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Appel à la création d’une micronation strasbourgeoise

Appel à la création d’une micronation strasbourgeoise

C’est la nation des utopistes et des ambitieux : la micronation. Plutôt que de critiquer l’État, pourquoi ne pas créer le sien ? Sciencepistes ; futurs diplomates, rhéteurs et rêveurs, voici le moyen de se créer un État…à la carte !

 

A quand une micronation strasbourgeoise ? – Illustration LH

 

Si vous vous rendez dans le Saugeais, val franc-comtois à proximité de la Suisse, il serait bien possible qu’un policier emblasonné d’un drapeau à bandes verticales noire, rouge, jaune vous arrête en vous annonçant : « Police micronationale. Bienvenue en République du Saugeais ! » Et évidemment, à ce moment-là, on ne peut que se demander : ces aimables Franc-Comtois ont-ils profité des remous en Catalogne pour proclamer eux-mêmes leur indépendance vis-à-vis de la France ?

En vérité, si l’on ne parle pas de la sécession de la République du Saugeais, c’est tout simplement qu’elle a eu lieu il y a… tout juste 70 ans ! En France, c’est l’une des plus célèbres micronations, mais il y en a bien d’autres ! Pourquoi ne pas créer une micronation à Strasbourg ?

 

 

Le printemps des micronations

Les étudiants de l’IEP ont dans de nombreuses disciplines étudié comment définir un État. Force est de constater que ce n’est pas une chose aisée ! En droit constitutionnel, comme on le voit en première année du Diplôme dans les écrits du juriste Carré de Malberg, l’État est défini par trois paramètres nécessaires : il doit comporter un territoire propre, une population permanente et une organisation qui concentre les pouvoirs d’édicter des règles et de contraindre cette population sur le territoire propre, cette organisation étant généralement formalisée au travers d’une constitution.

À partir de cette définition de l’État, tout le monde peut créer le sien ! Prenez votre appartement : vous y habitez en permanence, il a une surface délimitée, et un système de gouvernement, il est vrai bien peu complexe puisque vous êtes le seul administrateur du territoire. Faire d’un appartement une micronation, c’est d’ailleurs ce qu’a fait, pour ne citer qu’un exemple, l’ado américain Robert Ben Madison dans les années 1970… Naturellement, si vous déclarez l’indépendance d’un territoire par rapport à la France, celle-ci va être fort irritée : l’idéal serait donc de trouver un territoire qui n’appartient encore à personne. C’est ce qu’a fait en 1967, il y a 50 ans, le Britannique Roy Bates.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni a construit des plateformes militaires au large de l’embouchure de la Tamise, pour défendre celle-ci d’une invasion par les troupes allemandes. Or, après la guerre ces plateformes ont été abandonnées. Un jour, Roy Bates apprend qu’elles se trouvent dans les eaux internationales. Ni une, ni deux, Bates s’installe sur l’une d’elles et déclare la création d’un nouvel État, aujourd’hui l’une des plus célèbres micronations au monde : la Principauté de Sealand. Une autre tentative qui mérite ici d’être citée est celle de Michael Oliver. Ce milliardaire américain,  magnat de l’immobilier -un profil dont il faut parfois se méfier !- rêvait de créer une république libertarienne dans le Pacifique. Voilà qu’en 1972 il trouve l’endroit idéal : un récif juste en-dessous du niveau de la mer, au Sud des Îles Tonga. Il se fait livrer du sable d’Australie, qu’il fait déverser sur ces récifs…une île est créée : la République de Minerva peut être proclamée.

 

 

Les micronations unies

Jusqu’ici, la création d’une micronation semble être une chose aisée. Mais, la définition constitutionnaliste de l’État, en relations internationales, n’a visiblement pas été jugée suffisante lors de la Conférence pan-américaine de 1933, à Montevideo. Lors de cette conférence a été définie une Convention des Droits et Devoirs des États, où est ajouté le critère de la capacité de l’État à entrer en relations avec les autres États. Cette Convention de Montevideo, si elle n’a été ratifiée que par les États-Unis, le Pérou et la Bolivie, est devenue une référence mondiale car on considère que son contenu fait partie du droit coutumier. Et c’est là que ça coince…

En effet, les micronations ne sont jamais, et c’est bien là la différence avec les microétats, reconnues  souveraines par les États déjà existants. En revanche, les micronations se reconnaissent entre elles, ce qui conduit à une superposition de deux communautés internationales parallèles : celle, d’une part, des États « traditionnels », qui se retrouvent pour la plupart au sein des Nations unies ; et, d’autre part, les micronations, qui se retrouvent également, tous les deux ans, lors d’une sorte d’assemblée des « micronations unies » : à la MicroCon. La dernière MicroCon en date a été organisée par la Ruritanie, aux États-Unis près d’Atlanta, en juin dernier. Y ont pris part des autorités micronationales du monde entier, dont l’actuelle présidente de la République du Saugeais !

 

 

La micronation au crible de la science politique

Enfin, il est intéressant de se pencher sur des critères de science politique à appliquer à ces micronations : la fiscalité propre et la détention d’un pouvoir de contrainte exclusif. La fiscalité est naturellement importante : c’est qu’il faut bien un revenu pour pouvoir se payer le voyage à la prochaine MicroCon, en 2019 à Toronto ! Et lorsque la population permanente de la micronation n’est composée parfois que d’une demi-douzaine de citoyens, comme c’est le cas au Sealand, les microlevées d’impôt génèrent… des microrevenus ! Alors, ils faut trouver d’autres ressources, en utilisant les compétences régaliennes de tout État : battre la monnaie, émettre des timbres, autant de moyens de régaler les collectionneurs tout en apportant de l’argent dans les caisses de la micronation. En allant plus loin, certains microtrésors sont renfloués par des ventes de passeports et même des titres de noblesse : vous pouvez pour la modique somme de 30 livres sterling devenir Baron du Sealand !

S’agissant du monopole de la force, il y a des inconvénients. L’État souverain doit être capable de pourvoir lui-même à sa sécurité, ce qui n’est pas toujours facile. Prenons la République de Minerva dans le Pacifique : suite à la proclamation de son indépendance, les États riverains se sont rassemblés et se sont accordés sur la légitimité des revendications des Îles Tonga sur le territoire minervien. Quatre mois plus tard, Tonga lance une expédition militaire et, sous le regard bienveillant de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, Minerva est annexée.

Il n’en va pas de même pour Sealand. En 1978, le Premier ministre sealandien, un Allemand répondant au nom d’Achenbach, fait un coup d’État à l’aide de sbires venus du continent. Le prince Bates est destitué et son fils Michael -l’actuel souverain- est pris en otage. Roy parvient à l’aide de ses propres mercenaires à reprendre le contrôle de la Principauté et retient à son tour les putschistes en captivité. Le Royaume-Uni refusant d’intervenir, l’Allemagne envoie un diplomate de l’ambassade de Londres au Sealand pour négocier la libération des prisonniers. Ceux-ci, de retour sur le continent, créent un gouvernement sealandien en exil, tandis que le prince Roy considère ces négociations comme une reconnaissance de facto par l’Allemagne de l’indépendance du Sealand.

 

 

Nouvelles perspectives

Au XXIème siècle, les critères de l’État cités jusqu’ici sont devenus à leur tour insuffisants. Aujourd’hui, un élément est indispensable pour tout État qui se respecte : les médias ! Ce n’est pas le rédac’ chef de Propos qui me contredira… Entrer en relation avec les autres États c’est une chose,  communiquer avec les citoyens c’est encore plus important ! Pourquoi ce paramètre est-il plus important en 2017 que lors de la création du Saugeais il y a 70 ans ? La réponse est simple : internet ! Occuper un territoire géographique est important, mais occuper un territoire numérique l’est encore plus, et certaines micronations existent uniquement à travers leur site web.

Créer une micronation à Strasbourg ? Voilà un projet ambitieux et intéressant. Strasbourg possède déjà sa propre monnaie, le Stück… A quand la Micronation « démocratique et populaire » strasbourgeoise ?

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