Les vacances en Besogne

Par Mélanie Berbach.

Chaque été c’est la même chose. 9h du matin, salle de pause, je scroll nonchalamment mon feed Insta. Camarades de promo en rando, camarades de promo à la plage, camarades de promos à l’apéro. L’impression de lire les histoires de Martine, le seum en plus. Aux tables voisines, toujours les mêmes sujets de conversation : la coloscopie de l’une, le retrait de permis de l’autre, le plan social de tous.

Renaissance. Un bien beau nom pour un plan social. Mona Lisa s’est retournée dans son tableau. L’organisation du travail a été repensée pour plus de productivité. L’idée descend de la sacro-sainte direction générale qui n’a surement jamais assorti un rayon de sa vie. Soit tu dis amen soit tu te casses. Mais pour aller où, sans bac ? Cora, Auchan, Leclerc… Smicard partout, reconnaissance nulle part. C’était mieux avant. La phrase résonne dans toutes les bouches, avouée à mi-voix par mon ancien chef, croisé au détour d’une pérégrination matinale, mon tire-palette au bout du bras. Tous semblent dépassés par cette nouvelle organisation, moi y-compris. Renaissance. Un tohu-bohu contreproductif. Auraient mieux fait de l’appeler Moyen-Âge.

À peine le temps de souffler qu’il faut renfiler le masque et pointer la fin de la pause syndicale. Je pars en réserve. Une collègue me demande de mettre ça en casse. Un caddie plein de victuailles que je dois scanner puis jeter, produit après produit, dans une benne prise d’assaut par les guêpes. Périmés d’un ou deux jours. Quel gâchis. Moral dans les chaussures de sécurité. Mon seul réconfort est de donner quelques kilos de salade à la Croix Rouge chaque matin. Au moins, y a pas qu’aux guêpes et aux industriels que profite la supercherie des DLC.

Retour en magasin. On me demande aux surgelés. Les cartons y sont lourds. Se baisser, se relever. On s’y use le dos et on se les pèle. 20 boîtes d’1kg de steaks hachés congelés. Les entreposer machinalement dans le frigo. On oublierait presque d’où ça vient. J’avais pas signé pour travailler à la morgue. Heureusement, on bavarde un peu avec les collègues. Il y en a une que je connais bien. C’est ma mère. Maman-collègue, c’est cocasse. Maman-héro aussi, 38 ans d’ancienneté, je respecte. On est mieux au chaud dans un bureau.

Il est 10h59. Enfin. Je range mon cutter dans ma poche et m’en vais pointer la fin de mon service. Il me tarde de m’allonger un peu, debout depuis 3h45, il est temps de faire une sieste.