Article initialement rédigé début décembre 2018

          « No deal is better than a bad deal » La phrase type relayée par la presse britannique depuis le 24 juin 2016 semble avoir pris une nouvelle tournure depuis peu. Un accord est enfin trouvé entre le gouvernement du Royaume-Uni et l’Union européenne, entrainant paradoxalement une démission en chaine des ministres de Theresa May. Tout d’abord Shaelesh Vara, conservateur et secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, a conclu que l’accord ne permettrait pas au Royaume-Uni d’être un pays souverain. Suivi par Dominic Raab, ministre du Brexit, expliquant que cet accord menacerait l’intégrité du Royaume Uni. Quelques minutes plus tard, le secrétaire d’Etat au travail et aux retraites, ainsi que la sous-secrétaire d’Etat du Brexit déposaient également leur lettre de démission auprès de la première ministre britannique, en signe de protestation contre l’accord du Brexit. Résultant par ailleurs de semaines acharnées de travail de la part des équipes européennes et britanniques concomitantes au Brexit, le deal en question semble avoir été imposé par Theresa May à son gouvernement. Mais face à une immense page de l’histoire que le Royaume Uni n’a jamais été si prêt de tourner, la sirène d’alarme est tirée du coté Anglais. Downing Street semble mal parti pour faire ratifier cet accord par le Parlement.

« This deal, no deal, or no Brexit at all. »

La phrase de Theresa May n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Bien au contraire, elle a provoqué une levée de lances et de boucliers. Les europhiles britanniques semblent vouloir à tout prix un nouveau référendum, et à la lumière des négociations si mornes des 2 dernières années, c’est une hypothèse qui semble devenir envisageable. Le Brexit va-t-il vraiment aller jusqu’au bout ? Pierre Moscovici, répondant aux questions pertinentes qui lui furent posées le mardi 13 novembre en amphi 324, expliqua qu’il pensait fondamentalement que le Brexit aboutirait. Cependant, les mots précis qu’emploie un dirigeant traduisent explicitement ses volontés et les options dont il dispose. « No Brexit at all » est désormais sur la table, c’est une option soulignée par Theresa May.

Mais si la Presse est braquée sur les hésitations britanniques, la parole n’est pas donnée en retour aux européens. En effet, au lendemain du 24 juin 2016 une grande majorité des européens se disait meurtrie par la décision sévère du peuple britannique. Aujourd’hui les mentalités européennes ont évolué, laissant deux ans en arrière un Royaume-Uni qui s’est tiré une balle dans le pied. Si c’était François Hollande qui était aux manettes du pouvoir en 2015, l’élection présidentielle française portant l’espoir de redonner un nouveau souffle à la politique du Vieux Continent est passée par là.

2015-2016-2017-2018 :

Pendant que le Royaume Uni s’embourbait, l’Europe a tenté de se redresser, de se défendre, de faire face à la crise migratoire, de condamner les prises de position anti démocratiques hongroises ou polonaises, et cherche désormais plus que jamais à s’affirmer aussi bien au sein de son Espace Schengen que sur la scène internationale. Aux commémorations du 11 novembre 2018, l’Allemagne et la France, anciennes Nations ennemies étaient réunies à Paris. Le Royaume Uni lui, était absent ou presque d’un centenaire réunissant les plus importants chefs d’Etats du monde. La décision britannique d’assister aux cérémonies en l’hommage de ses anciens combattants sur son sol national, traduit le repli sur soi qu’exerce un pays dont la gouvernance est déboussolée.

Mais où sont les Grands Négociateurs Britanniques ? Cette Nation qui a fait preuve dans son passé d’une telle ferveur négociatrice dans l’histoire de l’Europe se retrouve aujourd’hui bras ballants, s’excluant quasiment des débats internationaux pendant 2 ans pour en arriver à un accord sur le Brexit qui normalement sera d’une grande complexité à faire voter au Parlement britannique. Quel avenir sombre pour la Grande Bretagne. 

La nouvelle Europe se créera par nos votes

Finalement, en Europe nous allons peut-être enfin reconstruire les programmes de langue et améliorer le niveau des français en allemand, n’en déplaise à Donald Trump. Plus que jamais le Royaume-Uni doit se réveiller car la puissance continentale européenne s’affirme. La question de la construction d’une armée européenne resurgit, la mise en place d’une Assemblée parlementaire franco-allemande se profile, les réformes de l’Europe se veulent en route. Par ailleurs, il est indubitable que les élections européennes prochaines vont être déterminantes pour la poursuite de l’amélioration et de la refonte de l’Europe, pour qu’elle maintienne et affirme sa puissance majeure sur la scène mondiale.

Ces enjeux sont immenses, et comme Pierre Moscovici nous l’a rappelé, l’Europe doit devenir un sujet dont tout le monde puisse discuter, et non pas un thème simplement complexe, dont les citoyens s’écartent, le considérant comme trop difficile à comprendre. C’est un appel au débat à l’extérieur de nos murs que nous lançons. Sciences pistes battez-vous pour l’Europe que vous voulez personnellement. Prenez ce sujet en main et mettez-le sur la table. Ne laissez pas le beauf du PMU dire « Ah… tous les mêmes ces technocrates ». C’est la grandeur de notre pays qui est en jeu et cette dernière n’existera pas sans la grandeur de l’Union Européenne, marchepied de la France sur la scène internationale. 

Pour finir, si les institutions européennes et britanniques avancent, chacune évoluant selon ses objectifs propres, chacune cherchant à convaincre ses citoyens, nous pouvons nous inquiéter de l’évolution de la situation de la Grande-Bretagne. Manifestement, les politiques britanniques ont été incompétents à répondre à l’objectif que leur peuple leur avait fixé : un accord sérieux sur le Brexit. Dorénavant considéré dans l’imaginaire européen comme hors de l’UE, l’échec de l’accord rebattrait les cartes d’un Royaume-Uni en retard sur les échéances clés d’un monde aux enjeux économiques et politiques innombrables. La phrase de Theresa May « This deal, no deal or no Brexit at all » peut assurément nous faire l’effet d’une bombe, car aux vues de la scène politique anglo-saxonne, son accord a toutes les chances de ne pas être ratifié par le parlement.

Si l’on s’en tient à sa phrase, il nous reste alors deux options : « no deal or no Brexit at all. »