« Nous sommes le 15 janvier 2018, le 20 heures s’est échappé de la télé, vous regardez le tout premier Journal du Média, bonsoir à tous. » Voilà, c’est lancé. Moins de quatre mois après le lancement du Manifeste pour un média citoyen, qui a réuni plus de 40000 signataires via une pétition sur Change.org, l’idée principale s’est concrétisée : le Journal du Média.

Capture d'écran, point de vue sur le plateau du Média au lancement du Journal.
Capture d’écran quelques secondes après le lancement officiel du Journal.

Malgré les difficultés techniques qui ont empêché le flux vidéo de fonctionner sur le site lemediatv.fr, Aude Rossigneux a pu déclarer les titres de l’émission du jour sur Facebook et Youtube : inégalité salariale femmes-hommes, le récent « presque-printemps iranien », et les « exilés, celles et ceux qui viennent au péril de leurs vies demander asile chez nous et celles et ceux qui leur portent secours et parfois sont condamnés ».

L’émergence d’un grand média citoyen et politisé ?

Le ton est volontairement militant. Et pour cause, Le Média s’est engagé à respecter des valeurs qui le situent politiquement : indépendance des puissances financières, collaboration citoyenne, pluralisme des idées, culture et francophonie, humanisme et antiracisme, féminisme et droits des LGBTI, et écologie. Les piques sont récurrentes à l’égard du pouvoir tout au long de l’émission, comme ce rappel durant une transition de l’absence d’un ministère chargé de l’égalité femme-homme, pourtant promesse du candidat Macron (remplacé par un Secrétariat d’Etat).

 

Le Média se revendique média citoyen, notamment en raison de sa structure de financement basée pour l’instant en totalité sur les « Socios », ces citoyens qui souhaitent donner au Média en détenant des « titres de propriété » de celui-ci, qui participent à la décision des sujets abordés et aux grandes questions relatives au Média (présence ou non de publicité, coopération avec des partenaires…).

 

Cependant, l’image du Média en tant que premier média, même audiovisuel, alternatif et de gauche doit être nuancée : en effet que ce soit les web-télés nées en relation avec les Nuit Debout de France, les vidéastes éditorialistes qu’ils soient sur Youtube ou sur Facebook, les lives de Mediapart, des médias politisés à gauche proposaient déjà de l’information auparavant.

 

 

Un lancement déjà médiatique

Ce qui donne au Média cette sensation de primeur, de nouveauté, c’est avant tout l’exposition médiatique dont il jouit. Celui-ci a en effet dès, voire même avant son lancement, bénéficié d’une mise en avant que ce soit dans la presse écrite, à la télévision, à la radio. C’est même dans le monde médiatique qu’a été lancée l’idée du Média avant même la publication du Manifeste, par Thomas Guénolé sur LCI le 18 septembre 2017 : « Environ un quart du public est sur une ligne altersystème, altermondialiste, féministe, antiraciste. Or cette ligne éditoriale n’existe pas dans notre paysage audiovisuel. Il faudrait donc créer un grand média audiovisuel altersystème. »

 

Le Média souhaite proposer une nouvelle manière de faire du journalisme audiovisuel, basé sur une information lente qui vise à faire comprendre les enjeux majeurs des problématiques sociétales actuelles. Pourtant, et cela a étonné le site Agoravox, le Manifeste pour un média citoyen a été publié dans le journal… Le Monde. Étonnant de vouloir s’échapper du modèle du média traditionnel en lui restant attaché.

 

 

Un traitement médiatique plutôt défavorable

Malgré ce reproche de proximité au monde médiatique existant, le reste de la presse s’est souvent montrée critique à l’égard du Média. Il est intéressant que ces critiques soient polarisées politiquement.

 

Une grande partie du monde médiatique lui reproche déjà sa proximité politique avec La France Insoumise, la co-fondatrice du Média, Sophia Chikirou, étant ancienne directrice de communication de Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, Laurent Ruquier chez On n’est pas couché le 20 janvier 2018, affirme à ce propos « C’est vrai qu’on a l’impression de voir télé Moscou ». Ceux-là peuvent également reprocher les quelques ratés – qu’ils soient techniques ou dans la forme – qu’a expérimentés Le Média, qui se déclare encore en construction.

Pour certaines franges plus à droite, comme chez les Grandes Gueules lors du passage de Gérard Miller, l’autre co-fondateur du Média, le 12 janvier 2018, on reproche à celui-ci de faire dans l’ultra-sensationnalisme, de « faire vivre dans un monde imaginaire où les enfants travaillent dans les mines ».

 

Pour des médias de gauche, Le Média se serait égaré à faire vivre un Journal de 20 heures, comme dans la critique du 16 janvier 2018 de Daniel Schneidermann chez Arrêt sur images, qui se questionne : « Mais qu’est-ce qui leur prend, avec le 20 Heures ? Mais qu’est-ce qui leur prend, aux maquisards de l’info, aux créateurs d’alternatives, aux inventeurs d’avenir, de vouloir absolument dupliquer la forme la plus ringarde, la plus dépassée, de l’information par l’image ? »

Celui-ci est en revanche revenu plus mélioratif sur ses propos dans sa chronique du 26 janvier. Il affirme alors que Le Média met en place une intéressante « contre-hiérarchie de l’info ». En effet, celui-ci souhaite s’intéresser plus aux grandes causes qui sous-tendent les évènements qu’à leurs conséquences, prenant ainsi à contrepied les exigences de sa forme. Ainsi, selon Schneidermann, malgré un format encore en construction, il s’agirait d’une intéressante esquisse d’un contre-modèle de l’information.