Organiser un débat ouvert, concernant les 500 millions de citoyens européens, pour comprendre les enjeux des prochaines élections européennes. Tel est le projet du Président de la République au travers des Consultations citoyennes, dont l’organisation a été transférée à la ministre déléguée aux affaires européennes Nathalie Loiseau.

 

 

« Si nous voulons avancer à nouveau, je souhaite que nous passions par des conventions démocratiques qui feront partie intégrante de la refondation européenne. Je souhaite que nous puissions, pendant six mois, dans tous les pays qui le souhaitent, organiser autour des mêmes questions un vaste débat pour identifier les priorités, les préoccupations, les idées qui nourriront notre feuille de route pour l’Europe de demain. […] Organisons un débat ouvert, libre, transparent, européen pour construire ce projet qui donnera enfin un contenu et un enjeu à nos élections européennes de 2019. »

Emmanuel Macron, Discours de la Sorbonne (26-9-2017)

 

 

Pierre angulaire de l’ambition européenne d’Emmanuel Macron, ces consultations doivent permettre de relancer la participation citoyenne dans une Union jugée toujours plus technocratique et déconnectée de la réalité. Le Président de la République lancera officiellement le projet le 17 avril prochain, avant de finir au Parlement européen à Strasbourg où il tiendra un discours devant les eurodéputés.

 

Administratrice de longue date au Quai d’Orsay, ancienne directrice de l’Ecole Nationale d’Administration et actuelle Ministre chargée des Affaires Européennes, Nathalie Loiseau a piloté la mise en place des Consultations citoyennes. Aujourd’hui, Propos a eu la chance de l’interviewer afin de comprendre les enjeux derrière le projet démocratique et européen du Président de la République.

 

Nathalie Loiseau, ministre déléguée auprès du Ministère des Affaires Etrangères, en charge des affaires européennes. | @Europe1

 

 

Madame la Ministre, merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Comment pourriez-vous décrire la philosophie du projet de consultations citoyennes ?

Nathalie Loiseau : Au moment où les Etats membres de l’Union européenne travaillent à la refondation du projet européen, il nous paraissait indispensable de renouer le lien avec les citoyens, qui ont souvent l’impression que l‘Europe se construit derrière des portes closes. Ces consultations citoyennes se déroulent dans tous les Etats-membres de l’UE. Elles permettent aux citoyens d’exprimer leurs priorités, leurs attentes vis-à-vis de l’UE, d’indiquer les politiques européennes qui leur paraissent bien fonctionner et celles qu’il faut réformer. Ce sera, grâce à des débats partout en Europe d’avril à octobre et à une consultation numérique commune à tous, l’émergence d’un espace public européen inédit : 450 millions de citoyens débattant en même temps des mêmes thèmes d’avenir.

Sur l’Europe, depuis trop longtemps, on entend soit les passionnés, soit ceux qui font profession de la détester. Or nous voulons donner la parole à ceux que l’on n’entend jamais, qui se posent des questions, qui ont des commentaires à faire sur ce qu’ils attendent de l’Europe, ce qu’ils apprécient, ce qu’ils critiquent, ce qu’ils proposent.

 

 

Engagement du Président de la République, les Consultations citoyennes seront lancées officiellement le 17 avril 2018

 

 

 

Les consultations citoyennes ne risquent-elles pas d’être une caisse de résonance pour les mouvements eurosceptiques ?

N.L : En temps ordinaire, je dirais plutôt que c’est eux qui s’expriment le plus fort. Mais entendons-nous bien : chacun doit pouvoir faire entendre son point de vue.

Pour obtenir le label « Consultations citoyennes », les structures, mairies, universités, associations… qui organiseront un débat doivent prendre trois engagements très simples : respecter le pluralisme des opinions, la transparence sur l’organisation de l’événement et la publicité du compte-rendu des échanges.

Notre souhait est bien d’impliquer tous les Français, et pas seulement les plus convaincus ou les plus hostiles ; nous voulons écouter tout le monde, et encourager une discussion raisonnée.

 

 

Les consultations citoyennes constituent l’une des seules concessions accordées par Bruxelles au projet européen du Président de la République : d’autres axes, comme la constitution de listes transnationales, ont été écartées par le Parlement européen. A elles seules, les consultations citoyennes suffiront-elles à accroître la démocratie européenne ?

N.L : Depuis sa prise de fonction le Président plaide pour une Europe qui protège. Il est largement entendu : le régime des travailleurs détachés sera réformé, l’Europe de la défense a plus progressé en un an que ces six dernières décennies. C’est vrai aussi pour des instruments de défense commerciale plus efficaces. Même la proposition de liste transnationale pour les élections européennes, qui n’a pas été retenue pour 2019 pour des raisons qui ont surtout à voir à mon sens avec la crispation de quelques partis politiques conservateurs reste discutée pour les élections suivantes.

Je rappelle qu’elle est pleinement soutenue par 10 Etats membres. D’autres sujets comme la taxation des GAFA ou le renforcement de la zone euro étaient en dehors du radar il y a un an et sont l’objet de discussions approfondies aujourd’hui.

Les Consultations citoyennes, par leur ampleur inédite et leur caractère participatif sont un exercice démocratique unique. Leur résultat viendra nourrir le travail des chefs d’Etat et de gouvernement.

 

 

Selon vous, quel écho peuvent avoir les consultations citoyennes auprès de la jeunesse ? Pour rappel, aux dernières élections européennes de 2014, sur les 4 votants sur 10 s’étant abstenus de voter, 75% d’entre eux étaient âgés de moins de 25 ans. (Ifop, 25/05/2014, ITélé, Paris Match, Sudradio)

N.L : J’espère voir un vrai engagement des jeunes dans ces Consultations citoyennes sur l’Europe pour qu’ils organisent des débats dans leurs universités, leurs associations, leur quartier, qu’ils se fassent entendre. Je me suis rendue récemment dans plusieurs établissements en France et ailleurs en Europe pour échanger avec des jeunes qui voteront souvent pour la première fois aux élections européennes de mai 2019. Ils sont tous sauf indifférents et cherchent la réponse européenne aux questions qui les préoccupent : la mobilité, les perspectives d’emploi, la préservation de l’environnement, la protection des libertés… Cela suppose un vrai débat politique européen en 2019.

 

 

Les consultations citoyennes sont un lieu de débat transpartisan. A travers elles je ne combats qu’un seul parti, celui de l’abstention.

 

J’espère que l’IEP de Strasbourg organisera une consultation ! Toutes les informations nécessaires (kit d’organisation, de communication, modalités de restitution) se trouvent sur consultations-citoyennes.fr et toutes les ressources sur touteleurope.eu.

 

 

La démocratisation du processus décisionnel de l’Union doit-il être l’un des thèmes majeurs des prochaines élections européennes pour le gouvernement ?

N.L : Le Parlement européen est le lieu par excellence de la vie démocratique européenne. Souvenons-nous en outre que le Conseil est composé de chefs d’Etats et de gouvernement désignés démocratiquement ! On peut regretter la complexité du processus décisionnel européen mais certainement pas dire qu’il n’est pas démocratique.

Les questions institutionnelles ne sont pas au centre des préoccupations des citoyens, c’est d’ailleurs sans doute parce que l’on s’est focalisé dans le passé sur des débats institutionnels arides que beaucoup d’électeurs se sont détournés du scrutin européen. Ce sont des sujets importants mais ce sont les politiques publiques européennes qui doivent être au centre des débats : ce que l’Europe peut et doit faire pour ses citoyens. Les institutions nécessaires pour mener ces politiques doivent en découler et non l’inverse.

La question qui nous est posée est de savoir comment l’Europe doit relever les défis qui se présentent à elle : la transition énergétique, climatique, numérique, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, l’innovation, la gestion des flux migratoires… tout ce qui rendra l’Europe plus forte dans la mondialisation et plus protectrice pour ses citoyens.

 

 

La fusion des trois sièges du Parlement européen en un unique lieu est-elle souhaitable ? Celui-ci doit être maintenu à Strasbourg ?

N.L : Le Traité est très clair : le Parlement européen n’a qu’un seul siège et c’est Strasbourg ! Il y a beaucoup de bonnes raisons pour y être attachés et nous le sommes avec détermination. Il est trop souvent reproché aux institutions de l’Union européenne d’être coupées du monde réel dans cette fameuse « bulle bruxelloise ».

La présence du Parlement à Strasbourg rapproche les institutions européennes des territoires. Vous noterez d’ailleurs que le siège de la BCE est à Francfort, celui de la CJUE à Luxembourg, que l’Union européenne traite de sécurité maritime à Lisbonne et de sécurité alimentaire à Parme… L’Union Européenne est polycentrique et doit le demeurer. Strasbourg est aussi le symbole de la réconciliation franco-allemande qui a fondé la construction européenne. C’est à Strasbourg, dans l’hémicycle du Parlement européen, que le cercueil d’Helmut Kohl a été exposé, et nulle part ailleurs.