Pour ce numéro du mois d’avril, c’est bien le Propostaff qui se charge de la rédaction et de la diffusion du journal. Autant dire que l’expérience est riche d’enseignements, notamment en ce qui concerne la quantité de travail nécessaire pour produire un numéro papier. La principale contrainte est celle du temps, d’où le thème de l’Europe qu’il faut traiter de manière efficace : hop hop hop ! C’est pourquoi l’idée de cet article, maline ou fourbe, au choix, est de reprendre d’anciens articles de Propos portant eux aussi sur ce thème cher à l’IEP de Strasbourg. Pour cela, ont été retenus deux numéros ayant fait un dossier « spécial Europe » : le numéro 104 (avril 2018) et le numéro 27 (avril 1998). Dès lors, les articles du numéro présent pourront potentiellement faire écho à ce qui a été dit les années précédentes. L’écart temporel, qu’il soit d’une année ou de deux décennies permet d’appréhender, au moins en surface, l’évolution ou la fixité des perceptions sur l’Union.

Avril 1998 ou comment derrière le faux problème de l’euro se cache le véritable enjeu politique de l’Europe

L’équipe de rédaction du Propos n°27 s’est donné comme objectif de faire « sentir l’esprit iepéen vis-à-vis de la monnaie unique ». Cela se traduit au fil des pages par une approche plus politique qu’économique de l’Union monétaire, notamment dans les articles de certains enseignants qui considèrent le faux problème de l’euro comme le point de départ d’un véritable débat sur l’Europe politique.

Dans son article « De l’euro à l’Europe », le professeur de droit Vlad Constantinesco constate que « si les objectifs d’ordre économique ont à peu près toujours été (assez) clairement affichés et lisibles, il n’en a pas été de même des objectifs proprement politiques : ils demeurent cachés, dissimulés, implicites ». En ce sens, en dépit de toutes ces implications économiques, l’euro est envisagé par V. Constantinesco comme l’opportunité d’une clarification du projet politique européen. D’après lui, il faut faire preuve de prudence en ce qui concerne les souverainetés des Etats membre, mais encore se pose-t-il la question : « Cette prudence est-elle de mise au moment où la souveraineté monétaire est en passe d’être exercé en commun ? ». Cette question de la souveraineté monétaire est reprise par Damien Broussolle, alors maître de conférence à l’IEP. Après avoir présenté les avantages de la zone euro, il nuance l’idée selon laquelle la zone euro serait une Zone Économique Optimale. D’abord, la mobilité des travailleurs rencontre des frontières, autres qu’économiques ou territoriales, comme « la langue, la culture et les règles juridiques ». De plus, cette théorie de la ZEO suppose de constituer un budget fédéral permettant de résorber certaines inégalités économiques, mais aussi « d’augmenter les ressources centrales et de dépasser les égoïsmes locaux ». Ainsi, le propos D. Broussolle fait étonnamment écho à celui de V. Constantinesco : « Je ne mésestime pas non plus la volonté de certains de se servir de l’euro pour contraindre des pays qui n’en veulent pas vraiment à une plus grande unité politique ».

Avril 2018 ou l’introduction de nouvelles problématiques européennes : les consultations citoyennes, le numérique, le triptyque rhénan, les « valeurs européennes ».

Les inquiétudes par rapport à la monnaie européenne semblent en parties levées, ce qui permet l’introduction, ou plutôt la révélation, de nouvelles problématiques à vocation européenne. Pour cela, l’équipe de d’avril 2018 a interviewé différents acteurs de la scène politique européenne comme par exemple Nathalie Loiseau ou Patrice Chazerand. D’une certaine manière, le Propos de 2018 répond à celui de 1998 qui demandait de se pencher plus précisément sur les questions politiques de l’Union européenne.

Chose faite avec la première intervenante interrogée par Florian Martinez, Nathalie Loiseau, qui s’exprime sur les consultations citoyennes européennes. Propos cherche alors « à comprendre les enjeux derrière le projet démocratique et européen du président de la République ». Les questions sur les consultations recouvrent différentes dimensions politiques propres à l’Europe comme le mouvement eurosceptique, la démocratisation du processus décisionnel de l’Union, la participation politique de la jeunesse ou encore la possible fusion des trois sièges du Parlement à laquelle Florian Martinez a justement consacré un article dans le même numéro. Dans cet entretien, Nathalie Loiseau apparaît surtout comme la porte-parole du projet européen du Président de la République. Pourtant, si l’implication européenne de Nathalie Loiseau s’est d’abord traduit de 2017 à 2019 par sa fonction de ministre chargée des Affaires européennes, sa carrière politique a pris un « virage » relatif lorsque qu’elle a quitté le gouvernement Édouard Philippe II pour conduire la liste La République en marche aux élections européennes de 2019. En somme, bien que la ministre Loiseau ait œuvré pour un projet nouveau de participation démocratique en Europe, elle revient finalement à une pratique plus traditionnelle, en ce sens qu’elle est partisane, de la « démocratie européenne ». Finalement, les consultations auront tenté de porter la voix de peuples muets depuis l’annonce de leur européanité, et ce, en particulier par la voie numérique dont Patrice Chazerand est spécialiste.

La législation numérique est en effet une des nouvelles problématiques européennes, et non des moindres en ce sens qu’elle concerne nombre de libertés et de droits fondamentaux des citoyens européens. Patrice Chazerand est directeur général du cabinet de lobbying du numérique DIGITALEUROPE et répond dans ce numéro aux questions de Dorian Le Sénéchal. Celui-ci interroge par exemple le lobbyiste sur la diversité ou plutôt la disparité des domaines du numérique, lequel répond que « c’est la partie la plus passionnante de notre travail quotidien ». L’idée est justement de guider les politiques qui « se posent ouvertement la question de leur intervention dans ces domaines pionniers que sont le Cloud, le Big Data, l’IoT, le Blockchain, l’IA, etc. ». D’autres questions portant sur le Règlement général sur la protection des données, les GAFAM, la taxation du numérique ou encore sur le projet d’un marché unique du numérique méritent que l’on se penche sur ce numéro d’avril 2018 concocté par Propos.

C’est d’ailleurs l’objectif principal de cet article. Il vous invite à lire ce qu’on disait hier au sujet de l’Europe afin de donner du relief, et pourquoi pas de nuancer, ce que vous lirez dans le numéro d’aujourd’hui. L’Europe est en mouvement, c’est pourquoi la décrire et l’analyser à un instant T, peut s’avérer maladroit. Pour conclure ce propos, quoi de mieux pour une Europe en mouvement qu’une Europe qui danse ? C’est l’idée de la chorégraphe Karine Saporta et de la musicienne Béatrice Thiriet qui, avec le projet Hop’Eur’hop, entendent mobiliser pour les élections européennes. À vos popotins, à vos bulletins, les élections, c’est demain !