Par Jeanne Couroyer, Agnès Delhoum et Corentin Vilela (Propos)
Crédits Photo: Maelic Locatelli (SPF)

 Le spécialiste de la question écologique s’est rendu à Sciences Po Strasbourg à l’invitation de Sciences Po Forum pour donner une conférence sur l’urgence écologique, et la manière dont elle doit être appréhendée aujourd’hui. Rencontre.

 Vous êtes venus nous alerter sur l’urgence climatique mondiale, est-ce qu’aujourd’hui tout va mal ?

 Tout risque d’aller mal, en tout cas en matière d’environnement et de climat, les choses se sont beaucoup dégradées. À la fois les connaissances scientifiques sont précises et les modèles climatiques nous montrent que les choses vont de moins en moins bien. Malheureusement on arrive pas à inverser la tendance des émissions de gaz à effet de serre du coup on peut dire que les choses vont relativement mal, en tout cas pour le futur.


Vous avez évoqué la COP 21 pendant votre conférence, pensez-vous qu’il faut changer d’échelle pour des interventions principalement locales afin d’obtenir des résultats concrets ?


 Je pense qu’il est important d’avoir encore un cadre d’action international, on a failli ne plus en avoir du tout avec l’échec de Copenhague en 2009, la COP 21 a quand même permis de remettre les acteurs internationaux autour de la table. Mais il est certain que le cadre international en tant que tel ne suffit pas, d’autant qu’il n’est pas contraignant, et donc aujourd’hui les choses ne changeront qu’à partir du moment où l’on sera capable d’avoir des mobilisations importantes qui pourront faire pression sur les décideurs locaux et internationaux.
Aujourd’hui il n’y a aucune contrainte au niveau international, on peut arriver dans les négociations et annoncer des objectifs à peu près nul. La seul contrainte, c’est la pression des populations. Donc aujourd’hui on en est réduit à avoir une pression populaire de plus en plus forte sur nos décideurs pour obtenir des avancées et démontrer que l’on veut du changement. ll y a des plans qui ont été mis en place par  les collectivités locales et qui sont  assez encourageants. Certains plans sont engagés et  ambitieux, d’autant que ces plans sont suivis par une forte mobilisation citoyenne.

 Vous croyez à une économie qui irait de pair avec le développement durable ?


Ce qui est certain c’est qu’il va falloir changer nos modes de production et de consommation. Est-ce compatible avec le capitalisme ? C’est peu probable. Mais les progrès viennent de la marge en général. On a aujourd’hui beaucoup d’innovations sociales qui permettent de produire autrement, de consommer autrement. Le grand défi va être de généraliser les innovations sociales marginalisées et d’en faire système. C’est la question d’aujourd’hui.


Vous parliez du militantisme et de la nouvelle génération représentée par Greta Thunberg. Est-ce que la vague militante initiée par cette adolescente peut représenter le Pearl Harbor de l’écologie dont vous parliez dans votre conférence, ou alors est-ce que quelque chose de plus grave fera changer les choses ?


Je pense que ça va être une combinaison de choses. On voit très bien l’articulation entre le rapport en 2018 sur le fameux 1,5 degré qui était un petit électrochoc. On voit qu’il y a régulièrement de nouvelles productions dans le domaines de la science du climat avec des modélisations qui sont de plus en plus fines, de plus en plus fiables, et de plus en plus alarmistes.
Ce que je veux dire c’est que l’on a quand même des alertes scientifiques qui viennent conforter les alertes populaires et les mouvements sociaux. Et je pense que les nouvelles générations ne vont plus vouloir de ce monde-là.
Malheureusement on a rien d’autre à leur proposer, et je pense que il y a une grosse responsabilité du monde politique, et du monde médiatique qui doit relayer les alternatives existantes pour montrer qu’un autre monde est possible, parce que c’est le monde que vont devoir construire les générations futures.
On ne peut pas les laisser sans espoir, il va falloir les accompagner.