Home Actualités Société Couvrez cet HP que je ne saurais voir ! Un appel à décloisonner nos hôpitaux psychiatriques.

Couvrez cet HP que je ne saurais voir ! Un appel à décloisonner nos hôpitaux psychiatriques.

Couvrez cet HP que je ne saurais voir ! Un appel à décloisonner nos hôpitaux psychiatriques.

Loin des yeux, loin du cœur. C’est le grand mal dont sembleraient souffrir nos lieux de privation de liberté. Pour n’en citer qu’un en particulier, les difficultés des hôpitaux psychiatriques français mériteraient pourtant qu’on y jette un coup d’œil.

 

 

Ce regard, ce peut être celui que pose Raymond Depardon dans 12 jours. Son film nous plonge dans le dispositif légal concernant les pensionnaires des hôpitaux psychiatriques. Et cela sans tomber dans le piège d’un misérabilisme caricatural. Il permet d’interroger ici la privation de la liberté exercée par le magistrat lors des internements sous contrainte. Un film qui nous atteint, en nous plongeant dans un quotidien qui n’est pas le nôtre. Il nous touche, et nous fait réaliser à quel point ces images sont rares, précieuses et méritent d’être portées.

 

 

L’HP en crise, c’est grave docteur? Dresser le constat.

Ce regard, il se doit d’être politique. Surpopulation, pratiques indignes, manque de moyens humains et matériels, mal-être du personnel, en somme « misère de la psychiatrie, psychiatrie de la misère ». Les constats ne manquent pas ; on sait donc ce qui cloche dans nos HP et on peut saluer à cet égard le rôle de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, institution dont s’est dotée la France à partir de 2007, et dont on ne peut que souhaiter l’affirmation de sa mission. Toutefois, ces rapports ont-ils une force de frappe ? Hélas, ils sont bien souvent enterrés comme le dénonce et déplore la députée Barbara Pompili (LREM).

 

 

L’hôpital psychiatrique est en crise : surpopulation, pratiques indignes, manque de moyens humains et matériels, mal-être du personnel. En somme « misère de la psychiatrie, psychiatrie de la misère »

 

 

Sortir de la seule dénonciation, c’est le défi qui se présente à nos femmes et hommes politiques, qui devront se doter d’une volonté politique et budgétaire. Pour reprendre les termes du député François Ruffin (FI) « Dans notre société, on fait des économies sur ce qui se voit le moins ». Donner de la visibilité, c’est ce qu’il s’est évertué à faire lors de son immersion à l’hôpital Philippe-Pinel. Cette restitution d’un député à l’HP est une invitation à décloisonner cet espace clos et à libérer la parole. On y saisit la tragédie ordinaire d’un personnel dans l’incapacité d’exercer correctement son métier. On réalise l’urgence de poser un regard humain, le regard que pose ici le député-reporter.

 

 

Après le constat, l’(in)action.

Maintenant qu’on a tous les yeux grands ouverts, on pourrait penser que le sujet a le mérite d’être non partisan, transversal, « ni de gauche ni de droite » en somme. Une députée issue de la majorité qui s’est saisie du problème,  avec un d’un député de l’opposition, ce qui a donné une proposition de loi sur « le financement de la psychiatrie ».

Il s’agit ici d’une opportunité inespérée de s’entendre sur le remède qui soignera nos HP, non ?

Alors oui, « mais en même temps ».

 

La proposition de loi en question vise à imposer que le budget des HP évolue de la même manière que celui des hôpitaux classiques. Une proposition signée par des parlementaires de tous les groupes Constructifs, Républicains, Modem, tous…sauf En Marche ! Quelle tristesse de ne pas obtenir l’autographe de Barbara Pompili. Pourtant, elle est assez favorable et volontaire pour une action commune sur l’HP. En outre elle affirme que ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un texte de l’opposition, elle ne serait donc pas prisonnière d’une camisole En Marche ! L’argument invoqué est celui d’un texte qui lui semble incomplet, elle encourage même à aller plus loin. Tant de volontarisme politique, on n’en demandait pas tant!

Enfin, ce regard, c’est d’abord le notre, et on l’espère celui du journaliste. La difficulté à se saisir politiquement du sujet ainsi qu’à trouver un consensus sur les solutions, ne doivent pour autant laisser place à l’indifférence sous prétexte de défaitisme.  Les citoyens à l’HP ? Ainsi que dans nos prisons, nos abattoirs et bien d’autres espaces clos où les gens y exerçant leur métier ne trouvent pas de tribune pour s’exprimer.