Résultat de recherche d'images pour "hommage à la catalogne"En février 1936, en Espagne, des élections générales ont lieu. Le front populaire arrive en tête du scrutin. L »Espagne est alors une jeune démocratie (la seconde République est proclamée en 1931) qui sort de 7 ans de dictature sous Primo de Rivera. Ainsi, en juillet 1936, l’armée emmenée par Franco se soulève et procède à un coup d’Etat. Mais contrairement à celui de Primo de Rivera, Franco fait face à une très forte résistance, et une guerre civile sévit de juillet 1936 à avril 1939 opposant les nationalistes et Franco aux Républicains, soutenus par les communistes et les anarchistes.

Voilà pour le contexte. Venons-en au livre : Orwell a pris part à cette guerre en s’engageant au sein des milices du POUM (organisation marxiste) dès décembre 1936. Il a alors 33 ans, et s’est déjà forgé un petit lectorat en publiant Dans la dèche à Paris et à Londres en 1933 et Une histoire Birmane en 1935.

 

 

Le témoignage d’une pérode fondatrice pour Orwell

   Cet ouvrage est écrit à chaud : moins d’un an après son retour d’Espagne, en 1938, et cela se sent au fil du texte et des vives émotions partagées par l’auteur; émotions qui traduisent aussi le fort impact que cette guerre, a eu sur lui. En effet, une grande partie du livre témoigne de la vie rudimentaire des tranchées, et de l’ennui qui l’accompagne.

 

 

“D’un point de vue personnel – du point de vue de ma propre évolution – ces trois ou quatre premiers mois passés sur le front furent moins inutiles que je ne le crus alors. Ils formèrent dans ma vie une sorte de d’interrègne, entièrement différent de tout ce qui avait précédé et peut-être de tout ce qui est à venir, et ils m’ont appris des choses que je n’aurais pu apprendre d’aucune autre manière.”

 

 

Ainsi, les premiers chapitres sont avant tout un témoignage : “Puissé-je vous avoir fait comprendre l’atmosphère de ce temps ! J’espère y être parvenu, un peu, dans les premiers chapitres de ce livre”.  De ce récit de son expérience, on comprend très vite que cette période a été fondatrice dans la suite de l’œuvre d’Orwell : l’écrivain arrive en Espagne, (« le pays qui avait le plus hanté mon imagination »), dans le but de combattre le fascisme. Mais, dès son retrait du front, il est confronté à l’autre ennemi des républicains : leurs divisions. En effet, Orwell fait le récit des rivalités entre socialistes, communistes et anarchistes (le POUM était apparenté à une milice anarchiste), notamment pendant les troubles de mai 1937. La répression menée par les communistes est alors annonciatrice, pour Orwell, de ses deux plus grandes œuvres : la critique du communisme dans La Ferme des animaux, et le totalitarisme accompagné de propagande et autre déformation de la réalité dans 1984.

 

 

Un intérêt historique

Orwell vient en Espagne en sa qualité de journaliste, et c’est peut-être pour cela que son Hommage à la Catalogne est avant tout un récit de ce qu’il y vécut. Cette histoire espagnole, dont je n’avais qu’une connaissance lacunaire, est contée tout au long du livre mais aussi et surtout à la fin, au sein des deux Appendices que l’auteur a accolé au texte, dont les titres sont fidèles à leur contenu « Les dissensions entre les partis politiques« et « Ce que furent les troubles de Mai à Barcelone« . En cela, cette lecture est profondément éclairante.

   Mais l’autre aspect historique de ce texte, et peut-être celui qui m’a le plus marqué, c’est le portrait de la vie en Catalogne à cette époque que dépeint Orwell : Barcelone était en plein processus révolutionnaire « C’était bien la première fois de ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus« . Le sentiment d’Orwell était le même en arrivant sur le front : « On s’était efforcé de réaliser dans les milices une sorte d’ébauche, pouvant provisoirement fonctionner, de société sans classes », « Cette communauté où personne ne poursuivait un but intéressé, où il y avait pénurie de tout, mais nul privilège et où personne ne léchait les bottes à quelqu’un, était comme une anticipation sommaire qui permettait d’imaginer à quoi pourraient ressembler les premiers temps du socialisme. Et, au lieu d’être désillusionné, j’étais profondément attiré« . L’auteur, certes partial, présente ainsi l’expérience presque unique en Europe de l’avènement du socialisme.

Ainsi, il m’est apparu que ce livre revêt des intérêts multiples. A l’heure des événements de Catalogne, j’ai été pris de l’envie de le lire, et je n’ai pas été déçu.