Propos premier sur l’info

Il serait bien difficile, chers lecteurs et chères lectrices, de vous faire part en quelques mots de la consternation qui secoue en ce moment même les couloirs de Sciences po Strasbourg. Pourquoi tant de cris, tant de pleurs et tant d’émoi, alors même que la cérémonie en l’honneur de Jacques Chirac avait tout juste réussi à rassembler quinze personnes sur le parvis de l’Eglise la semaine dernière ? Mais c’est bien sûr ! Le drame d’une génération, voir même de cinq générations, ne cessera donc jamais de s’acharner sur nous. Voilà, l’information vient de tomber par un mail venant de la direction: l’ensemble Saint Georges de Sciences po Strasbourg reste, et il ne veut pas mourir.

A la nouvelle, déjà relayée depuis quelques jours par les bibliothécairesde l’école et quelques professeurs, les réactions des élèves ne sont pas faites attendre et n’ont pas manqué de nous émouvoir. On a par exemple entendu un élève de deuxième année s’écrier en pleurs « mais du coup on peut quand même aller Goergetown ? », tandis que l’administration nous informe àl’instant qu’un élève est actuellement en train de forcer la porte du bureau dudirecteur pour savoir si, je cite, « on aura quand même deux semaines devacances en octobre ? ».

Une communication hasardeuse

L’information vient donc d’être confirmée par l’administration il y a quelques minutes par mail. Celle-ci avait déjà organisée une réunion cet après-midi pour les étudiant de 4ème année. Le thème officiel de la réunion: une réunion d’information sur le déménagement de l’école au Cardo, prévu à la Toussaint. Le vrai thème abordé durant cette réunion: pourquoi l’école ne démangera pas maintenant, et a priori pas avant février 2020 dans le nouveau bâtiment. Tout s’est en fait passé comme si la direction de l’école prévoyait cet énième retard depuis quelques temps déjà, et laissait filtrer les informations par divers intermédiaires pour tâter le terrain et ne pas mettre notre directeur en de trop mauvaises positions le jour des réunions face aux premières et deuxième année. C’est ainsi qu’on a vu des membres du corps enseignant se perdre en remarque ironique sur l’échéance du déménagement, et que quelques bibliothécaires exaspérées ont annoncé à des élèves qui passaient par là que le déménagement n’aurait pas lieu tout de suite. Bibliothèque fermée, cours déplacés, associations empêchées dans la tenue de certain événements, une semaine de vacances en plus: beaucoup de bruit pour pas grand-chose donc puisque le bâtiment, dont l’avancement est retardé depuis des mois, ne pouvait raisonnablement être prêt pour la toussaint. La question est donc de savoir ce qui a amené le directeur d’une grande école à faire des promesses à la plupart de ses élèves pour ensuite devoir revenir sur ses propos quelques semaines plus tard. Il semble que le chantier du Cardo soit pris dans des impératifs qui dépassent de loin la direction de notre école et les informations dont elle dispose. Reste à noter le caractère pour le moins hasardeux  de la communication des membres de la direction. Des informations provenant aux élèves au compte-goutte, des bruits de couloirs et des mails envoyés à la va-vite pour seules sources concrètes d’information, c’est à croire que la direction semble être la victime et non la commanditaire, d’un chantier où le temps s’est arrêté depuis bien longtemps. Reste que c’est au cours de cette réunion d’information aux quatrième année, cet après-midi, qu’un membre du corps enseignant aurait affirmé ceci aux élèves:  « En attendant, je compte sur votre compréhension pour permettre à toute la communauté de Sciences Po Strasbourg de surmonter cette difficulté dans le calme et la sérénité. ».

Calme et sérénité ?

Le calme et la sérénité, ce ne sont pas les deux principaux leitmotiv qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense aux six années de péripéties qui ont secoué le chantier du futur bâtiment de sciences Po Strasbourg. Mais peut-on pour autant blâmer la direction de l’école de ne pas vouloir envoyer 1500 élèves prendre des cours dans un bâtiment sans toit ni électricité ? D’ailleurs peut-on blâmer la direction tout court ? Ce qui ressort de ces dernières années de chantier (c’est le cas de le dire), c’est que la direction de l’école semble souffrir de ces pérégrinations architecturales plutôt qu’autre chose. Cette communication désastreuse devrait suffire à nous le prouver. Un commanditaire ne maîtrise en rien les conditions dans lesquelles se déroulent le chantier, et souvent il manque même d’informations quant à son évolution. Ce qui est à blâmer en revanche, c’est l’apparent manque de transparence quant à l’avancée de la construction, et l’hésitation constante d’une administration envers des élèves qui ne demandent qu’une chose : que leur « grande » école mérite enfin le titre dont on l’affuble.