David Guetta a joué en live mercredi 15 novembre 2017 son dernier single, ‘Dirty Sexy Money’. Comme le nom et les paroles de la chanson le laissaient supposer, les danseuses présentes sur ce live étaient hyper sexualisées. Une goutte d’eau dans l’océan de machisme que compose le monde de la musique électronique. Une triste constatation.

La femme divertissement

L’industrie de la musique électronique comme beaucoup d’autres utilise une image tronquée et déformée de la femme pour faire vendre. Une image tout sauf réaliste qui ne voit la plupart du temps dans la femme qu’un corps sans visage. Cette métaphore s’illustre justement par cette prestation de David Guetta durant laquelle les danseuses, peu couvertes, portaient des masques qui cachaient leurs traits. Dans l’esprit des producteurs actuels, la norme est de montrer des ‘formes’. Comprenez que de plus en plus souvent, rythme se conjugue avec filles dénudées et la recette semble fonctionner. Ainsi, dans nombre de discothèques et de festivals à travers le monde, se retrouvent sur scène des danseuses en tenue légère. Dans les clips électroniques également, on retrouve trop souvent de telles femmes dans des attitudes ‘sexy’. En revanche, ce n’est pas le cas pour les acteurs hommes, plus souvent habillés et sérieux. Pas d’égalité des genres dans ce domaine, du côté de ‘l’outil de divertissement’, les femmes ont pris les devant. Et pour elles, c’est tout sauf une bonne nouvelle.

Certaines publicités ont déjà été pointées du doigt à cause de leur exploitation du corps de la femme. Les clips de musique également viennent présenter les femmes comme objet de désir. Celles-ci sont mises en scène dans des postures et des attitudes qui n’ont souvent rien de naturel. Cette mauvaise représentation vient ensuite en justification de certains comportements machistes. Dans de nombreuses vidéos, les femmes se retrouvent dominées, dévalorisées et ce genre d’image fait partie d’un sexisme encore bien trop généralisé.

Musique électro + femme en petite tenue = clip à la mode

Aujourd’hui la formule rapporte. Par conséquent certains artistes ont ainsi décidé de limiter leurs réalisations vidéographiques à cet unique schéma. Le Français Bob Sinclar qui a démarré dans la musique électronique en faisant figurer des enfants dans ses clips (World Hold On, Love Generation) a bien changé depuis de choix d’acteurs. Dans ses 4 derniers clips musicaux, les femmes en tenue légère –ou même nues– sont ainsi présentes. Calvin Harris a démarré  dans le domaine avec une vidéo dans laquelle lui, habillé, est entouré de femmes en sous-vêtements. Il est souvent revenu à ce type de vidéo par la suite. Enfin pour R3hab et KSHMR (plus simple à écrire qu’à lire), c’est devenu une triste tradition. Chacun de leurs clips mettent le focus sur une ou plusieurs femmes qui n’ont malheureusement pas trouvé grand-chose pour se vêtir.

This is how to get views
If you’ll focus real hard, you’ll notice that there is actually music in the background.
I promise that I’m here just for the music
1% music, 99% porn” –commentaires d’internautes amusés ou désabusés

Le schéma rapporte aux artistes et les moins scrupuleux et plus vénaux ne cessent donc de l’appliquer dans leurs clips. Ils font cela aux dépens d’une véritable histoire et ne cherchent même plus à y insérer une quelconque cohérence. Le cliché de la femme ‘objet’ ou ‘sexy’ est poussé à l’extrême et ce type de vidéo devient abrutissant. Surtout, cela contribue à véhiculer les clichés les plus stupides et à utiliser la femme dans un rôle de provocation. Le nombre de clips musicaux employant le corps féminin comme instrument de séduction augmente chaque jour.

Des clips très provocants

Il faut montrer des corps, toujours les mêmes types et cet impératif peut tourner au répugnant. Prenons l’exemple d’un clip publié en mars et qui approche aujourd’hui du milliard de vues. Malgré sa popularité, cette vidéo se montre pourtant violente et sexiste. L’hyper-sexualisation est présente: les femmes y sont dénaturées, des corps presque dénudés sont présentés dans des poses suggestives. Les gestes, les danses sont évocateurs et, sucettes en bouche, les actrices du clip se voient déverser sur leur corps peinture et crème chantilly. Quant à la chanteuse, elle met une tenue transparente, se retrouve à quatre pattes mais surtout ne montre jamais son visage. C’est peut-être ça le plus grave. Cette violence défigure la femme. Ces représentations contribuent à fausser l’image de la femme et détruisent sa dignité. Cela contribue à renforcer les stéréotypes autour du corps féminin. En effet, les corps présents dans les clips sont idéalisés et présentent les mêmes caractéristiques. Bien souvent un découpage de quelques parties du corps féminin est à l’œuvre. Fesses, bouche, seins sont ainsi souvent les premières choses montrées et parfois même les seules. La femme est ramenée à un corps anonyme.

De l’hypocrisie du web

Le plus souvent, il n’y a aucune adéquation entre la musique, la vidéo et la présence de femmes dénudées, représentées de façon sexy. Elles sont là pour faire vendre, et comme dit précédemment, les clips peuvent se montrer réellement choquants. Pour autant, cela ne semble pas poser de problèmes. Alors que des mouvements, #freethenipple notamment, ont été lancés ces dernières années pour protester contre la censure des réseaux sociaux, certaines images au caractère explicitement sexuel sont donc diffusées sans quelconque interdiction. Les photos de femmes en train d’allaiter étaient jusqu’à peu considérées comme pornographiques par les réseaux sociaux. Dans le même temps, des vidéos mettant en scène des femmes nues sont couronnées de succès. Au final, on peut parler d’une hypocrisie du web. La célébrité soudaine du mannequin Emily Ratajkowski est due à son apparition seins nus dans un clip. Une vidéo où les hommes sont bien habillés et parlent tandis que les femmes sont dévêtues et muettes. Tant d’images qui viennent légitimer et renforcer des formes de domination patriarcale malheureusement encore existantes dans la société.

La femme est vue comme un objet dans de nombreux clips musicaux et cela pose problème. « L’hyper-sexualisation est dangereuse à cause de l’impact de celle-ci pour les jeunes filles, qui tendent à définir leur vie réelle sur ces modèles véhiculés dans les médias. » (VoicesofYouth.org).

Est-il possible de faire autrement ?

Aujourd’hui ce système fait vendre : le public en redemande. Hommes et femmes l’appliquent en conséquence. Cependant, les alternatives existent (heureusement !) et les images provocantes ne font pas tout. Martin Garrix a récemment fini numéro 1 pour la deuxième année de suite du classement DJmag. Même s’il n’est pas exempt de tous reproches sur la question, il ne doit pas son succès à des clips montrant des femmes ‘sexy’. Il réalise ainsi de plus en plus des vidéos de ses tournées qui véhiculent de nombreuses images positives. Lui qui est l’un des plus jeunes sur le circuit se montre bien plus respectueux que bien des anciens envers la gente féminine. Surtout, les singles électroniques et les images de femmes dénudées n’ont en soi aucune association. A la société d’avancer, aux producteurs d’innover pour que l’on puisse voir d’autres images accompagner les rythmes qui nous font danser.

Jérôme FLURY