« Au revoir là-haut ma chère épouse » – Jules Blanchard, soldat injustement fusillé en 1914.

 

  1. Deux anciens poilus font fortune en montant une arnaque aux monuments aux morts. Elle va les entraîner dans une aventure aussi formidable que périlleuse.

« Je me suis offert une gourmandise » reconnaissait Albert Dupontel lors de son entretien Madame Figaro. L’acteur réalisateur avait relevé le pari d’adapter à l’écran le roman éponyme de Pierre Lemaître, « Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013. C’est chose faite.

Le long-métrage, qui se veut moins une fresque historique qu’une comédie dramatique, met en scène Edouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart). Dessinateur fantasque, ce fils de la haute bourgeoisie est rejeté par son père (Niels Arestrup). Mobilisé dans l’armée française, Edouard devient la victime de la cruauté de la guerre, au cours d’un dernier assaut le 9 novembre 1918. Défiguré, détruit physiquement et moralement, le jeune homme à la « gueule cassée » déclaré mort est recueilli par Albert Maillard (Albert Dupontel), un ancien camarade d’infortune. Entre les deux survivants se lie une amitié fraternelle qui les rendra inséparables, pour le meilleur et pour le pire.

Sans entrer dans les détails, l’objectif n’étant pas de dévoiler les événements qui le composent, le film a le mérite de traiter de la complexité qui façonne la France de ce premier après-guerre. Avec humour et justesse – ainsi qu’avec un brin de romance – le spectateur est conquis par l’humanité et l’intelligence d’Edouard, qui regorge de vie malgré son obsession à cacher ses blessures derrière des masques. On y partage ses peines, on éprouve de la compassion pour cet ancien combattant à l’apparent destin brisé. Le parcours de son camarade Maillard ne manque pas de nous surprendre, tant ce véritable compagnon d’armes fait preuve de maladresse, de courage et de générosité à la française. Le spectateur est aussi horrifié par le sadisme d’un officier des tranchées (Laurent Lafitte), désormais aisément reconverti dans le civil d’une façon ignoble, qui fait oublier la malhonnêteté de l’entreprise gigantesque de nos deux héros. Enfin, la brillante Emilie Dequenne incarne avec grâce une sœur aimante affligée par la perte de son frère, compensant ainsi le cynisme d’un père affairiste.

 

A travers l’extraordinaire « épopée » de deux soldats délaissés, c’est avant tout une critique de la société d’alors qui est formulée par Pierre Lemaître et Albert Dupontel. Avec un style original et des images époustouflantes, ils dépeignent un pays désireux de tourner la page de la Grande Guerre, qui rend hommage à ses morts tout en trouvant ses vivants encombrants. Heurtant nos convictions, Maillard et Péricourt sont les témoins d’une France meurtrie – et d’un Paris qui s’amuse – où l’ingratitude reprend ses droits, où le patriotisme n’est à leurs yeux plus qu’une vaste supercherie dont il est bon de tirer profit.