Alors que Sotchi, la fameuse station de sports d’hiver du Caucase russe accueillait les derniers Jeux Olympiques d’Hiver en février 2014, il n’y aura pas de délégation russe aux Jeux Olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud qui se tiendront à partir du 9 février. C’est la décision prise par le Comité International Olympique (CIO) le 5 décembre dernier. En cause, justement, la manipulation du système anti-dopage pendant les JO de Sotchi, afin d’éviter au maximum les contrôles des athlètes russes.

 

 

 

 

Dans les faits, certains athlètes russes pourront tout de même participer aux Jeux. Mais sous bannière neutre, c’est-à-dire qu’ils ne représenteront pas officiellement leur pays. Et ils seront triés sur le volet par le CIO. Les estimations portent le nombre d’athlètes russes qui pourraient participer à une cinquantaine, contre 177 aux Jeux de Vancouver en 2010.

Un comité entièrement indépendant, présidé par l’ancienne ministre des Sports Valérie Fourneyron, sera responsable de la décision d’autoriser la participation ou non des athlètes. Les critères fixés par le CIO sont relativement souples : pourront participer tous les athlètes russes qui n’ont jamais été suspendus pour dopage et qui sont correctement suivis par le système de contrôles pré-olympiques.

 

 

Dopage d’Etat ou acharnement du CIO ?

 

En fait, cette affaire s’inscrit dans le contexte plus large des polémiques autour du « dopage d’Etat » des athlètes russes qui secouent le monde sportif depuis 2015. A l’époque, un lanceur d’alertes avait dénoncé tout un réseau existant, destiné à diffuser des substances illicites et à éviter tant que possible le contrôle des sportifs russes. La base de données analysée provient de ce même lanceur d’alertes et concerne des contrôles pratiqués entre janvier 2012 et août 2015.

Aux derniers championnats du monde d’athlétisme, il n’y avait pas non plus de délégation russe et les quelques athlètes russes ayant pu participer avaient dû faire face à une difficile sélection, avec des critères plus stricts que ceux fixés par le CIO. Tout athlète dont l’entraîneur était lié à des affaires de dopage, de près ou de loin, ne pouvait pas participer, tout comme ceux dont le nombre d’échantillons était douteux. La joueuse de tennis Maria Sharapova avait également fait les frais de ces révélations, puisqu’elle avait été suspendue un an.

 

 

 

La Russie touchée dans son orgueil

Évidemment, des athlètes russes pourront participer aux Jeux Olympiques. Selon un responsable du CIO, ils pourront même constituer « une équipe olympique quasi-totale ». Sauf qu’à Pyeongyang, on ne verra pas flotter le drapeau russe et l’on n’entendra pas retentir l’air de l’ancien hymne soviétique, désormais hymne de la Fédération de Russie. Que quelques athlètes puissent participer permet d’éviter certaines injustices. Mais cela ne change rien au fait que les Jeux Olympiques sont historiquement un événement sportif de représentation nationale. Quelques semaines avant la décision, le Président Poutine s’était déjà saisi de la question. Il avait alors déclaré que toute décision dans le sens d’une interdiction de la délégation russe serait considérée comme une « humiliation ». La décision a donc vraiment pris une tournure politique.

Depuis la fin de l’URSS, la Russie a participé à tous les JO. Historiquement, les Jeux Olympiques ont toujours été un lieu d’expression diplomatique. Les Soviétiques avaient par exemple boycotté les JO de Los Angeles en 1984, dans le contexte de Guerre froide. Exclure complètement une délégation lors de Jeux Olympiques est rare, ce qui aide à comprendre pourquoi cette sanction est autant diplomatique que sportive aux yeux des Russes. Tout cela, à quelques mois de l’autre événement sportif le plus populaire du monde, la Coupe du Monde, qui se tiendra en Russie à partir du 15 juin.