Le 10 novembre 2018, Jean-Paul Gaultier annonce renoncer à la fourrure et aux cuirs lors de ses prochains défilés. Gucci, Givenchy, Donna Karan, Armani,Coach, Hugo Boss, Michael Kors, Ralph Lauren, Tom Ford, Burberry, en finir avec l’utilisation de ces produits dans l’industrie de la mode semble faire consensus aujourd’hui.

Les faits

L’utilisation des animaux autres qu’humains dans l’industrie du textile, que ce soit pour la mode ou l’habillement quotidien, est une pratique généralisée dans le monde qui engendre la mort de milliards d’animaux chaque année, dont 56 millions pour la fourrure [1] et plus d’un milliard pour le cuir [2]. La majorité d’entre eux proviennent de fermes d’élevage, avec des cages pour les plus petits animaux, tandis que les autres sont capturés en milieu naturel, souvent de manière illégale. L’absence totale de liberté, les mauvaises conditions d’hygiène, la surpopulation dans les élevages et l’usage de pièges (cc CanadaGoose) en milieu naturel amènent à des troubles du comportements, des violences, de l’auto-mutilation et du cannibalisme, sans que des soins ne soient prodigués en cas de blessures ou de maladies. De plus, la plupart des animaux d’élevages ont été sélectionné.e.s génétiquement ou gavé.e.s, amenant à plusieurs morts par épuisement du fait de la densité anormale de leur corps. Le dépeçage, la tonte ou l’arrachage de plumes se fait dans la majorité  des cas sans anesthésie ou étourdissement préalable, sur les animaux encore vivants, avec des techniques d’affaiblissement pour prévenir la résistance tel la privation d’eau et de nourriture sur plusieurs heures ou jours, l’ablation de certaines parties du corps (cornes, queue, testicules, dents, bec), les coups de matraque sur la tête, le ligotage, la tenue par le cou, le clouage au mur, …(les pratiques sont nombreuses ndlr). Certains animaux sont tué•e•s avant le dépeçage par électrocution vaginale ou anale, ébouillantage, gazage ou empoisonnement. Les employé.e.s étant payé.e.s au volume, le ménagement dans la prise en main de l’animal ne va pas de soi. Du fait de la repousse, l’arrachage et la tonte sont renouvelés plusieurs fois par an, les animaux étant recousus si besoin. Les animaux sont amenés à être « réutilisé.e.s », en étant envoyé.e.s vers les abattoirs pour servir l’industrie de la viande et du foie gras pour les animaux dépecé.e.s ou trop vieux.vieilles, et l’absence de pelage protecteur engendrent la mort de plusieurs d’entre eux durant le transport.Il faut au moins 2 renards pour une capuche, 4 crocodiles pour 1 sac, 50 visons pour 1 manteau, 6600 vers à soie pour 1 kg de soie et on estime entre 1 et 10victimes collatérales par animal piégé.e [3].

L’industrie de l’habillement pratiquant l’exploitation animale se veut également très polluante. L’industrie de la fourrure est particulièrement pointée du doigt,constituant « l’une des 5 industries les plus polluantes au monde » et « la production d’un manteau de fourrure requérant 20 fois plus d’énergie que la production d’un manteau synthétique » [4]. Les animaux sont aspergé.e.s de produits chimiques dangereux avant leur mort afin d’éviter le processus de putréfaction. Leurs excréments sont déversés dans les cours d’eaux, menaçant directement les écosystèmes aquatiques et les animaux marins du fait de leur haute teneur en phosphore, azote et ammoniac. Il en va de même pour les tanneries (i.e. usines de traitement des peaux pour fabriquer le cuir), « parmi les dix industries les plus toxiques à l’échelle mondiale » [4], qui rejettent différents produits toxiques dont du goudron et du cyanure, ainsi que des peaux non utilisées. A l’instar des autres industries pratiquant l’exploitation animale, l’élevage se veut un grand émetteur de gaz à effet de serre. Les tanneries et les entreprises de fabrication de soie sont aussi dénoncées comme ayant recours au travail des enfants, mais aussi pour leurs conditions de travail difficiles et non-éthiques.

Les causes

La science a démontré que les animaux sont des êtres sentients, capables d’éprouver un « ensemble de sentiments (sensations, perceptions et émotions)positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu’au plaisir et la joie» [5]. Or, leur exploitation, leur mise à mort et le traitement de leurs corps comme des marchandises constituent des pratiques inhérentes au mode de vie des humain.e.s. Consommer les produits issus d’autres animaux se veut encore aujourd’hui pour la plupart d’entre elleux une norme, internalisée et institutionnalisée dans les pratiques culturelles et sociales, l’éducation,l’économie et la politique. Cela s’explique par la prééminence de l’idéologie spéciste, c’est-à-dire la discrimination basée sur le critère de l’espèce,faisant de l’humain une espèce supérieure, justifiant ainsi l’exploitation des autres animaux, et distinguant les autres espèces entre elles selon des critères tels que le capital sympathie d’une espèce ou le bénéfice que les humain.e.s peuvent tirer de son exploitation. Le spécisme et les pratiques marketing qui en découlent ont conduit à une invisibilisation à la fois de la souffrance des animaux mais aussi des animaux elleux-mêmes. Ce paradoxe est aujourd’hui remis en cause, et l’opinion publique se veut de plus en plus sensible aux droits animaux. Un changement de nos habitudes de consommation est ainsi nécessaire pour mettre fin aux problèmes éthiques et environnementaux posés par les différentes industries d’exploitation animale, dont l’industrie de l’habillement fait partie.

91%des Français.es se déclarent opposé.e.s au commerce de la fourrure (IFOP, 2019)et 84% des Français.es estiment que la France devrait interdire l’élevage d’animaux pour leur fourrure (YouGov, 2018).

Changer ses habitudes peut sembler difficile, d’autant que l’importance de l’exploitation des animaux dans l’industrie de l’habillement induit une probabilité élevée de se trouver en possession de produits textiles d’origine animale : cuir, fourrure, duvets, peaux exotiques, laine (mouton, cachemire,mohair, pashmînâ, alpaga), soie etc. De plus, certain.e.s producteurs.trices utilisent un estampillage (« biologique ») pouvant laisser penser à un traitement « sans cruauté » et dans le respect du bien-être animal. Or, le bien-être de l’animal s’arrête là où commence son exploitation pour nos intérêts anthropocentriques. Réduire sa consommation de produits d’origine animale n’est pas une solution, car on ne réduit pas la souffrance physique et psychiques des victimes. De nombreux produits estampillés « synthétiques » se sont avérés être d’origine animale, du fait d’étiquetage mensonger profitant de la difficulté de différenciation, il convient donc d’être d’autant plus vigilants. Consommer autrement, et donc ne plus consommer de produits d’origine animale, implique de porter des matières végétales et synthétiques. Cependant,ces deux alternatives comportent également certains travers éthiques et environnementaux auxquels il convient de réfléchir, en adaptant son choix en fonction de sa situation géographique (chanvre et lin en France), voire se tourner vers des produits de seconde main. Il est également primordial d’accompagner ce changement d’habitude de consommation par une recherche d’information et de s’indigner des pratiques immorales et écocides de l’industrie de l’habillement, pour un monde toujours plus juste envers les animaux et l’environnement.

[1] https://www.30millionsdamis.fr/la-fondation/nos-combats/fourrure/

[2] https://www.petafrance.com/nos-campagnes/habillement/lindustrie-du-cuir/

[3]https://www.courrierinternational.com/article/2009/04/01/halte-au-massacre-des-vers-a-soie / https://dailygeekshow.com/fourrure-torture-chiffres/ / https://www.petafrance.com/nos-campagnes/habillement/

[4] https://dailygeekshow.com/fourrure-torture-chiffres/ / https://www.petafrance.com/nos-campagnes/habillement/lindustrie-du-cuir/

[5] https://one-voice.fr/fr/blog/sensibilite-et-conscience-chez-les-animaux.html / http://theconversation.com/les-animaux-ces-etres-doues-de-sentience-82777

Intro: https://www.lexpress.fr/actualite/societe/jean-paul-gaultier-renonce-a-la-fourrure-et-au-cuir_2047867.html