Home Actualités Le porc et les charcutiers

Le porc et les charcutiers

Le porc et les charcutiers

Tartufferie à Hollywood

Le 5 octobre dernier par l’intermédiaire du New York Times, le monde découvre avec effarement que le milieu du cinéma, Hollywood en particulier, s’avère touché en son cœur par des détraqués sexuels. Les médias sont enfin parvenus à saisir l’éléphant au milieu du couloir. Il aura donc fallu toutes ces années pour mettre à jour cette hypocrisie, que de Bill Cosby à Roman Polanski en passant par Kevin Spacey et Woody Allen, pour comprendre que l’environnement cinématographique, de surcroît les métiers de l’image et de la séduction seraient des affaires de coucheries et le fruit d’un rapport de pouvoir et de privilège par essence. Il semble que même en dépit d’une pénurie de beurre, certains n’ont toujours pas inventé le fil pour couper ce qu’il reste.

Plus sérieusement, beaucoup sont saisis de stupeur face à ces révélations mais peinent à dissimuler leurs malaises lorsque l’on apprend que la plupart du « showbiz » était au courant des agissements et des pratiques de ce Monsieur Weinstein. Car au fond, pourquoi des hommes comme Weinstein ou DSK pouvaient s’autoriser ce qu’ils faisaient ? Qu’ont-ils en commun ? C’est leur position sociale qui le leur permettait, ce qui est évidemment l’objet d’un autre débat sur la précarisation de masse qui permet à des horreurs de se produire, la prostitution des étudiantes par exemple.

 

 

 

Qu’il existe des hommes se comportant comme des porcs (les antispécistes vous expliqueraient que réduire le comportement des humains à un animal innocent est discriminatoire pour ce dernier) cela ne fait aucun doute. Mais avant de déchaîner une énième croisade contre les hommes comme entièreté, il aurait simplement fallu  relire les mémoires de Jean-Pierre Mocky, qui expliquait par ses mots terribles, non moins sans un certain sarcasme : « La plupart des actrices que nous connaissons ont autant travaillé allongées que debout. »

 

 

Après être passé sur ces affaires de gaudriole, l’analyse de ce qu’elles ont entrainé est autrement plus inquiétante. Beaucoup se sont réjouis de cette « libération de la parole », il n’est pas l’objet ici de remettre en cause le fait que des femmes osent maintenant parler de ce qu’elles peuvent subir au quotidien, que ce soit de la violence conjugale ou des agressions sexuelles avérées ; bien évidemment cela doit être jugé et condamné avec la plus grande fermeté.

Mais il faut se rendre à l’évidence, certains veulent faire croire à une généralisation de ces pratiques à l’ensemble des hommes, que dans tout homme, sommeillerait un violeur potentiel. Ce sous-entendu abominable que la frontière entre le porc et l’homme ne semble en réalité pas si imperméable que cela ; j’en veux pour preuve la psychiatre Muriel Salmona (qui a remis il y a quelques semaines un rapport composé de huit mesures phares à Marlène Schiappa) pour qui : « la culture du viol imprègne l’inconscient collectif de notre société ». Si l’on s’insurge face à cette affirmation, il suffit de répondre que le fait même de notre désaccord, est la preuve formelle que cette « culture du viol » existe, ce qui semble pratique avec l’inconscient c’est qu’on peut lui faire dire à peu près n’importe quelle sottise.

 

 

Le hashtag de Pandore 

           

Black Mirror : Saison 1 épisode 1 : l’hymne national

 

Après cela vient le phénomène du hashtag « balance ton porc », des femmes emportées par cet effet de foule, décident de dénoncer sur les réseaux sociaux des actes malveillants dont elles auraient été les victimes, ici précisément par « leur » porc, comme si chaque femme en avait un. Que des femmes témoignent de leurs traumatismes car comme Weinstein, des statuts sociaux permettent de contrebalancer peut-être un physique ingrat ou un charme déficient, démontrent que nos sociétés souffriront toujours d’abjects personnages.

Mais plusieurs problèmes sont à soulever ici : une meute se déchaîne sur un hashtag ; tout d’abord l’on y trouve des récits de toutes natures, du SMS insistant à une drague de rue un peu lourde jusqu’au harcèlement professionnel et quelquefois, en effet, des accusations de viol. La question est de savoir s’il semble concevable de vraiment tout mettre sur un même pied d’égalité. Évidemment impossible d’ignorer ces témoignages et les plaintes qui en ont découlé pour certains.

 

 

 

 

 

 

Jean Gabin en pleine tentative de harcèlement dans Le Quai des brumes ?

 

Mais ici on assiste à une extension sans limite du domaine du harcèlement, le dragueur de rue un peu maladroit est de la même manière mis en cause que l’agresseur sexuel. Il y a donc une distinction nécessaire à entreprendre entre ces « pratiques », et de ce qui relève de la loi ou non, alors que la magistrature reconnaît elle-même que la France dispose de l’un des arsenaux les plus complets et les plus répressifs en ce qui concerne les comportements et agressions sexistes, un tiers des détenus en France le sont pour crimes et délits sexuels.

 

 

Alain Delon harcelant dans Mélodie en sous-sol ?

 

Ensuite, en ce qui concerne la méthode et le procédé de ce hashtag : on condamne donc d’office un homme sans jugement à être traité comme un paria tant qu’il ne fournit pas les preuves de son innocence, mais le mal est fait, il est déjà trop tard. La machine médiatique s’emballe et que l’homme mis en cause soit innocent ou pas, celui-ci se retrouve sous le feu des projecteurs comme un potentiel coupable sans moyen de se défendre, présomption de culpabilité contre présomption d’innocence. Ce contournement de la sphère judiciaire n’est donc pas acceptable, et si nous devons vivre un temps ou la culpabilité est décrétée sur les réseaux sociaux, alors ce temps, est un temps de barbarie et de profonde décadence. Dans cette vision postmoderne, toutes les délations deviennent héroïques, gloire aux victimes présumées, et vae victis.

Le regretté Philippe Muray nous avait pourtant prévenu, lorsque en 1999, dans son livre Après l’Histoire, dans une de ses chroniques : « L’envie du pénal », il annonce l’indifférenciation et la multiplication des procédures juridiques « Ici, en France, on a maintenant une loi qui va permettre de punir la séduction sous ses habits neufs de harcèlement ». Il va bientôt falloir, comme sur certains campus américains, mettre en place une codification des rapports sociaux, donner des contrats à chaque étudiant stipulant que le partenaire approuvait un consentement au moment de l’acte. Indéniablement comme disait Camus : un « homme ça s’empêche », mais la judiciarisation des rapports sociaux est le fondement d’une société froide, morbide et sans âme.

 

 

 

En paraphrasant à nouveau Muray, on pourrait affirmer avec cet hashtag que l’on assiste à une « émancipation » par la délation, « le porte-plainte a remplacé le porte-jarretelle. »

 

 

Le charcutage de la langue comme nouveau porte-étendard

Cela nous amènerait à une réflexion sur les rapports hommes-femmes, car tous ces sujets sont intimement liés aujourd’hui, au lieu d’une éducation à la complémentarité, certains cherchent l’affrontement et souvent de manière totalement stérile, le dernier en date est sans doute celui de l’écriture inclusive. Affrontement qui fait rage jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat (en effet on vient d’apprendre il y a quelques jours, que le Premier Ministre venait de mettre en place une circulaire bannissant des textes administratifs ce charabia). Et le ministre de l’Éducation nationale a trouvé l’argument le plus simple mais le plus parlant « l’écriture inclusive c’est très laid ». Dans une société où ce que les Grecs appelaient le kalos kagathos (le beau et le bon) est en désuétude, il serait judicieux de ne pas ajouter de la laideur en passant par la défiguration de la langue.

Même s’il serait plus intéressant d’approfondir ce que devraient être les rapports hommes-femmes aujourd’hui, l’actualité nous force parfois à réagir quand tout va trop loin dans l’absurde. Sous couvert de « lutte contre le patriarcat », on voudrait au nom de l’égalitarisme, sans se demander si ce dernier n’est pas la consolation des indignes, charcuter, car oui c’est le mot qui convient, notre belle langue française. Cette idée que dans le langage comme dans l’Histoire, on pourrait se passer d’héritage. Les mêmes partisans de cette écriture vous expliqueraient que déboulonner des statues de confédérés ou débaptiser des lycées ne semble finalement pas une si mauvaise chose, faire table rase du passé afin de façonner des consciences à leurs images. Ne pas comprendre que le passage d’un désir de réduire les inégalités à un  égalitarisme forcené forge une société totalitaire.

 

 

 

 

Ce sont les mêmes qui, adeptes de la « théorie de genre », prêchent pour la féminisation des mots. Mais alors la question légitime qu’ils devraient se poser, une interrogation existentielle sans aucun doute, est alors : comment m’inclure dans l’écriture si je me définis comme une licorne ou un arbre puisque je peux me redéfinir par un constructivisme infini ? Si avocat doit devenir avocate ou avocat.e.s, puisque chaque humain pourrait par son bon vouloir choisir son « genre » après la naissance, ceci n’est il pas le signe d’une discrimination pour les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ces « catégories » hommes et femmes ?

Ce « péril mortel » pour reprendre les mots de l’Académie française, n’est en réalité rien d’autre qu’un exemple parmi tant d’autres d’une société malade, d’une primauté de l’idéologie sur les racines du savoir.  Mais ces charcutiers de l’Histoire, devraient prendre garde à leurs bourses, Audiard les a « prévenu.e.s »  dans l’adaptation du chef d’œuvre d’Antoine Blondin : « si la connerie n’est plus remboursée par les assurances sociales, ils finiront sur la paille. »

 

 

 

Comments are closed.