Home Culture Art Laurent Gaudé au Portique : une analyse en toute objectivité.

Laurent Gaudé au Portique : une analyse en toute objectivité.

Laurent Gaudé au Portique : une analyse en toute objectivité.


La plume onirique de Laurent Gaudé et le talent des comédiens du Bureau Des Arts : il fallait réunir au moins cela pour donner naissance à un vrai moment de poésie sur scène. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en ce mardi 3 Mars sous les rideaux sombres de la salle du Portique de l’université de Strasbourg, pour la représentation de Sofia Douleur, et c’est ce qui se passera aussi selon toute vraisemblance et de la même manière, en ce mercredi 4 mars: Avis donc aux amateurs.

Par la rédaction. 


« Je veux une ville immense…qui ne s’endort jamais. »


Sofia, jeune fille née de l’union de trois mères, a véritablement le diable au corps. Venue à la vie avec un appétit sexuel insatiable, elle se heurte dans sa quête à la tristesse d’un monde où le plaisir est vu comme immoral, et où la moindre pulsion d’amour est perçue comme relevant d’un mal profondément déviant. Habités de secrets désirs, de vices inavouables, mais surtout de perpétuelles frustrations, les personnages de Gaudé sont des âmes errantes à la prospection d’un bonheur qui demeure toujours hors de leur portée. Les spectateurs sont invités à suivre dans leur quête d’émancipation sexuelle ces personnages qui tentent de vivre avec le poids de leur souffrance, dans un univers qui leur refuse la moindre effusion ; tour à tour sordides, impuissantes, cruelles, puis magnifiées dans leur amour envers l’autre, les âmes décrites par Gaudé suivent un chemin irrésistible vers la tentation, qui ne se solde par la libération des corps qu’à condition que s’opère une libération de leurs esprits…
Issue d’un monument littéraire à part entière, cette œuvre de Laurent Gaudé est une source d’inspiration pour qui chercherait à mieux s’immerger dans l’onirisme sublimé des dramaturgies du vingt et unième siècle.


« Et lorsque j’en aurais fini avec cette ville… j’en veux une autre et une autre encore… »


Bien sûr les amateurs de belle littérature ne seront que conquis par le phrasé très poétique de l’œuvre. Mais encore faut-il apprécier la langueur avec laquelle Sophia et ses acolytes s’ancrent dans la douceur de ce langage tiède et coloré. Pour une fois, les images invoquées et les soubresauts de la langue suivent le rythme hypnotisant de la danse des corps qu’ils sont supposés décrire, et on ne peut vraiment pas passer à côté du fait que le texte regorge de trouvailles stylistiques. Ce n’est à vrai dire pas pour rien si l’auteur-assez mal connu, il faut bien l’admettre pour les grands néophytes que nous sommes à la rédaction- est lauréat d’un Goncourt et de nombreux autres prix venus saluer son style. La pièce a ses moments de révélations poétiques mais elle est aussi touchante à sa drôle de manière. On ne peut en définitive, que s’amouracher de la pauvre Sofia, qui, allant d’îlots en îlots et errant de personnages en personnages, cherche très modestement sa place dans un monde hanté par le désespoir hurlé de ses habitants.


Les effets lumineux et sonores, les aménagements scéniques et, disons-le, l’application et la constance des comédiens ne font que rendre justice à la poésie de cette pièce envoûtante. Et si quelques mauvaises langues dirons que, tout de même, on est mal assis sur ces bancs du Portique, et que ce n’est pas confortable du tout, que cela n’est pas correct par rapport au niveau de standing coutumier des bâtiments auquel on nous a habitué, nous ne manquerons pas de leur répondre qu’à vrai dire, s’ils n’ont pas tout à fait tort, cela ne constitue pas pour autant une excuse valable quant à leur absence à ces deux représentations, et que, pour la peine d’un léger mal de fesses, chers lecteurs, croyez bien que le mal en vaut l’assise, et que la chandelle en vaut le jeu, ou quelque chose comme ça.
A vos places, donc.

Et à bientôt dans Propos.