De tous les sujets concernés par la possibilité de la création d’un nouvel Etat indépendant en Catalogne (chômage, coupes budgétaires, adhésion ou non à l’Union Européenne), un de ceux qui est le plus souvent évoqué en Espagne ces dernières semaines est l’avenir du FC Barcelone. Alors que ce vendredi 27 octobre, le Parlement catalan a annoncé son indépendance, il existe un véritable paradoxe quant à cette question qui concerne le futur du football espagnol.

 

 

Le FC Barcelone, plus qu’un club de football

Si mès que un club (« plus qu’un club » en catalan) est le slogan officiel du Barça, il est difficile de contredire l’affirmation dans les faits. Avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 500 millions d’euros, le club a la dimension d’une compagnie multinationale. Son poids économique dans la région est naturellement prépondérant, ce qui lui octroie une influence politique majeure.

 

De plus, son influence est loin d’être seulement économique. Chaque semaine le Camp Nou accueille cent mille spectateurs pour les matchs à domicile du club catalan. Les affiches contre le Real Madrid, rival historique, réunissent en moyenne plus de 400 millions de téléspectateurs à travers le monde. En Catalogne, pour sept millions d’habitants, le record est de 4 millions de téléspectateurs. Autant de chiffres qui démontrent l’intérêt porté par le peuple catalan au club de Barcelone. A travers le monde, le club agit comme le porte-étendard de la Catalogne.

 

 

Une direction majoritairement pro-indépendance

Le 20 septembre dernier, le club publiait un communiqué pour soutenir l’idée d’un référendum sur l’auto-détermination de la Catalogne. Traditionnellement, les dirigeants du Barça sont effectivement en faveur de l’indépendance. Sous l’ère franquiste (1939-1975), période durant laquelle le particularisme catalan était mis à mal, c’est au Camp Nou que l’on voyait fleurir le plus librement les drapeaux identitaires. Ainsi, le FC Barcelone n’a jamais laissé subsister le doute sur sa volonté de supporter le particularisme catalan.

 

Cependant, sur la question de l’indépendance en tant que telle, le club est resté publiquement neutre. Il affirme vouloir respecter la volonté de la majorité du peuple catalan. L’ancien président, Juan Laporta était farouchement et ouvertement en faveur de l’indépendance, tandis que le nouveau, Josep Maria Bartomeu, favorise la neutralité sur cette question : « Nous avons toujours parlé de sport et nous ne faisons pas campagne. » Malgré tout, le 1er octobre, jour du référendum contesté, le match contre le club de Las Palmas s’est déroulé à huis-clos, c’est-à-dire dans un stade vide. La décision était celle du club, pour éviter aux autorités locales de devoir surveiller un lieu supplémentaire dans une ville déjà sujette à de nombreuses tensions.

 

Un enjeu sportif et économique important

 

Si le club tente finalement de rester neutre malgré sa tradition, il s’agit aussi d’un calcul politique. Le fonctionnement du FC Barcelone est celui des socios, très répandu en Espagne : il n’y a pas de grands actionnaires au capital du club, mais des milliers d’inscrits qui disposent tous d’un droit de vote égal pour élire le président du club. Ainsi, froisser la majorité des socios risquerait de compromettre les chances du président Bartomeu d’être réélu.

 

La pérennité sportive du Barça serait en péril si un Etat catalan venait à voir le jour, et les dirigeants du Barça le savent.

 

Mais la pérennité sportive du Barça serait en péril si un Etat catalan venait à voir le jour, et les dirigeants du Barça le savent. Le club serait exclu du championnat espagnol dès la saison prochaine. Certaines rumeurs évoquaient la possibilité pour le FC Barcelone d’intégrer le championnat français voire anglais, mais cette perspective a vite été écartée. Ainsi, un championnat catalan verrait le jour, mais éloignerait le FC Barcelone de tout opposant de haut niveau potentiel et surtout de son rival éternel, le Real Madrid. La baisse de la compétitivité de ses adversaires entraînerait probablement une baisse des revenus liés aux droits télévisés et à terme, une chute de tous les revenus de marketing.

 

En somme, l’équilibre financier du club serait complètement remis en cause. Aujourd’hui présentée comme un modèle de gestion sportive et financière, l’institution barcelonaise risquerait de disparaître de l’élite du football européen. Les ressources économiques étant la clé d’une réussite sportive et de l’exportation de l’image du club à l’international, cet enchaînement de conséquences serait très négatif pour le club. C’est pourquoi le FC Barcelone, très influent en Catalogne et renommé partout le monde ne peut actuellement user de son statut ni pour soutenir l’indépendance, ni pour s’opposer aux événements actuels.