stras’Diplomacy peut offrir, des « experts » et « connaisseurs des règles » du MUN, un jeu de simulation reprenant les codes et les délégations d’organes divers, du Conseil de sécurité des Nations Unies au Conseil européen. Pour Sciences Po Strasbourg et Sandy Hugues, ce caractère d’expertise relève aussi d’un enjeu important. Le concours étant d’envergure nationale, il s’agit de défendre sa position parmi les autres IEPs et universités telles que l’Université Panthéon-Sorbonne Paris I et l’Université Panthéon-Assas Paris II.

Appuyer les arguments de l’expertise et du manque de temps et s’adresser à un public connu et réduit, paraît néanmoins quelque peu prédéterminant à la vue des résultats de la sélection. Stras’Diplomacy, n’avez-vous pas d’ « experte » parmi vos rangs ?

4 hommes pour la défense et le nucléaire.

Most feminine pronouns do have mocking but not necessarily misogynistic undertone.

La plupart des pronoms féminins possèdent une nuance moqueuse mais pas nécessairement misogyne.


Citation extraite du film Clueless, sorti en 1995 et dirigé par Amy Heckerling.

Dans ce cadre, particulier, la citation me parait pertinente car elle souligne une double discrimination du pronom décrit : une première par le ridicule et une seconde par la misogynie.

Aussi, dans les propos qui suivront, je vous propose de comprendre le ridicule comme un problème individuel, celui qui se ridiculise, se ridiculisant souvent et sûrement, à ses propres yeux. Puis, je vous demande de comprendre, la misogynie, comme un problème de structure ayant trait à l’organisation sociale du monde et de ses acteurs, celui d’une méprise et d’une exclusion d’un groupe de personne, en l’occurrence : les femmes.

Est-il possible d’envisager le manque de candidatures féminines et d’ « expertes » au sein de Stras’Diplomacy comme une simple coïncidence ? La réponse est oui et c’est une hypothèse que je n’exclus pas.

Cependant, il me semble nécessaire de répondre à cette question de manière plus complète en y incluant, le thème du concours JANUS : Armes nucléaires et sécurité. Théoricienne en relations internationales, Judith Ann Tickner se consacre au sujet de la place des femmes dans les relations internationales. Elle constate alors une exclusion progressive des femmes des notions de défense et sécurité, telles que traditionnellement définies[1]. Plus récemment, Tricia Ruiz, dans Feminist Theory and International Relations : The Feminist Challenge to Realism and Liberalism[2], montre comment les structures bureaucratiques et de nomination américaine ostracisent les populations féminines des postes nationaux de gouvernement relevant de la défense et de la sécurité. Toutes deux plaident pour ce qui correspond, aujourd’hui, à la notion de sécurité humaine[3]. Une révision structurelle des théories en relations internationales incluant, cette fois, l’ensemble des citoyens. Cette première analyse se rattache directement, à, la seconde forme de discrimination employée dans notre citation et critique les structures et les organisations sociales excluant le public féminin.

Toutefois, une ligne autre est défendue par la présidente de Stras’Diplomacy : celle d’une exclusion individuelle des femmes de ces thématiques. Le public féminin s’effacerait donc parce qu’il aurait intériorisé que sur les domaines de la défense et de la sécurité, il ne serait pas si « expert » que cela. Cette seconde analyse se rapporte à la première forme de discrimination employée dans notre citation. Une lecture comprenant l’évincement du public féminin des thèmes de sécurité et de défense comme un problème individuel. Néanmoins, je fais l’hypothèse qu’un comportement, comme celui de l’exclusion ne peut être qu’unilatéral, dans ce cadre. Ainsi, je vous propose de lire ce problème individuel d’intériorisation, comme complémentaire, à celui de la structure. Puis, de répondre à notre question de comment envisager ce manque de candidature de manière double : une auto-exclusion appuyée par la structure et son organisation sociale.

La question des statuts de Stras’Diplomacy.

Parmi les questions posées à la présidente de l’association figurait aussi celle de la parité dans les statuts de l’association Stras’Diplomacy. Sandy Hugues m’a avoué que cette mention n’y était pas présente. Je pose alors, ici, une dernière question ouverte, celle du pourquoi et du comment du renouvellement afin d’inclure ce qui pourrait remédier, à cette « irrégularité » de sélection : un peu de parité.


[1] Extrait de Feminist Theory and International Relations : The Feminist Challenge to Realism and Liberalism : « For example, Tickner would argue that security, a main topic in IR, should not only be understood as “defending the state from attack,” but should also consider that security for women “might be different because women are more likely to be attacked by men they know, rather than strangers from other states.”

Extrait de Théorie Féministe et Relations Internationales : Le défi féministe face aux théories réaliste et libérale : Par exemple, Tickner défendrait que la sécurité, un des principaux sujets de la théorie des relations internationales, ne devrait pas être comprise comme « la défense d’un état contre une attaque (extérieure) » mais se devait, aussi de considérer la sécurité que des femmes « pourraient être différentes, du fait que, « les femmes sont plus susceptibles d’être attaquées par les hommes qu’elles connaissent, plutôt que de personnes extérieures et étrangères à leurs frontières ».

[2] Théorie Féministe et Relations Internationales : Le défi féministe face aux théories réaliste et libérale.

[3] Extrait d’un article de Florence Basty, « La sécurité humaine : Un renversement conceptuel pour les relations internationales », Raisons politiques 2008/4 (n° 32), p. 35-57 : « (…) un déplacement conceptuel à la fois théorique et pratique d’une sécurité classique, fondée sur la protection des États, vers une sécurité centrée sur l’individu. Ainsi, la sécurité humaine vise avant tout la satisfaction des besoins primaires de sécurité des individus. »