Par Alexanne Bardet 


« C’est parce qu’il ne savait pas que c’était impossible qu’il l’a fait. »


Faire les bons choix c’est avant tout savoir ce qu’on veut faire de sa 3A. Est ce qu’on préfère découvrir le monde ? Est ce qu’on préfère étudier dans une bonne université ? Est ce qu’on préfère s’améliorer dans une langue étrangère ? Tant de questions auxquelles il faut répondre avant de rendre son dossier en espérant que nos décisions soient les bonnes.


À la fin de ma première année je ne savais toujours pas ce que je voulais faire de cette 3A. Je pensais un jour vouloir partir en Amérique Latine, puis l’autre vouloir me rendre en Asie. J’ai même fini par voir cette 3A d’un mauvais œil. Je commençais à me dire d’une part qu’on en faisait trop et d’autre part, je voulais absolument la rentabiliser. Cette année à l’étranger est une chance unique de faire ce qu’on a vraiment envie de faire, de penser à nous. « Quelle pression ! », me direz-vous. J’aurais tendance à apprécier cette ironie pour rebondir sur la vraie pression qui nous habite depuis bien plus longtemps : de quoi avons-nous vraiment envie ? Un trop grand nombre d’étudiants sont pleins de projets, pleins de rêves mais ne savent pas par où commencer pour mêler envie présente et construction d’un avenir incertain. C’est en essayant de combiner ces deux visions que j’ai décidé de me lancer dans le projet mixte, c’est-à-dire de faire un semestre universitaire et un semestre de stage. L’élément déclencheur de ce choix a été ma seconde mission solidaire au sein d’une école à Madagascar entre ma 1A et ma 2A. Mes convictions se renforcent et j’ai de plus en plus pour objectif de les lier à mon avenir professionnel. Les démarches de recherche de stage commencent ainsi, envers et contre tout.


Une cinquantaine de mails, une vingtaine de lettres de motivation, un C.V. en anglais et un autre en français, plusieurs entretiens, de nombreux coups de téléphone et beaucoup de désillusions… En effet, faire un projet mixte n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Tout d’abord, pour pouvoir faire un projet mixte, il nous est demandé d’avoir trouvé notre stage avant le dépôt du dossier final qui sera examiné par un jury. Un premier dossier est déposé afin d’indiquer notre volonté de faire un stage et met en avant nos premières pistes. Le second, rendu en même temps que tous les autres étudiants, nous oblige à avoir au moins un accord de principe avec un établissement d’accueil, sinon quoi, le dossier se verra refusé. Apparait ici une première barrière à l’entrée. Il est évident d’une part, que bons nombres d’étudiants cherchent à construire leur parcours professionnel mais manquent de contacts et de temps. D’autre part, combien d’établissements peuvent se projeter plus d’un an à l’avance ? Une majorité. La contrainte administrative d’avoir un accord de principe au moment du dépôt définitif du dossier conduit l’étudiant à une course contre la montre. Il ne cherche plus à mettre en avant son profil auprès d’un organisme mais à trouver l’établissement prêt à lui promettre une place et obligeant l’étudiant à s’adapter.


Alors que la 3A est déjà réputée pour être une source de stress chez les étudiants, ce stress ne peut que se renforcer lorsqu’ils font le choix d’un projet mixte. Les démarches supplémentaires liées au manque de soutien évident, pour mon cas, de l’administration en mon projet ne sont pas des facteurs qui aident pour le mener à bien. À titre d’exemple, une convocation dans le bureau de la responsable mobilité internationale et de la responsable projet mixte pour les entendre dire que, je cite, « [mon] projet a peu de chances d’être validé par le comité même si vous êtes déterminée » n’est pas ce que j’appelle être soutenu par son administration. Certains parleront de réalisme, mais où est le réalisme lorsqu’on sait que ce n’est pas en compliquant l’accès aux expériences professionnelles aux étudiants qu’ils entreront sur le marché du travail. Ainsi, l’incertitude d’y voir un aboutissement malgré la motivation, conduit à une remise en question de la pertinence de son projet. Combien de fois me suis-je dis « laisse tomber, tu n’y arriveras pas » ? Combien de fois me suis-je dis « de toute façon sans contact tu ne trouveras rien » ? Combien de fois me suis-je dis « cette 3A me joue de mauvais tours avant même d’avoir commencé » ? Aujourd’hui encore je ne suis pas capable de mettre des mots sur l’état dans lequel ces démarches ont pu me mettre. Je ne sais plus à quel moment j’ai fini par penser qu’il était normal d’avoir la boule au ventre au moment d’ouvrir sa boite mail de peur de recevoir un courrier de l’administration ou un énième refus d’un établissement.


Avec du recul, je comprends que j’aurais aimé être accompagnée positivement par quelqu’un qui était passé par là également. Avec du recul, je réalise que je ne regrette pas de m’être repoussée dans mes retranchements et d’avoir pris mon mal en patience. Avec du recul, je suis en train de vivre l’année que j’ai choisi malgré les réticences de mon École et je ne le regrette pas. Il n’y a pas de bons choix, il n’y a que des choix personnels. Par conséquent, faites-les pour vous et ne vous arrêtez pas tant que vous n’êtes pas allés jusqu’au bout. Si certaines personnes se révèleront être des obstacles pour vous, d’autres croient en vous et vous soutiendront dans votre démarche. Entourez-vous de cette équipe et munissez-vous de volonté, vous y arriverez aussi.