Entre 3A et désillusions : comment le COVID impacte les étudiant.e.s à l’étranger :

par Suzie Bernard-Meneguz.

Couvre-feu, confinement, fermeture de bars, masques obligatoires… Chaque pays adopte des mesures plus ou moins souples afin de contrer le COVID. Par conséquent, il y a autant de situations différentes que d’étudiant.e.s dans la promo des 3A. Certain.e.s restant en France, confiné.e.s chez leurs parents tandis que d’autres profitent, insouscient.e.s de leur Erasmus. On appelle ces dernièr.e.s les « chanceux », parce qu’eux et elles, au moins, sont à l’étranger.

Mais qu’est-ce qu’être vraiment Erasmus en cette période, et est-ce vraiment une chance ?

 

J’arrive à Rome en mi-septembre. Devant initialement passer une année au Caire, je me résigne finalement à abandonner ce projet pour choisir la capitale italienne, préférant m’assurer une année à l’étranger.

Les premières semaines sont incroyables, remplies d’événements Erasmus. Le COVID semble être resté en France, à mon plus grand bonheur. Les cours ne commencent pas tout de suite, je peux profiter des soirées jusqu’à cinq heures du matin dans les rues, à parler allemand, italien, anglais et un peu russe dans la même soirée, et à déguster tous les types de Spritz. Toute ma vie est rythmée par ces événements, qui me permettent à la fois de rencontrer de nouvelles personnes, mais également de m’occuper puisque sans cours, les journées paraissent parfois un peu s’éterniser.

Les restrictions sont moindres et dérisoires, le port du masque est obligatoire de 18 heures à 6 heures seulement en cas de grand rassemblement. Puis, arrive une nouvelle règle, un peu plus contraignante mais qui ne gâche en aucun cas la traditionnelle vie Erasmus : le port du masque toute la journée. Sans le savoir, cette nouvelle restriction fut la première d’une longue série qui impacta sérieusement ma dolce vita italienne. D’abord, l’interdiction de boire de l’alcool après 21 heures dans les rues et fermeture des bars à minuit. Ensuite, couvre-feu de minuit à cinq heures. Puis, fermeture des bars et des restaurants à 18 heures et presque tous les cours en distanciel. Ces nouvelles mesures s’enchainent vite, et à peine a-t-on le temps d’en intégrer les conséquences qu’une autre est mise en place.

              Malgré ces mesures, je sais que j’ai pu profiter d’un mois de soirées, d’événements qui m’ont permis de me constituer un groupe d’ami.e.s avec lequel je m’entends bien et que je peux quand même voir de temps en temps pour un café.

Ce n’est pas le cas de tous.tes mes camarades, parti.e.s notamment au Royaume-Uni ou en Irlande. Pour ceux et celles arrivé.e.s en septembre, les soirées Erasmus n’ont jamais eu lieues, et la possibilité de rencontrer de nouvelles personnes s’est avérée très réduite. Les cours sont souvent en distanciel, même si certain.e.s ont la chance de pouvoir se déplacer sur le campus et ainsi rencontrer un peu de monde.

Finalement, pour les « chanceux » et « chanceuses » à l’étranger, la situation n’est pas forcément facile, ni plus agréable qu’en France. Se plaindre semble difficile, parce que certain.e.s auraient aimé partir et que nous avons eu cette opportunité.

 

Pourtant, être à des centaines voire millier de kilomètres de chez nous, dans un appartement dans lequel nous sommes condamné.e.s à rester de plus en plus et cohabitant avec gens que nous ne connaissons pas forcément ou peut-être pire, étant seul.e, n’est pas facile. Les journées sont longues sans aucune vie Erasmus, l’emploi du temps scolaire étant peu chargé. Le ressenti est souvent le même : les journées sont vides et on en vient parfois à penser qu’un stage en France nous aurait au moins permis de combler nos journées et de nous assurer une expérience professionnelle. On a l’impression que notre année n’est pas vraiment rentable et que tous les bons aspects d’Erasmus se sont envolés. Les voyages à l’intérieur du pays sont remis en question, certaines régions étant en semi-confinement, et rendre visite aux copains copines dans leur pays respectif est bien souvent impossible. Si le bilan carbone est irréprochable, le moral est au plus bas.

Et puis et surtout, la difficulté de se projeter dans l’avenir. On aimerait proposer à tous nos proches de nous rendre visite, réserver nos billets pour Noël mais tout reste en suspens. Impossible de savoir quand nous serons en mesure de revoir nos proches, impossible de savoir si la situation va encore s’empirer.

L’incertitude conjuguée à l’ennui d’une vie à l’étranger sans réel but ne rend pas forcément les élèves parti.e.s à l’étranger de « chanceux.ses ». D’autant plus qu’il est compliqué d’en parler aux autres proches restés en France, soumis à des restrictions parfois plus fortes et qui auraient rêvé de quitter la France pour une année. Alors ne blâmez pas votre ami.e lorsqu’il ou elle dira que son Erasmus en Espagne n’est si facile et que parfois il ou elle a envie de rentrer en France. La situation sanitaire actuelle rend l’installation dans un pays étranger encore un peu plus compliquée qu’elle ne l’est déjà, et comme le disait notre Président de la République, « c’est dur d’avoir vingt ans en 2020 », et ce, que l’on soit à Barcelone, à Strasbourg, à Londres ou bien à Rome.