Oui, Martin Fourcade a remporté 3 médailles d’or aux Jeux Olympiques. Oui, il est devenu l’athlète Français le plus titré aux JO et oui, nous serons tous d’accord pour souligner l’énorme prestation de notre porte-drapeau lors de ces mondiaux. Mais l’une de ses médaille d’or, sur le relais mixte, n’a pas été décrochée toute seule. Parmi les 3 athlètes associés à Martin ce jour-là, on trouve Marie Dorin-Habert. Si la Française à la superbe carrière a longtemps collectionné les récompenses, cette médaille d’or semblait inespérée après des mois de galère cette saison. Chronique d’une renaissance dorée.

« Relais mixte.
Haaaaaaaa !!!!!!!! je commence par la fin : « Champions Olympiques » !!! haaaaaaaaaa !!!!!! Truc de dingue !!! (…) »

 

Marie-Dorin Habert est une grande athlète. Elle est aussi particulièrement loquace sur les réseaux sociaux et débriefe toutes ses performances avec un regard à la fois critique et drôle. Cependant, ses petits messages se sont cette saison obscurcis course après course, déception après déception. Elle qui avait annoncé qu’il s’agirait de ses derniers Jeux a dû se battre comme rarement. La biathlète qui a idéalement lancé ce fameux relais mixte a beaucoup souffert avant celui-ci et ses nombreux messages sur les réseaux sociaux témoignent de ce chemin ardu. Morceaux choisis.

 

Novembre 2017 – Premiers échecs

Commençons notre parcours le 6 novembre 2017. A l’orée de cette nouvelle saison de biathlon, la sportive ne semble déjà pas en grande confiance. « Les sensations ne sont (…) pas très bonnes » reconnait-elle sobrement. Le 18 novembre, l’athlète connait une première déception. « Première course de la saison… Bon, je ne vais pas dire que je fume noir mais tout n’est pas rose c’est sûr !! »
Le lendemain, elle nous partage son ‘menu’ :
« Menu du jour : Mass start.
En entrée : 3 tours corrects, un peu mieux qu’hier, pas fou non plus (faut pas déconner !) (…) Plat du jour : 3 fautes au tir, une balle ratée par tir à partir du deuxième couché. C’est pas pire, pas ouf et totalement insuffisant. (…)  Au dessert : J’ai craqué mon slip dans le dernier tour.
( …) »

Ce début de saison ne se déroule donc pas comme espéré. Ce qui ne suffit pas pour autant à ce moment là à désarçonner la Française qui ironise avec beaucoup d’humour sur sa situation. Une semaine après cependant, l’impression est déjà autre :

« Et pourtant l’envie y est, je donne le max mais j’ai l’impression d’être lourde à déplacer, (…)
Le tir n’est pas mauvais mais tellement lent… et pourtant je vous jure que je me bouge !!
 »

Petit à petit, l’humour laisse parfois la place à des réflexions plus pessimistes. Le 29 novembre, soit 11 jours après sa première course, Marie admet se sentir quelque peu impuissante.

« La compétition est un jeu binaire : bon, pas bon. Pas d’excuses.
C’est la règle et si j’ai su jouer devant auparavant, il me faut à présent repartir d’en bas, monter un à un les barreaux de cette échelle qui me paraît immense. »

Les fans ne s’alarment pas, la saison est encore longue, tout peut changer très vite. Il n’empêche que du côté de la biathlète, les sensations ne s’améliorent pas. Les questions se bousculent dans son esprit. Marie tente même de philosopher début décembre :

« Si les premières courses ne se passent pas comme j’avais imaginé (…) elles ont tout de même le mérite de m’apprendre certaines choses.
L’humilité de devoir repartir d’en bas.
Le courage de continuer à souffrir pour des places qui, jusqu’à présent n’étaient pas considérées comme un objectif.
L’effort mental qu’il faut fournir tous les jours pour ne pas s’effondrer. (…) »
« Comment se fait-il que des filles qui ont uniquement 2 ans de métier derrière la carabine tirent bien plus vite que moi pour un résultat identique voir meilleur ??? »
Question à 1000 points !
La réponse est simple : elles vont à l’essentiel et foncent, tandis que j’ai érigé autour de moi une forteresse de doutes, et de petits riens qui ne comptent pas mais alourdissent ce fardeau que j’emporte partout sur le tapis.
Donc voilà, j’ai du pain sur la planche.  »

 

Décembre 2017 – Mieux vaut en rire qu’en pleurer

Course après course, échec après échec, Marie tente de se raccrocher à ce qu’elle peut. Elle qui volait de podium en podium un an auparavant n’est que l’ombre d’elle-même durant cette fin 2017. Elle ne se l’explique pas et multiplie les efforts. Mais quand rien ne va, rien ne va. Fidèle à elle-même, Marie tente alors de voir sa situation avec humour. Certains des messages postés font vraiment sourire. Malgré ses mauvais résultats, ses pertes de repère, la Française tente de faire des « posts rigolos » même si le cœur n’y est pas toujours.

Le 9 décembre elle résume ainsi sa course : « j’ai les boules j’ai les glandes, j’ai les crottes de nez qui pendent ». Le lendemain, c’est dans un message tragi-comique qu’elle constate son nouvel écueil :

« Ma carabine est entrain de brûler tranquillement.
Je vais peut être aussi m’immoler, je mériterai sans doute. Mais trop douillette, je préfère rejeter ma faute sur l’objet muet.
Bref, cette année, j’ai beau le prendre par n’importe quel bout, ça ne tourne pas rond, il y a des angles partout !!
Le ski est mieux, mais malheureusement le reste ne suit pas.
Aucune excuse, le vent est dans ma tête.
Donc retour à la case départ.
Ou alors directement à la case prison.
Je vais doucement me reconstruire, acheter un mental en promotion et éviter de continuer à creuser. »

5 jours plus tard, elle admet « Bon, je ne suis pas sûre qu’il faille parler de ma course… pas évident de mettre des posts rigolos lorsque le moral n’est pas au beau fixe… » Elle ajoute : «ça me fait tellement tout drôle de me déchirer pour rester dans les 30 premières (…) je ne pensais pas que ça m’affecterai autant de passer à côté des performances que j’attendais. »

Elle termine en avouant que si elle souhaitait cette année se faire plaisir, c’est tout sauf le cas. Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. L’athlète n’avait pas à se démener autant auparavant pour finir à de telles places. Les objectifs sont revus à la baisse, et Marie se montre de plus en plus dure avec elle-même. Ses messages à l’humour dosé deviennent autant de piques qu’elle s’envoie. Et la situation semble à chaque fois plus désespérée. Tant et si bien que le 18 décembre Marie s’exclame « Arrf…. c’est dur le ski !! A la niche Riri, et reste au lit ! »

 

Janvier 2018 – Une véritable souffrance

Alors que les Jeux Olympiques d’hiver approchent, une question commence malheureusement mais logiquement à se poser : Marie Dorin-Habert est-elle prête? Elle-même ne sait plus trop si elle doit y aller ou non. A demi-mot, elle glisse que cette saison sportive peut s’arrêter plus tôt que prévue. Ainsi le 4 janvier elle écrit : « Que dire…? J’avoue que je n’ai plus beaucoup de ressources ni de vocabulaire ! Je commence donc cette nouvelle année encore plus mal que je ne l’ai terminée !! J’aurai mieux fait de me soûler aux bulles des douze coups de minuit au lieu de continuer ma vie d’ascète ! Mal payé !
C’est comme ça. Les joies du sport de haut niveau !

 « Parfois il faut se rendre à l’évidence, le corps fait de la résistance et me pousse à l’arrêt.
Je ne sais pas trop comment je vais envisager la suite pour le moment. »

Ce corps qui auparavant la faisait voler sur les pistes n’est plus le même cette année. Il lui fournit une « résistance » qu’elle n’aurait pu imaginer. Que faire alors ? Le combat devient trop dur et les satisfactions trop maigres. Marie réfléchit et décision est prise de recharger les batteries. De faire une pause et de revenir pour tout donner, une dernière fois. Nous sommes le 5 janvier :

« Hello everybody,
Suite à la succession de contre-performances depuis novembre, je ne serai pas au départ de la poursuite (…) Il a été jugé préférable de ne plus tirer sur la machine en espérant que cette dizaine de jours d’entraînement à très faible intensité me permettre de remettre la machine en route. »

Quelques jours plus tard, sa rage de vaincre va être réaffirmée dans un nouveau message. Un message un peu moins drôle que les précédents, un peu plus long aussi et surtout plein d’une motivation renouvelée. N’enterrez pas Marie trop vite ! Elle n’a pas dit son dernier mot.

« J’ai toujours une tendance à voir le verre à moitié vide, mais en bref, je suis une compétitrice.
Lorsque je prends le départ c’est pour me dépasser. Je n’ai pas de limite et je fonce jusqu’à la ligne d’arrivée avec la même motivation. En ce moment, les résultats et l’état de forme que je traverse sont délicats. Mais je connais les règles du jeu, je connais le sport de haut niveau et j’en accepte les conséquences sans pour autant baisser les bras.

J’ai la chance de pouvoir me re-préparer pour essayer d’enrayer cette spirale de contre performance. Je suis donc à fond, motivée et décidée à me sortir de ce trou. (…)

Quoi qu’il se passe, je me battrais jusqu’à mon dernier départ.

(…) Avec rage, avec envie, avec respect pour mes adversaires et avec la conscience d’avoir la chance de vivre cette vie que j’ai choisie. »

Certes les résultats n’ont jusque là pas été à la hauteur des espérances. Certes les courses se sont suivies et répétées. Mais alors que les Jeux Olympiques ont lieu dans un peu plus d’un mois, il est encore possible de s’y préparer. Avec la ferme volonté d’y réaliser quelque chose. Marie l’a bien compris, et animée d’une hargne nouvelle, elle ne va plus rien lâcher. Remonter doucement cette pente si ardue. Procéder étape par étape et ne s’arrêter qu’une fois le sommet atteint.

 

Un nouveau départ

Nous sommes le 18 Janvier 2018. Pour la première fois depuis longtemps, Marie retrouve ses sensations. Et son humour est lui aussi de retour alors qu’elle évoque sa fille Adèle :

« Enfin une course à 100%…!! Alors bien sûre, c’est mon 100% du moment, avec mes jambes de l’année… troquées dans une brocante sur un coup de tête… avec mes poumons de l’année, échangés eux aussi contre une barbie sirène pour Adèle. Je ne sais pas si j’ai gagné au change mais bon, aujourd’hui je suis contente (…) de cette course, je pense que je remonte doucement (très très très doucement, mais bon, les vieux c’est comme ça, ça va pas très vite mais ça lâche rien). »

La crispation laisse la place peu à peu à un nouvel espoir. A travers ces quelques lignes de texte inlassablement posées après chaque prestation, on devine les émotions de l’athlète. Si le temps a longtemps été morose, les nuages s’écartent doucement. La volonté est alors de ne rien bousculer. De continuer à progresser sans chercher à aller trop vite. Le 21 janvier, il est décidé de faire l’impasse sur l’épreuve suivante:

« On continue de laisser à mon corps le temps de souffler, quand bien même les sensations reviennent. (…) Je me suis même vraiment fais (sic) plaisir sur la course d’hier, ayant de nouveau l’impression d’être maître de ma course, de mon souffle, de mon allure.

Coooooool !! J’avais oublié qu’on pouvait ressentir du plaisir à courir. »

Le plaisir. Enfin elle évoque à nouveau ce qui lui a donné envie de faire de ce sport son métier. Surtout, plus que les performances sur la piste, c’est cette nouvelle envie et un humour à nouveau croustillant qui prouvent que Marie est bel et bien de retour. Et elle démarre sa 3è aventure olympique le 3 février par une blague :

« Le village Olympique s’élève à 15 étages. Nous sommes au dernier étage. Cool, au moins on aura été sur la plus haute marche du podium une fois sans effort (y a un ascenseur). »

Sa bonne humeur est visible dans les messages qu’elle publie. Des lignes pleines de rire comme celles-ci publiées le 6 février :

« En attendant les pistes sont belles mais très dures. Ce qui les rend tout de suite moins belles. Un peu comme Johnny Deep : beau mais inaccessible donc pas top. »

Marie est tout à sa joie d’être là, mais surtout elle n’est pas venue pour faire de la figuration. Elle va très vite le prouver lors de sa première épreuve, le sprint. Le stress est bien là et surtout Marie bascule à nouveau dans l’inconnu. Les sensations sont bonnes mais quel sera le résultat ? Un top 30 ? Mieux ? Est-ce seulement possible ?

La course prouve que Marie Dorin-Habert est à nouveau à suivre de près. En effet elle finit au pied du podium et loin d’être une déception, ce classement est accueilli comme un véritable soulagement. Vite, vite la suite !

 « une belle 4ème place : mon meilleur résultat depuis longtemps !!! »

 

L’apothéose

Ce premier bon résultat en appelle d’autres et Marie affirme d’ailleurs que cette course, durant laquelle elle n’a pas subi l’effort, lui a donné « envie de porter à nouveau le dossard. » Elle reste fidèle à elle-même et nous tire à nouveau un sourire tout en faisant preuve d’une motivation renforcée le 18 février :

« Je ne regrette rien, je suis consciente d’avoir de la chance de courir, d’effectuer mes meilleurs performances sur cette saison si mal commencée. (…) Je me détache en fait de la notion de résultat pour me concentrer sur des sensations (…) pour vivre pleinement ces derniers dossards. Je suis tellement détachée des choses matérielles que j’ai du par mégarde jeter à la poubelle feu mon nouveau téléphone…. dans sa boîte…. Mis à part le vol, je ne vois malheureusement que ma bêtise comme grande responsable. Ou la poubelle boulimique, aigrie de ne manger que des choses usagées et pourries qui s’est jetée sur un truc neuf pour se venger. »

Et enfin nous y voici, au relais mixte. La remontée de la pente aura été difficile mais en quelques courses, Marie a recouvert un top niveau, juste à temps pour partir à la conquête d’une médaille aux JO. Ce relais du 20 février, c’est elle qui l’ouvre. Martin le termine. Et avec Simon Desthieux et Anaïs Bescond, ils sont surtout 4 à devoir se surpasser pour aller décrocher quelque chose. Ce qu’ils vont tous faire, Marie y comprise. Auteure d’un excellent départ, rapide sur les skis et précise au tir, elle lance idéalement la Team France. Une Team France qui termine donc championne olympique. Inespéré. Ce 20 février 2018, la joie éclate enfin. D’abord sur le podium, puis sur les réseaux sociaux :

« Relais mixte. Haaaaaaaa !!!!!!!! je commence par la fin : « Champions Olympiques » !!! haaaaaaaaaa !!!!!! Truc de dingue !!!
(…) Très très contente de ce relais. Bel euphémisme. Beaucoup d’émotions, beaucoup de partage, pfffffffff…! Et puis ce Martin…. tellement fort. Et puis Simon, et cette Nanas… avec qui j’ai partagé tant de départs…. Séquence émotion !
Il en reste encore une demain. A partager aussi. L’or c’est beau et ça brille. Je trouve que ça me va plutôt bien non ??!! Trop modeste la meuf !
Une bien belle médaille, merci, tellement de personnes à remercier ( …) »

Tout n’est pas encore terminé cependant et Marie va même décrocher une nouvelle médaille, à nouveau en relais mais féminin cette fois. Deux médailles partagées et de l’émotion comme rarement. Dès la fin de la course, les larmes montent aux yeux de la sportive. Mais ce ne sont pas des larmes de déception.

Toby Melville-Reuters

« Et voilà, c’est presque fini….
Tout s’est enchaîné tellement vite depuis le relais mixte…. il y a eu la cérémonie de la médaille puis il a fallu très vite se remobiliser pour le relais dames.
Beaucoup d’appréhension pour ce relais où nous étions attendues. Condition difficiles, le vent s’était remis à turbiner, soufflant à neige en tourbillons…. Pas simple !
Je suis contente de ma course qui a été un combat tout du long. (…) Une belle médaille bien méritée. Partagée entre 4 filles de différentes générations. Un bel exemple pour tous je pense et beaucoup d’émotions pour moi.
(…)
Maintenant on prépare nos sacs, on les remplit de peluches, de médailles… on bourre on bourre à faire péter la fermeture des valises remplies de souvenirs qu’on emportera sans doute très loin ailleurs. Merci à tous pour cette belle Olympiade ! »

Dans un dernier message posté le 27 février, Marie est tout à sa joie et savoure cette fin de compétition et le retour à la maison. « Je suis une foutue veinarde et le pire c’est que j’adore ça !!!
La tension monte cependant…. Des bras m’attendent dans lesquels je rêve de me jeter et l’impatience distille ces dernières heures au compte-goutte.. !
Merci à tous pour ces beaux moments !! »

Revenue de loin, la Française est incontestablement l’une des belles histoires de ces Jeux. Sa carrière n’est cependant pas encore tout à fait terminée. En effet, avant de définitivement raccrocher, Marie sera à Oslo jusqu’au 18 mars. Une ville où elle avait décroché six médailles aux Championnats du monde en 2016.

Alors en route pour les derniers tours de piste et les dernières émotions sportives. On a hâte de lire son opinion à l’issue de cette belle aventure !