Dans cette époque de libération de la parole féminine, un domaine reste largement dominé par les hommes : la politique. Certaines évolutions ont certes pris place et les femmes gagnent en visibilité. Mais l’égalité des genres en ce qui concerne l’occupation de l’espace politique est encore loin d’être atteinte.

 

 

« Il n’y avait que des hommes, c’est quand même sidérant, c’est un monde extrêmement masculin »

Apolline de Malherbe

 

Par ces mots, la journaliste politique Apolline de Malherbe décrit l’arrivée des proches d’Emmanuel Macron lors de la dernière interview du président réalisée récemment par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. Un petit exemple parmi tant d’autres qui rappelle que dans l’espace politique les femmes sont moins visibles que les hommes. Ce qui n’est guère une nouveauté.

 

 

 

Une domination masculine ancienne et encore largement renouvelée

Commençons par observer la situation de la France en termes de représentations des genres dans la sphère politique. Alors que notre pays n’a jamais connu de femme présidente et que seule Edith Cresson a obtenu le poste de première ministre brièvement en 1991, les postes à enjeu restent toujours majoritairement occupés par des hommes. Florence Parly occupe certes actuellement l’un des ministères clés, celui des armées et certes la parité est respectée au gouvernement. Ces évolutions sont notables, cependant, les femmes semblent toujours avoir plus de difficultés à accéder aux fonctions politiques reconnues.

Lors de la dernière élection du poste de président de l’Assemblée, François de Rugy est désigné officiellement comme le candidat du groupe La République En Marche. Il est choisi aux dépens notamment de deux autres candidates, Sophie Errante et Brigitte Bourguignon. S’il ne s’agit que d’un exemple, son instauration a contribué à en faire l’une de ces figures politiques importantes dans notre Etat actuel. Une de plus avec le – viril parce que barbu – premier ministre Edouard Philippe.

 

 

Une politique « genrée » ?

 

Les institutions politiques sont pour le moment toujours le plus souvent occupées par des hommes. Au final, selon certaines féministes cela vient renforcer une forme de patriarchie étatique qui se reproduit au fil du temps. De manière générale et historique, la politique a toujours été considérée comme le domaine des hommes et cela a eu des conséquences durables sur la représentation des femmes. Tournons nous cette fois chez le voisin britannique. Si le droit de vote universel a été accordé en 1918, plus de 75 ans plus tard, les hommes représentent toujours plus de 90% des Members of Parliament (MPs). Ce n’est que très récemment que le nombre de femmes siégeant à la House of Commons a concrètement augmenté pour atteindre les 32% – taux encore faible – aujourd’hui. Cette lente évolution montre qu’il est difficile de faire bouger les lignes en politique. Les femmes ont été historiquement écartées des institutions et plus généralement de la vie publique. Leur intégration dans le champ prend du temps malgré les mesures mises en place.

 

 

Pourquoi est-ce si important ?

 

Alors certes, il y a divers types de représentation en politique. Ainsi, un homme blanc âgé peut tout à fait représenter les intérêts d’une jeune fille noire. Le plus important dans cette conception substantive de la représentation n’est pas de savoir à quoi ressemble l’élu.e mais ce qu’il.elle fait. De la même manière une femme peut ne pas incarner les intérêts du genre féminin. Marine Le Pen n’était ainsi pas considérée par de nombreuses femmes comme leur représentante légitime face à Emmanuel Macron lors du second tour de la présidentielle. C’est aussi la raison pour laquelle des femmes aux Etats-Unis n’ont pas voté pour Clinton mais pour Donald Trump qui incarnait mieux selon elles leurs intérêts.

Cependant, hommes et femmes ne vivent pas les mêmes expériences et un argument avancé par les féministes est que les femmes font de la politique différemment. Il est alors important de permettre l’accès des femmes aux postes dans le domaine. Les politiques adoptées pourraient se retrouver remaniées grâce à une plus large introduction des femmes parmi les représentants.

Illustrons ce propos en partant cette fois en Amérique du Sud.  Au Salvador par exemple, toute forme d’avortement est très sévèrement punie. Depuis 1997, l’avortement est interdit sous toutes conditions. Même en cas de viol, lorsque la vie de la mère est en danger ou quand le fœtus n’a aucune chance de survivre. Ces lois très strictes seraient-elles les mêmes avec un parlement non pas composé de 7 hommes pour 3 femmes comme c’est le cas actuellement mais avec une parité des genres ? Difficile de le dire. Toutefois, ce qui est certain c’est que la domination masculine dans l’espace politique et public a de multiples conséquences.

 

 

Les femmes en quête d’espace politique

 

Des lois et mesures sont désormais adoptées afin de corriger ce défaut de représentation. Les hommes sont traditionnellement associés à l’activité politique et pour contrer ce phénomène, des quotas sont instaurés. L’effet de ces derniers est d’ailleurs parfois remis en cause dans le sens où une obligation est plus vue comme une contrainte que comme une opportunité. Mais ces quotas imposés aux partis sont un moyen pour les femmes de se frayer un chemin dans la sphère politique.

De manière générale, les partis privilégient des candidats masculins car les hommes ont généralement plus de chances d’être élu. En conséquent, les hommes, plus souvent candidats, ont donc logiquement plus de chances d’être choisis au final par les électeurs. C’est un cercle vicieux inhérent aux traditions existant dans le domaine. De même, si les femmes se sentaient plus concernées par la politique, elles se présenteraient plus souvent comme candidates.

Elles manquent notamment de modèles. Michelle Obama, ex-first lady américaine ne s’y trompe pas lors de la cérémonie réalisée pour dévoiler son portrait officiel le 12 février. « Je pense à tous les jeunes, en particulier aux jeunes filles et aux jeunes filles de couleur, qui dans les années à venir viendront dans ce musée et verront une image de quelqu’un qui leur ressemble sur les murs de cette grande institution américaine » a-t-elle ainsi déclaré.

Il est tout à fait possible pour les femmes de trouver une place dans la sphère politique. Elles sont ainsi actuellement plus représentées dans les pays nordiques, y constituant plus de 40% des députés. Diverses politiques publiques ont pu être adoptées et la ministre Suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström a par exemple forgé son style en insérant une vision féministe des enjeux de sécurité.

 

 

La politique, un monde qui doit encore ouvrir ses portes

 

Les femmes composant la moitié de l’humanité, leur absence de la sphère politique est aujourd’hui de plus en plus dénoncée. Depuis la question fondatrice de Cynthia Enloe en 1989, « Where are the Women ? », les évolutions ont été nombreuses. Cependant des améliorations sont encore attendues. En outre, le monde de la politique n’exclut pas seulement les femmes mais également plus largement les minorités.

Deux femmes ont ainsi récemment publié un livre sur le sujet de cette monopolisation de l’espace politique. Mathilde Larrère, maîtresse de conférence en histoire politique du XXe siècle, chroniqueuse pour Arrêt sur images et Détricoteuse pour Mediapart, et Aude Lorriaux, journaliste spécialisée en politique et discrimination, et porte-parole de l’association Prenons la Une, ont publié Des intrus en politique – Femmes et minorités : dominations et résistances. Elles se sont particulièrement intéressées aux mécanismes de domination qui permettent à « l’homme blanc hétérosexuel » de conserver sa place privilégiée dans la sphère politique. Le chemin est encore long. Mais la politique doit aujourd’hui se dépoussiérer et ouvrir plus largement ses portes afin d’obtenir une représentation plus juste de la société. Les femmes et les minorités y ont aussi leur place.