Il y a des jours avec et des mois sans – Lonepsi

Par Mélanie Berbach.

Tout a commencé avec un pangolin. Ou peut-être un complot de l’industrie pharmaceutique, je ne sais pas. Les premiers 3A du cru 2019-2020 fuirent la Chine en catastrophe, chassés par une grippe. Ils n’avaient qu’à rester en Europe, le choix de la sécurité. En tout cas sanitaire.

J’aurais dû toucher du bois. L’Italie sent le sapin. Les problèmes. Des mois sans masque, sans lit en réa et sans PQ en rayon. Ambiance peste noire, les bubons et le goût en moins.

L’université, les boîtes et les frontières ferment. Dilemme. Faire une croix sur la sacro-sainte mobilité ou me confiner avec le colocataire allemand. Après deux bières c’est décidé, je quitte l’aventure. Il est sympa mais je suis une trouillarde : Cracovid m’angoisse. Demain, sept heures, je partirai. Vois-tu, La Grande Évasion par l’autoroute.

Dernière nuit mouvementée. Cette fois la vodka noisette n’y est pour rien. Une odeur de fumée et le vacarme de la rue me réveillent. Un coup d’œil dehors : gyrophares et Policja. Incendie dans l’immeuble. L’Allemand, mon pyjama et moi on doit évacuer par la fenêtre. Le départ prend des airs de fuite à Varenne.

Chaque récit de rapatriement a des airs d’Odyssée. Sauf qu’Ulysse a rejoint sa dulcinée, pas son prof sur Zoom. Désillusion d’une génération sacrifiée. L’Erasmus dans un rayon maximal d’un kilomètre autour du domicile.

Rebelotte pour la 4A. À quoi bon assurer la continuité pédagogique si notre monde s’effondre. Une jeunesse sans perspective d’avenir. La lumière au bout du tunnel clignote. Elle s’éteindra bientôt. La fête est finie.