La Haute-Saône, terre française mais étrangère.

Par Carla Brulet.

Être venu.es d’ailleurs, ce n’est pas forcément venir de très loin. D’ailleurs la Haute-Saône se trouve à trois heures en voiture de Strasbourg, si vous l’ignoriez c’est normal.

Je me souviens d’une émission qui passait à la télé, elle portait sur ma région d’origine, son nom était celui donné par quelqu’un venu d’ailleurs, quelque chose comme « La Franche Comté, une région étrangère ».

Pourtant la Franche-Comté, maintenant reliée à la Bourgogne, appartient bien à la France. Vous connaissez peut-être la ville de Besançon, Besac ou B’sac comme nous l’appelons, située dans le département du Doubs, de Vesoul ou V’soul en Haute-Saône grâce à Jacques Brel, Belfort ou encore Champagnole dans le Jura. Vous connaissez peut-être les stations de ski comme celle des Rousses, les fromages comme le Mont d’Or ou le Comté, les monuments comme la Chapelle de Ronchamp les boissons comme le Pontarlier de … Pontarlier.

Étranger ne veut pas seulement dire venir d’une autre nation, celle signifie en ignorer les coutumes et les traditions. C’est pour cela que j’ai choisi de parler de mon département la Haute-Saône, qui n’appartient pas à la diagonale du vide mais qui pourrait pourtant en faire partie.

La Haute-Saône, département de l’ancienne région de Franche-Comté et de la nouvelle région de Bourgogne Franche-Comté, possède une superficie d’environ 5000 km². Elle se situe en dessous de Belfort, elle-même située en-dessous de Strasbourg. Le plus important ne se situe pas vraiment auprès de sa vie industrielle située principalement au nord vers Vesoul mais dans le sud, là où j’ai grandi, vers Pesmes, Dampierre, Marnay, Gy et Champlitte et au centre de ces villes Gray.

Les soirées

Comment vous écrire à propos de la Haute-Saône sans évoquer les soirées. La première chose que j’aie constatée en entrant à Sciences Po est que la plupart n’avaient jamais fait de soirée avant la période post-bac. Chez nous, l’alcool est consommé dès le collège si vous êtes à Dampierre et à Marnay, la drogue dès le collège également à Pesmes et à Marnay, et si vous ne venez pas de Dampierre, de Marnay ou de Pesmes vous connaitrez ces substances dès la seconde à Gray.

Les Haute-Saônois sont des bons vivants par héritage familial. Il est admis d’inviter ses amis aux grands repas de famille où tout le monde commence à boire à 11h, perd la mémoire à 18h et vomit à minuit. D’ailleurs les jeux d’alcool et les chants pour faire boire son voisin, ou toute la table, sont connus et à nouveau joués et chantés dans les soirées avec ses amis.

Seul obstacle, celui de la distance. Il n’y a presque pas de transports en Haute-Saône et si votre famille ne veut pas vous emmener le samedi soir en soirée, vous êtes condamnés. Ces mêmes soirées organisées tous les mois sur la table familiale ou dans une salle des fêtes pour 40 euros la nuit, où la consommation modérée n’est pas admise. Les soirées sont rares alors buvons bien, les souvenirs en seront meilleurs.

Les musiques varient selon les groupes d’amis, mais toutes nos soirées finissent ainsi : chansons paillardes, vieilles chansons françaises, et autres chansons connues écoutées pas nos parents.

Je pourrais également évoquer l’autre type de soirée, celles où l’on voit végéter ses amis devant un soundsystem jusqu’à 7h du matin, celle qui deviennent des festivals de dub alors qu’il n’y a que 40 personnes. Un côté de la jeunesse haute-saônoise qui existe et qui fait marrer.

Les occupations

En dehors des soirées, que font les Haute-Saonois ? Coincés dans leurs petits villages, sans voiture, ils n’ont souvent pas grande possibilité de s’évader. Cependant, certains passent leur semaine à boire en famille, d’autres à sortir avec les amis d’enfance, ceux-là mêmes rencontrés dans le lotissement et qui connaissent des chemins parfois très différent du votre, d’autres passent leur temps sur Internet et les jeux vidéo entre amis. Il y a également ceux qui sortent pêcher, ceux qui sortent skater ou faire du vélo au bord de la Saône. Enfin il y en a qui aident leurs parents dans les champs et dans la ferme familiale, ou alors dans les magasins. Certains ont de la chance, ce fut mon cas, d’habiter à Gray ou à Dampierre, là il y a un Intermarché pour acheter des bières, se poser sur les quais, aller au cinéma (rarement sobre), pêcher des poissons, trainer. Une partie finit à Besançon, Belfort ou Dijon pour étudier BTS, DUT, licence et autres, d’autres se forment et travaillent pour des entreprises dès la sortie du BAC en Franche-Comté comme à Mouchard ou Lons-Le-Saunier.

Tout change évidemment lorsque le permis arrive : davantage de soirées, de bières prises à côté de la Saône. Et surtout tout le monde va vite. La limite de 80 n’est pas un maximum mais un minimum. 80 dans les villages, 130 sur la départementale. J’exagère un peu, mais les accidents de la route sont vite arrivés et les permis en moins aussi.

La langue

Les Haute-Saônois sont des francs-comtois par la langue dont il en reste quelques traces. Vous pouvez entendre quelques expressions récurrentes : le shni (la poussière) et sa pelle à shni (la balayette), être gaugé (être mouillé), t’as meilleur temps de … (tu ferais mieux de…) etc. Quelques expressions et une langue française parlée avec un accent fort, celui où l’on accentue les « au », les « on », les « é », les « en », les « ein », où l’on appelle les gens par « le » ou « la » (La Sophie, le Paulo, le Bouch).

Exemple : « Guette dont l’Riton » « t’avais meilleur temps à la pas gauger la Sophie »

S’ajoutent à cela les différentes expressions propres au lycée Augustin Cournot de Gray, seul lycée qui rassemble Pesmes, Dampierre, Champlitte, Marnay et leurs alentours. On ne dit pas les « cigarettes » mais les « taupes », on ne dit pas « tranquille » on dit « transuille ». Un vocabulaire spécifique qui se partage et qui nous fait nous reconnaître.

Les paysages      

Un autre trait remarquable de la Haute-Saône est plus largement de la Franche-Comté réside dans ses paysages. Le département étant relativement plat, il est boisé et les champs le recouvrent. Une vision qui ravive après avoir passé un mois dans une grande ville comme Strasbourg. Ce même paysage que l’on redécouvre après une soirée alcoolisée dans les champs, en même temps que tout le monde émerge de sa tente. La Haute-Saône n’est pas le plus beau paysage de la Franche-Comté, je vous inviterais à visiter en priorité le Haut-Doubs pendant l’hiver et le Jura en été, mais elle a son charme. C’est la petite sœur aux yeux gris de la région, celle qui se réveille tôt pour entretenir les champs et qui se couche tard sur CSGO.

Sur ce, je vous laisse, à bientôt dans l’Propos !