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Le Pen résonne comme un tambour et réfléchit comme un miroir

Le Pen résonne comme un tambour et réfléchit comme un miroir

Elle se voulait de Gaulle, elle n’aura été finalement qu’une piètre Boulanger. Tel le général qui un soir de janvier 1889 n’avait plus qu’un pas à faire pour faire tomber un régime jugé à bout de souffle par bon nombre de Français, Marine Le Pen n’avait plus qu’à montrer une image avenante le 3 mai 2017 pour tenter de faire basculer la vie politique française.

Oh bien sûr, la victoire était loin d’être assurée, et il y avait fort à parier que même en la présence d’un débat convenable ou même excellent, Emmanuel Macron aurait tout de même été élu.
Pour autant, il y avait là l’occasion unique pour le FN de devenir le premier parti d’opposition et de bouleverser la vie politique française.

Pour paraphraser Eric Zemmour, elle a transformé tout l’or qu’elle avait dans les mains en plomb. Toutefois, votre serviteur expliquerait cet échec de manière singulièrement différente du trublion de la droite française.

 

 

Après la présidentielle, Marine Le Pen opère un formidable virage sur la question de l’euro. | Crédit : AFP.

 

 

La question de l’Euro

Il n’est pas difficile, lorsque l’on se veut candidat à la présidence de la République, d’apprendre cinquante pages de politique monétaire. Les étudiants de Sciences Po font cela dès la première et la deuxième année, parfois dans des conditions – on le sait – pour le moins expédiantes. Et pourtant, elle qui avait eu six longues années pour réformer et travailler a finalement choisi la voie de la paresse. À moins que cela ne soit que de la bêtise?

Que l’on soit pour ou contre l’Euro, le débat doit être ouvert. Un partisan de la sortie de l’Euro ne devrait pas asséner les mêmes slogans qui n’ont aucune valeur intellectuelle ni aucune consistance politique que ceux que l’on peut entendre à longueur de journée du côté des pro-Euro. Le « sloganisme » n’est ni une doctrine politique ni un argumentaire pertinent. Ce que l’on apprécie, en revanche, tant chez certains souverainistes que chez certains pro-Union Européenne, c’est la qualité de l’argumentaire.

 

Dès lors, une fois que chacun est prêt à la discussion, le débat est ouvert, et les opinions disposées à l’évolution.

En effet, si Marine Le Pen avait travaillé convenablement son sujet, si elle avait su expliquer simplement et politiquement, tout en maitrisant la technicité du sujet (elle qui se prétend juriste devrait pourtant connaître la nécessité de la rigueur intellectuelle), elle aurait pu convaincre une partie sensible de la population française de la sortie de l’Euro. Elle aurait pu dès lors, faire basculer un nombre considérable d’électeurs dans son camp.

Pour autant, est-ce la ligne « Philippot », prônant un gaullisme social associé à une sortie de l’Euro, qui aura fait perdre Marine Le Pen? Pas sûr.

 

 

Est-ce la ligne « Philippot », prônant un gaullisme social associé à une sortie de l’Euro, qui aura fait perdre Marine Le Pen? Pas sûr.

 

 

« Au premier tour on choisit, au second on élimine »

Bien moins qu’une question de programme, c’est la personne de Marine Le Pen qui a fait peur. A-ton choisi Macron, ou a-t-on éliminé Le Pen? Qui savait réellement ce que proposait le candidat d’En Marche ? Oh bien sûr, il est clair que nombre des lecteurs de ce journal sauraient répondre à cette question ; et chacun pourrait y aller de son petit mot, arguant que Macron proposait la suppression de la taxe d’habitation ou encore l’instauration d’une carte culture. Très bien. Ne serait-ce pas là pour autant considérer que tous les Français ont un degré de politisation équivalent aux étudiants de Sciences Po que nous sommes ? Il y a ici un hiatus qui dérange profondément. Non pas que les Français soient plus bêtes que nous, bien au contraire, mais plutôt que leur réalité quotidienne diffère largement de la nôtre.

 

N’ayant pratiquement pas le temps d’entrer dans le fond, ni même parfois l’envie, les électeurs en sont donc cantonnés à s’informer et trouver des opinions qui leur ressemblent de manière triviale : aller sur internet, sur le site des candidats, écouter la radio ou regarder la télévision.

 

On en vient donc au coeur du sujet : l’élection présidentielle se joue certes sur un programme, mais avant tout sur une personne. Voilà l’esprit de la cinquième république : l’élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme ou d’une femme avec le peuple français. Macron est il pour autant un président par défaut? Pas sûr, tant la « Macron-mania » n’est pas si fabriquée que cela. Quant à Marine Le Pen, son pitoyable débat l’aura ramenée à son père. « On avait Marine, mais on a retrouvé Le Pen » déclarait ainsi Florian Philippot.

 

 

« On avait Marine, mais on a retrouvé Le Pen »

Florian Philippot

 

 

Contrairement à ce que pensent certains « identitaires », la question de l’Euro demeure accessoire. Un Macron souverainiste aurait pu gagner. La difficulté, avec les propositions radicales de nature à effrayer les populations les plus sensibles au changement (comprendre, les personnes âgées et les épargnants), c’est qu’il faut avoir à la fois un discours rassembleur mais également une personnalité capable de susciter tant la sympathie que la sérénité. On doit être rassuré par la personne. Qui peut être rassuré par Le Pen? On notera pour autant que la mission n’était pas impossible : Jean-Luc Mélenchon est apparu beaucoup plus calme qu’à l’accoutumée pendant la campagne, délaissant la foucade pour une bonhommie très gaullienne. Papy Insoumis, grand-père de la Nation…

 

 

Et l’Europe dans tout ça?

N’écoutant plus ses convictions, Marine Le Pen opère à la rentrée 2017 un virage à 180 degrés. Finie la souveraineté intégrale, place à la souveraineté progressive. Voilà donc une eurocritique adepte de la politique des petits pas ! On croit rêver.

Finie l’Europe des Nations, place à l’Union des Nations Européennes, à une « France forte dans une autre Europe ». Subtil mélange de Sarkozy à Lisbonne et en campagne en 2012. Tout pour plaire au #MerciNS et autres adeptes de « l’église » Sarkozy. Sauf qu’en politique, on préfère largement l’original à la copie, voilà pourquoi ils voteront Wauquiez.

 

Marine Le Pen n’aura finalement écouté que ses nouveaux généraux issus du camp Mégret. | Crédit : ALAIN JOCARD / AFP

 

Ce n’est plus un rêve, c’est un cauchemar. Pour qui a défendu l’idée d’une sortie de l’Euro, d’une Europe de la coopération plutôt que de l’intégration par des institutions supranationales, ce revirement est une trahison.

Marine Le Pen n’aura finalement écouté que ses nouveaux généraux issus du camp Mégret. Aïe, même le Père n’aurait pas placé, en César, des « Brutus » aux postes clés. Ou bien, il l’aurait fait pour mieux les surveiller. Mais l’on peut fortement douter de l’intelligence politique de Marine Le Pen pour arriver à un tel degré de l’histoire des manoeuvres politiques. Devenue inaudible, elle en est réduite à psalmodier les éléments de langage des Bay, des Messiha, des Monot et autres sympathiques cadres supérieurs d’une PME familiale qui n’a plus pour ambition de conquérir le marché mais de maintenir une rente électorale capable d’assurer une vie confortable au haut du panier, le tout, évidemment « Au nom du Peuple » (mais avec quelques affaires, cette fois, au nom de la persécution).

Terminons par le titre de cet article et reprenons Talleyrand: désormais Marine Le Pen n’est plus une politique, elle n’est plus pertinente ; elle « résonne comme un tambour et réfléchit comme un miroir ». Qu’elle achève sa décomposition politique, et laisse place à la recomposition.