Tant attendu, tant espéré et surtout appréhendé … le Google doc des vœux de troisième année a enfin été publié. Rien de plus terrifiant que ce petit document partagé, qui, de son inconsistance numérique paraît si frêle, et qui a, malgré tout, le pouvoir de projeter ou d’enterrer un an de vie de l’étranger.

Mais trêve de self apitoiement, de rancœur et de « j’aurais mieux fait de bosser mon HGP ». Parce qu’il est aussi venu le temps de mettre fin à toutes ces stratégies peu subtiles – et c’est un euphémisme – qui visent à cacher ses véritables vœux afin d’espérer partir dans sa destination de rêve. Car si cette stratégie est d’une part tout à fait inutile, elle se révèle aussi totalement transparente et allant au détriment complet de celui ou celle qui a l’intention de la mettre en place.

Alea Jacta Est

Gardons bien en tête que cette stratégie est vaine. En effet, ce n’est pas en inscrivant ladite destination dans le tableur que d’autres personnes vont se prendre immédiatement d’une passion dévorante pour cette même université. Laissons les possibles asymétries d’information au bénéfice du CAC 40 et faisons preuve, un instant seulement, de réalisme : tout le monde connaît la liste des universités ainsi que leur qualité ou leur accessibilité. Nous ne révélons rien en faisant part de nos choix, et ceux qui ont déjà rempli le document ne sont pas des whistle blowers occupés à avertir le monde de la réalité du terrain.

Un manque aigu de compassion

En n’inscrivant que tchi, nous donnons de faux espoirs à ceux qui se situent en dessous dans le classement. C’est leur faire prendre le risque de passer en commission après tout le monde, et de passer ainsi à côté de destinations qu’ils auraient pu obtenir en évitant cette case là du jeu de l’oie. En bref : nous prenons la responsabilité d’envoyer un de nos confrère à Kehl ou Baden Baden pour un an. Dans l’éventualité où cela nous serait complètement égal, il est nécessaire d’admettre que nos consciences de bons sciencepistes attachés à la réalisation du bien commun ne sauraient tarder à nous rattraper et à occuper la majeure partie de nos nuits, qu’elles se déroulent à Tokyo ou à Leipzig.

Trop de passagers clandestins

Et si laisser un blanc à l’endroit de la réponse semble être une preuve d’originalité, c’est ignorer le fait que d’autres de nos semblables appliquent la même tactique. Ainsi, nous sommes victimes d’un stratagème que nous mettons nous-mêmes en place, et qui a pour conséquence directe l’impossibilité de savoir quelles destinations sont atteignables ou non. Dans cette immense théorie des jeux, nous ne pouvons être personnellement gagnants que si nous sommes les seuls à jouer de cette manière. Et objectivement, c’est se croire bien supérieur que de penser que personne d’autre n’aura la même idée que soi. Un trop grand nombre de passagers clandestins ne peut in fine que faire couler le bateau…

Mauvaises excuses et fausses raisons

Mais peut-être qu’au fond, personne n’essaye de manipuler qui ou quoi que ce soit, et que l’absence – incroyable – de réponses est due à une présence excessive de timidité ou d’inquiétude. « Comment avoir l’audace de marquer St Andrews alors que je suis 156ème ? », te dis-tu probablement. Qu’à cela ne tienne ! Malgré la véhémence de mes Propos (hihi), cette promo reste assez bienveillante et ne te jugera – presque – pas pour ton manque de réalisme. Si c’est la peur de mettre des informations erronées qui te tétanise, sache qu’un changement dans l’ordre de tes vœux peut se faire à tout moment, et que c’est mieux de donner une information tronquée ou changeante que de ne pas donner d’information du tout. Et si c’est l’agenda associatif qui t’a empêché de prendre le temps de compléter le document, c’est que tu as un sens des priorités très peu développé : l’afterwork Horizon peut encore attendre cinq minutes que tu ouvres ce Google Sheets.

L’illusion de l’anonymat

Ô toi qui te pensais caché derrière la neutralité des chiffres et la surface lisse de ton petit PC portable : sache qu’il est très facile de rattacher à chaque numéro de la liste un nom et un prénom. La tâche est difficile pour les nouveaux 2A non intégrés, certes, mais l’accès à la liste des numéros d’anonymat de début 1A permet à tout un chacun de savoir précisément qui ne se plie pas aux règles de la transparence.

To put it in a nutshell

Faisons tous l’effort de remplir ce document du diable. Car, contre toutes les apparences, l’union fait la force (même à Sciences Po).

Et post-scriptum à l’intention du BDE tout puissant : pourriez-vous épingler cette publication dans le groupe 2A ?  Merci.