Même si le football féminin souffre d’une médiatisation moins forte que le sport masculin, peut-être savez vous quand même que les clubs Français dominent l’Europe depuis quelques saisons. L’Olympique Lyonnais surtout, est tenant du titre de la Ligue des champions. Cependant, cette année les résultats semblent indiquer un phénomène nouveau : l’émergence (ou réémergence) des clubs anglais sur la scène continentale. La concurrence franco-anglaise s’annonce rude !

 

Les demi-finales de la coupe d’Europe sont connues. Et le pays le plus représenté à ce niveau est l’Angleterre avec deux équipes sur les 4 rescapées. Si Manchester City et Chelsea, opposés respectivement à l’Olympique Lyonnais et Wolfsburg, ne partent pas favoris de leurs demies, les clubs anglais s’affirment toutefois comme de nouveaux prétendants aux médailles européennes.

 

 

Chelsea (Angleterre) élimine Montpellier de la Ligue des Champions le 28 mars | @J.FLURY

Un championnat disputé

 

Si Chelsea et les autres clubs anglais sont désormais de sérieux rivaux au niveau continental c’est avant tout parce que le niveau de ce championnat progresse. A la différence de la France où Lyon semble toujours très au-dessus des autres équipes, plusieurs clubs ont inscrit leur nom au palmarès outre-manche ces dernières années. Depuis 2011, 4 équipes ont remporté un championnat qui offre sans doute plus de concurrence qu’en France.

 

Les joueuses d’Arsenal | @J.FLURY

 

 

Par exemple, si le titre se dispute entre Chelsea et Manchester City cette année (séparés d’un point seulement au classement pour le moment), c’est Arsenal qui a récemment triomphé en coupe de la Ligue. De plus, Manchester City a perdu la tête du championnat en février après une défaite à Birmingham, qui occupait la seconde moitié de tableau. Ce type de défaite est actuellement impensable en France où le fossé entre les équipes semble plus creusé. Certes, le championnat britannique se joue aussi seulement entre trois ou quatre équipes. Malgré cela, le niveau semble en moyenne plus resserré qu’en D1 française.

 

Dans l’hexagone, les clubs ont aussi plus de mal à émerger. Marseille, promu il y a deux ans et qui a réalisé une belle saison l’an passé est aujourd’hui dernier et risque de redescendre. Surtout, les équipes de football rechignent à lancer des sections féminines qui nécessitent souvent plus d’investissements qu’elles ne rapportent. Le championnat français, sans doute l’un des meilleurs en Europe, traverse peut-être une période difficile. En témoigne la grève des joueuses de Guingamp qui reprochaient justement un « manque de considération » de la direction vis-à-vis de ses féminines.

 

 

Une évolution rapide

 

Pendant ce temps Manchester City, dont l’équipe masculine est largement en tête du championnat, lance une campagne pour valoriser ses joueuses. « Same City, Same Passion » est l’un des slogans affichés par le club depuis début 2018. Et leur équipe féminine a connu une progression fulgurante ces dernières années. Promues en 2014 en première division, les Citizens ont signé un doublé coupe de la ligue et championnat deux ans plus tard. Aujourd’hui, elles luttent pour le titre, tout en faisant partie des demi-finalistes de la Ligue des champions. Cette évolution témoigne des changements qui ont eu lieu dans le paysage du football féminin anglais ces dernières saisons.

 

Et ce mouvement n’est pas prêt d’arrêter puisque la fédération anglaise a décidé de professionnaliser le championnat. Celui-ci va passer de 10 à 14 équipes dès septembre prochain. Le budget minimum est bas : 450 000 euros sont demandés aux clubs pour avoir une place. Peu lorsqu’on sait que les clubs de football anglais gagnent beaucoup plus d’argent que les clubs français en termes de droits télévisés. Ces exigences semblent donc incitatives pour les clubs de la Premier League qui ne disposent pas encore de section féminine…

 

C’est la raison pour laquelle le club de Manchester United a annoncé récemment vouloir développer sa section féminine. Il a déposé une candidature pour intégrer la WSL2, deuxième division anglaise.

 

Les meilleures équipes féminines françaises comme Lyon ou Paris ont certes des budgets bien supérieurs aux clubs anglais. Cela pourrait continuer à être le cas avec les bénéfices envisageables suite à l’annonce de Canal+ de diffuser largement le football féminin dès la rentrée prochaine. Cependant, cela n’empêche pas non plus les équipes outre-manche de recruter des joueuses de plus en plus réputées.

 

 

Une sélection nationale en progrès

 

Enfin, ces développements sont à relier avec les performances de la sélection anglaise. En 2011, une part du public découvre les bleues lorsque la France éliminait l’Angleterre de la coupe du monde. Depuis, les chemins des deux sélections se sont plusieurs fois croisés. En mars 2017, la France gagnait bat ainsi l’Angleterre 2-1 lors du tournoi amical de la ShebelievesCup.

 

Or, lors de l’édition 2018 de cette compétition, les Françaises se sont effondrées face au même adversaire, s’inclinant 4-1. Cette lourde défaite montre symboliquement que l’Angleterre est devenue plus forte. Cette équipe qui a aussi éliminé les Bleues lors de l’Euro en juillet dernier occupe la 3è place mondiale au classement Fifa. Le souhait de la fédération anglaise est d’élever le niveau du championnat national et de poursuivre l’évolution de la sélection. La professionnalisation du championnat va passer aussi par un renforcement de la formation. Objectif annoncé : aller le plus loin possible au mondial 2019 qui aura lieu… en France !