Septembre 2017, aux Etats-Unis. Le Star Spangled Banner s’apprête à être joué dans les stades de NFL, le championnat de football américain. Au moment où l’hymne résonne, plusieurs joueurs, de plusieurs franchises, s’agenouillent, la main sur le cœur.

 

Le sport est un instrument politique, ça n’est pas nouveau. Mais pour le président Trump, s’agenouiller pendant l’hymne national est une offense qui justifie de demander le renvoi de ces « fils de p*** ». Le geste en question, qui est devenu un signe de contestation maintes fois répété, n’était pourtant pas destiné à critiquer la nation : devant les millions de téléspectateurs que la NFL rassemble à chaque rencontre, ces joueurs voulaient protester contre les violences faites aux noirs aux Etats-Unis. Mais pour Trump, c’en est trop : un sportif ne doit pas « manquer de respect à sa nation ».

 

 

La pression autour des équipes nationales

Pourquoi le sport, supposé être divertissant pour les spectateurs et une passion/profession pour les joueurs, est-il si souvent mêlé à des histoires de respect, ou de représentation, de la nation ? Prenez le tennis, un sport individuel qui se transforme en sport d’équipe au moment des Fed Cup et Coupe Davis (tournois entre nations respectivement pour les femmes et pour les hommes) : en février 2017, la Fédération Française de Tennis (FFT) a modifié ses règlements pour rendre la sélection dans l’équipe nationale obligatoire. Et pour cause, parmi les meilleurs joueurs de tennis français, beaucoup – en ce moment il est surtout question de la n°1 française, Caroline Garcia – ont refusé de concourir pour leur pays.

 

Pourquoi le sport, supposé être divertissant pour les spectateurs et une passion/profession pour les joueurs, est-il si souvent mêlé à des histoires de respect, ou de représentation, de la nation ?

 

S’en sont suivis des critiques, certains soulignant l’honneur que représente le fait de jouer pour son pays, alors que Garcia mettait en avant le fait qu’elle préférait se reposer pour se concentrer sur sa saison individuelle et ainsi « représenter son pays toute l’année ». Résultat : ses coéquipières en bleu ont, simultanément, tweeté « LOL » ! Que de violence ! Certes, jouer pour son pays représente un rêve pour nombre de futurs Roger Federer, Lionel Messi ou Mark Nichols. Mais est-ce une obligation de vouloir représenter sa nation ?

 

 

 

 

Un vrai reflet de l’identité patriotique ?

De même, souvenez-vous de toute l’ébullition médiatique qui avait entouré les joueurs de l’équipe de France de football. Certains d’entre eux n’avaient alors pas chanté la Marseillaise : est-on contraints d’afficher une ferveur nationale et de chanter son hymne national très fort et très faux lorsque micros et caméras sont braqués sur nous ? Le sport est le milieu où l’on entend le plus résonner les hymnes : pourquoi ce besoin d’entonner un chant patriotique à l’aube d’une rencontre sportive, (théoriquement) divertissante et transpirante ?

 

Ce sont pourtant deux simples équipes de sport, et non tout un pays contre un autre (comme le laissent à penser les unes de magazines sportifs : « La France étrille la Suisse », « un déculottée pour la France » ou « l’Angleterre à terre »). Un des seuls ayant bien compris que le divertissement n’était pas une affaire de nation est le cyclisme sur route: ce sport individuel se dispute la plupart du temps par équipes. MAIS, aucune des courses ayant la label « UCI World Tour », c’est-à-dire le label permettant à la course de compter pour le classement international, n’est une course par nation. Seul les Jeux Olympiques se disputent avec le maillot national sur le dos.

 

Ainsi, le sport est souvent mis en avant comme étant un étendard de la nation. Tout Français, même désintéressé du football, sait que notre équipe nationale a remporté la coupe du monde sur ses terres en 1998. Pour une nation, avec son équipe sportive nationale c’est déjà avoir son indépendance. Par exemple au Royaume-Uni, chacune des 4 régions (Irlande du Nord, Ecosse, Pays-de-Galles et Angleterre) a sa propre équipe de football reconnue par la Fédération Internationale. Mais le Comité Olympique, lui, ne reconnaît pas ces 4 régions, mais seulement l’Etat du Royaume-Uni. Ainsi, dans le cas des sports collectifs comme le football, le Royaume-Uni a aligné aux Jeux Olympiques des équipes composées seulement d’Anglais : les autres régions refusant de participer à la compétition sous le drapeau du Royaume-Uni.

 

Ce sentiment national, d’autres équipes n’ont pas de scrupules à ne pas en tenir compte. Par exemple, l’équipe de handball du Qatar a terminé finaliste de la coupe du monde 2015 organisée chez elle, c’est-à-dire deux ans après une politique de naturalisation des joueurs non sélectionnés dans leur pays d’origine. Ces joueurs ont ainsi une opportunité de disputer des grands tournois, malgré le fait que leur fierté de représenter la nation qatarie ne doit pas être sur-développée (mais ils sont assurément très heureux d’encaisser les énormes chèques de la fédération qatarie, comme quoi, contre toute attente, l’argent peut corrompre le sport).

 

Enfin, le sport étant une vitrine médiatique, nous avons déjà assisté à des événements sans rapport avec ledit sport. Le 14 octobre 2014, 40ème minute du match Serbie-Albanie : un drone survole le stade, traînant un drapeau. C’est celui de la « grande Albanie » : une volonté d’Etat qui réunirait les peuples albanais de toute la région: Albanie, Grèce, Monténégro, Kosovo, Macédoine et, donc, Serbie. Les esprits s’échauffent et on parle alors de véritable incident diplomatique. Le président serbe était présent, des « tuez les Albanais » ont été entonnés. Bref, le grand jeu des nations a également sa place dans le sport.