Home Actualités Pour Nawel Rafik-Elmrini : « Strasbourg est la voix des citoyens en Europe »

Pour Nawel Rafik-Elmrini : « Strasbourg est la voix des citoyens en Europe »

Pour Nawel Rafik-Elmrini : « Strasbourg est la voix des citoyens en Europe »

Sciences Po Strasbourg risque-t-il de perdre sa Semaine européenne ? Telle est l’une des questions (très personnelle) que soulève la querelle actuelle entre les deux Parlements européens de Bruxelles et de Strasbourg.

Depuis le compromis d’Edimbourg de 1992, établissant le partage du travail parlementaire entre l’hémicycle « Louise Weiss » et le « Caprice des Dieux », les deux Parlements n’ont cessé de se battre pour obtenir le monopole institutionnel. Entre les deux capitales européennes, une longue rivalité fait rage.

 

Aujou’d’hui, le siège strasbourgeois du Parlement européen est toujours en danger | @Europe1

 

 

Si Strasbourg profite de son passé historique pour mettre en avant sa bonne réputation auprès des citoyens européens, la grande majorité des eurodéputés souhaiteraient rapatrier l’ensemble de l’activité parlementaire à Bruxelles. Avec les perturbations initiées par le Brexit, le débat du siège unique, extrêmement récurrent dans les discussions européennes, a recommencé à gagner une certaine ampleur. Férocement défendu par les autorités françaises, le statut du Parlement de la capitale alsacienne semble aujourd’hui en danger. Pour l’Eurométropole, la perte du Parlement européen représenterait un réel cataclysme économique et symbolique.

 

Afin de comprendre les enjeux derrière les risques de la perte du Parlement européen, Propos est allé à la rencontre de Madame la 1ère adjointe au Maire Nawel Rafik-Elmrini, en charge des relations européennes. Figure de proue de La République en Marche à l’échelle strasbourgeoise et européenne, l’élue entend se saisir du lancement des Consultations citoyennes par Emmanuel Macron, le 17 avril prochain, pour défendre le statut de capitale de l’Eurométropole.

 

 

F.M : Le Parlement européen doit-il conserver son siège strasbourgeois ?

N.R-E : La présence du Parlement européen à Strasbourg comme celle du Conseil de l’Europe résulte de l’Histoire. Elle ne doit rien au hasard. Trop souvent les arguments déployés par ceux qui souhaiteraient un « siège unique » du Parlement européen – sous-entendant qu’il devrait être établi à Bruxelles – se résument à une pseudo-rationalité administrative (on ne revient pas ici sur la querelle des chiffres, le rapport de l’Association européenne des Jeunes Entrepreneurs avait indiqué les véritables chiffres produits par l’administration du Parlement européen lui-même : 10 centimes par citoyen et par an ! La Cour des comptes européenne a produit elle aussi sa propre analyse. C’est le coût de la démocratie européenne).

Mais la question du siège est d’abord une question politique. Rappelons d’abord une réalité : le compromis d’Edimbourg de 1992 a établi que le siège du Parlement européen est à Strasbourg où se tiennent les 12 sessions plénières annuelles dont la session budgétaire. La Cour de Justice de Luxembourg a, à deux reprises, rappelé la « loi » en la matière. De plus, conformément à ce même compromis d’Edimbourg, le Parlement européen a deux autres lieux de travail : Luxembourg et Bruxelles.

 

 

La politique, le politique, a besoin de symboles. Et Strasbourg en est un pour l’Europe et les Européens.

 

 

Les sièges des 7 institutions ainsi que des agences de l’Union européenne sont répartis sur le territoire de nombreux Etats membres, selon une conception polycentrique des pouvoirs au sein de l’Union. Déplacer le siège d’une grande institution comme le Parlement européen romprait les équilibres et nécessiterait de revoir la répartition de l’ensemble des institutions et agences de l’Union. Aucun Etat membre n’a intérêt à demander cette renégociation. On se trompe de débat en mettant cette question du siège en avant. Les Européens attendent d’abord de l’Union un projet politique, pas une querelle sur la gestion administrative du fonctionnement des institutions. De ce point de vue, nous attendons beaucoup des consultations citoyennes lancées par le Président de la République.

La venue du Président de la République au Parlement européen le 17 avril pour le lancement de ces Consultations représente un signal fort. Cette démarche inédite impliquera les citoyens de vingt-six Etats membres et constituera une étape essentielle dans le processus de refondation de l’Europe. Les propositions qui auront été formulées seront présentées aux Chefs d’Etat et de gouvernement à l’occasion du Conseil européen du mois de décembre.

La politique, le politique, a besoin de symboles. Et Strasbourg en est un pour l’Europe et les Européens. Elle doit rester la capitale parlementaire et la capitale des droits de l’Homme. Strasbourg est la voix des citoyens en Europe. Strasbourg est la ville où leurs droits fondamentaux sont protégés.

 

 

 

Madame Nawel Rafik-Elmrini, 1ère adjointe à la Mairie de Strasbourg, déléguée aux relations européenne | @COEINT

 

 

 

Les griefs adressés à la ville sur ce dossier sont nombreux : les infrastructures de transport ne sont pas assez nombreuses pour accéder au Parlement, les liaisons avec les autres capitales européennes insuffisantes, le parc hôtelier restreint. Que répondre aux critiques des partisans du Parlement unique bruxellois ?

N.R-E : Le prochain contrat triennal qui sera dévoilé prochainement aura pour priorité l’accessibilité de la capitale européenne. Des progrès significatifs sont attendus et certains sont déjà là : par exemple l’aéroport international de Strasbourg enregistre en 2018 +40% d’offre supplémentaire sur le hub d’Amsterdam et 8 nouvelles destinations. L’accessibilité ferroviaire est également améliorée avec la connexion vers l’aéroport de Roissy/CDG. Quant au parc hôtelier, la stratégie de la collectivité porte ses fruits : 10 établissements supplémentaires entre 2011 et 2018 (129 établissements en 2018) et 711 chambres en plus sur la même période (7519 en 2018 contre 6808 7 ans il y a 7 ans, soit une augmentation de + 10%). Entre 2018 et 2020, 1329 chambres entreront sur le marché.

 

 

Quelles sont les actions prises par la ville pour défendre le maintien du Parlement européen à Strasbourg ?

N.R-E : La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg soutiennent le développement de l’aéroport de Strasbourg et mettent en œuvre une stratégie dynamique dans le domaine de l’hébergement hôtelier. D’une manière générale, c’est le rayonnement et l’attractivité de Strasbourg qui sont améliorés. Dans le domaine immobilier et urbanistique, le nouveau Quartier Archipels participe de cette stratégie.

De plus, les relations entre la Ville et le Parlement européen, et plus largement les institutions européennes, se sont renforcées toutes ces dernières années : avec le Parlement européen, c’est une relation de partenariat sur des projets qui identifient Strasbourg comme capitale des droits de l’homme (autour du Prix Sakharov) et rendez-vous de la jeunesse européenne (avec la 3ème édition de EYE). Sur les questions d’accueil et de logistique, les relations se sont également renforcées avec la mise en place d’un groupe de liaison politique entre la Ville et le Parlement européen. La mobilisation des acteurs publics et de la société civile (Task Force, Comité pour l’Europe de et à Strasbourg-CŒURS) contribue à ce dialogue renforcé et à la prise en compte des besoins du siège Parlement européen, et ce de façon pragmatique et ouverte. La pérennisation du principe du contrat triennal en 2015, lors de la création de l’Eurométropole, est également un point très positif.

Par ailleurs, la Ville a également renforcé ses relations avec le Conseil de l’Europe, dans le cadre de l’accord-cadre de 2010, autour bien entendu du Forum mondial de la démocratie. Cela participe d’une stratégie globale visant au rayonnement européen et international de la capitale européenne de la démocratie et des droits de l’homme.

 

 

Quelle place occupe cette question dans le programme européen de la République En Marche ?

N.R-E : Emmanuel Macron, comme candidat du mouvement « En Marche » puis comme Président de la République, a toujours défendu avec force le statut européen de Strasbourg. On se souvient également de la proposition qu’il a formulée d’un accueil à Strasbourg du Parlement européen de la zone euro, preuve qu’il souhaite non seulement défendre le rôle de Strasbourg mais aussi le renforcer. La République En Marche s’inscrit aujourd’hui pleinement dans cette filiation.

 

 

En cas de perte du Parlement européen, quels seraient les manques-à-gagner pour la ville d’un point de vue éco’ ?

N.R-E : L’étude menée par le cabinet EDR a montré l’impact socio-économique de la présence des institutions européennes à Strasbourg : 11 000 emplois induits, 4.3% de la valeur ajoutée à l’échelle de l’agglomération.

 

 

Pensez-vous que le transfert d’un Parlement européen unique à Strasbourg améliorerait l’image bureaucratique et déconnectée dont souffre l’Union auprès des citoyens ?

N.R-E : Le transfert de l’ensemble des activités du Parlement européen à Strasbourg nécessiterait une révision des traités sur ce point particulier, révision qui n’est aujourd’hui pas à l’ordre du jour. Néanmoins Strasbourg entend tout faire pour améliorer les conditions de travail des parlementaires et des personnels du Parlement européen et le développement de son siège à Strasbourg, comme l’atteste le projet lié au lot E du quartier du Wacken.