Sybile Veil, directrice de Radio-France aime « mettre les mains dans le camboui ». Camarade de promotion de Macron à l’ENA, elle le connait bien. Nommée depuis avril 2018 à la tête de Radio-France, elle était à Strasbourg pour le lancement d’une radio rhénane transfrontalière. L’occasion pour Propos de la rencontrer lors d’une conférence de presse et de revenir sur les transformations de l’un des services publics majeurs des Français : la radio.

Une réforme nécessaire

 En 1974, Jacques Chirac, Premier Ministre de  Giscard d’Estaing, supprime l’ORTF. Une société nationale de programme de radio (Radio-France) et trois de télévision (France Télévision entre autre) naissent de cette scission et marquent ainsi la fin du monopole d’Etat sur les médias. Pour autant, Radio-France reste à 100% dans la main des services publics. Un service dont l’objectif est clair : toucher tous les français en offrant un panel d’émissions très diversifiées. Depuis la nomination de Sybile Veil par le CSA et surtout l’élection de Macron, la modernisation du service public est « en marche », et la réforme de l’audiovisuel public proposée par le gouvernement le prouve. Au programme : restrictions budgétaires, regroupement des chaînes du service public déclinées sur tous types de supports du numérique et du digital, présidence commune à France Télévision et Radio-France, etc. Se dessine ainsi une BBC à la française, c’est-à-dire l’avènement d’un seul et même média public.

Objectif n°1 : les jeunes

Au-delà de réformer le système de l’audiovisuel public, cette réforme impulse également des changements internes. C’est avant tout la jeunesse qui est visée, car il advient de faire de la radio un media plébiscité par les jeunes. En effet, ces derniers l’écoutent peu voire pas du tout. Si récemment on constate une augmentation de l’écoute par les jeunes, ils restent néanmoins un public minoritaire. L’enjeu ici recoupe celui de la digitalisation : la radio doit se servir de la révolution numérique pour évoluer : jouer sur la chronologie et opter pour des formats visuels et ludiques. Attirer les jeunes en s’adaptant à leurs manières de fonctionner et de se renseigner constitue donc le premier objectif du service public. La radio se développe de fait sur les réseaux sociaux : de nombreuses vidéos sur le format BRUT sont relayées sur Facebook, Twitter, etc. et les podcasts sont également de plus en plus mis en valeur. A travers des vidéos de vulgarisation de l’actualité, des chroniques d’humoristes filmées dans les studios, la radio tentent donc de séduire la jeunesse. Cette évolution de la radio vers des supports visuels ne participe-t-elle pas à son effondrement, la particularité de ce média étant l’utilisation du seul support sonore ?

Objectif n°2 : faire partie de la « révolution sonore »

Face à ce paradoxe, Sybile Veil assure que ce n’est pas le cas. Nous entrons dans une révolution sonore : le développement des enceintes connectés, des aides vocales ou encore de la commande vocale sur tous nos appareils le démontrent. Le son prend progressivement une place centrale. La radio doit se greffer à cette révolution pour séduire de nouveaux publics. L’accent est donc mis sur les podcasts que nous pouvons désormais écouter n’ importe où n’importe quand mais également sur la promotion de la radio sur les réseaux sociaux.

Faire plus, avec moins

Si la réforme prône bien une modernisation de la radio, et notamment une progression vers des formats et émissions innovantes, elle prévoit cependant également une réduction budgétaire. En conclusion, Sybile Veil va donc devoir faire plus … avec moins. Bon courage à elle.