En février prochain, la Corée du Sud accueillera les Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang, station de sports d’hiver située à seulement 80 kilomètres de la frontière coréenne et de sa fameuse zone démilitarisée (DMZ). Alors que Corée du Nord et Corée du Sud sont toujours officiellement en guerre et que les récents essais nucléaires conduits par Pyongyang ont focalisé l’attention de la communauté internationale sur la péninsule coréenne, cette fête du sport et de la fraternité entre les peuples apparaît comme une occasion inespérée de renouer le dialogue entre les deux Corées. C’est dans cette optique que des pourparlers ont été menés entre les deux Corées afin d’organiser la venue de la délégation nord-coréenne au Sud ainsi qu’un défilé d’ouverture commun et même une équipe coréenne unifiée.

 

 

Les deux délégations coréennes défilant sous une bannière unique lors des Jeux olympiques d’été d’Athènes, en 2004. (Jacques Demarthon/AFP)

            

 

 

Plus qu’un symbole?

Sydney 2000, Athènes 2004, Turin 2006. Les Jeux olympiques ont souvent été l’occasion pour les deux délégations coréennes de défiler côte à côte, sous le même drapeau. Toutefois, ces pourparlers inter-coréens sont remarquables, car ils interviennent dans des circonstances pour le moins particulières. Tout d’abord, ces jeux de février ont lieu sur un territoire contesté. En effet, la localisation des Jeux avait déjà provoqué des troubles dans les relations coréennes. Lors des JO d’été de Séoul en 1988, Pyongyang avait choisi de ne pas envoyer d’athlètes au Sud, voulant que les jeux se déroulent sur l’ensemble de la péninsule avec une délégation commune. Suite au refus du Comité international olympique, 6 autres pays communistes choisirent de boycotter les olympiades sud-coréennes.

Aujourd’hui, les relations entre les deux Corées sont plus qu’instables. L’essai nucléaire nord-coréen de septembre 2017 et les contremesures de Washington et de Séoul ont en effet mis soudainement fin à toute forme de dialogue entre les deux nations. Les multiples invitations des autorités sud-coréennes ainsi que les vœux du leader nord-coréen Kim Jong-Un ont permis aux deux nations d’entamer un nouveau dialogue avec la réouverture du poste de communication téléphonique à la frontière.

 

 

Réconciliation par le sport, un doux rêve?

Le rêve de Jeux organisés dans les deux pays reste une utopie en raison du manque d’infrastructures et d’ouverture au Nord. Toutefois, celui d’une délégation unique va prendre forme en partie à Pyeongchang notamment avec une équipe de hockey féminine unique. Toutefois, ce rapprochement suscite des controverses, tant que le plan sportif que politique. Tout d’abord, empêcher des athlètes sud-coréens de participer aux jeux au profit de Nord-Coréennes ne satisfait guère l’opinion publique coréenne ainsi que les sportives en elles-mêmes. Ces dernières s’inquiètent de devoir participer au tournoi olympique avec des joueuses qu’elles n’ont pu rencontrer pour la première fois qu’en avril dernier. Politiquement, le Président sud-coréen Moon Jae-In qui porte un programme de réconciliation avec le voisin du Nord est accusé de céder à une « offensive de charme » par certains comme le ministre japonais aux Affaires étrangères.

 

Une délégation plus ambassadrice que sportive

Si l’accord tripartite signé entre les deux Corées et le Comité international olympique prévoit la participation de 22 athlètes nord-coréens, la délégation nord-coréenne sera bien plus importante. En effet, la délégation nord-coréenne sera forte de plus de 400 membres, dont 230 supportrices, une équipe de taekwondo ou bien de multiples artistes. Cette diplomatie du sport permet également à Pyongyang de mettre en place une sorte d’ouverture culturelle, avec notamment la tenue de concerts au Sud par des artistes du Nord à Séoul et à Gangneung. Cette troupe artistique d’environ 140 personnes aura notamment pour tâche de redorer le blason du gouvernement nord-coréen auprès du peuple du Sud. En effet, l’annonce de cette réconciliation par le sport a suscité nombre de manifestations où des effigies de Kim Jong-Un ou des drapeaux nord-coréens ont été brulés. Si ministère de l’Unification a appelé les Sud-Coréens à traiter le Nord comme n’importe quel pays participant aux Jeux, le chemin de la réconciliation reste encore long entre les deux frères ennemis coréens.