Le 12 octobre, le Département d’État américain a décidé de se retirer de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’accusant d’un biais « anti-Israël ». Il s’agit du troisième retrait d’une organisation ou d’un traité international depuis le début de la présidence de Donald Trump. Cette doctrine du retrait n’est pas forcément surprenante pour un Président prônant l’isolationnisme et le retour au dogme de « l’America First » quoiqu’il en coûte. Toutefois, ici ce n’est pas la défense des intérêts nationaux qui est mise en évidence, mais ceux de l’allié israélien, si capital dans la politique intérieure et extérieure des États-Unis. Quelles sont alors les vraies raisons du retrait américain de l’UNESCO ?

 

 

Le retrait, arme américaine historique contre l’UNESCO

Les dissensions entre Washington et l’UNESCO ne datent pas d’hier. En 1984, le Président Ronald Reagan décida lui aussi de se retirer de l’organisation, citant le penchant « communiste » de cette dernière et sa trop grande proximité avec l’Union soviétique et ses alliés. La mauvaise gestion de l’organisation et la critique de l’État hébreu, les deux raisons avancées officiellement en 2017, furent également mentionnées. Le désengagement de l’administration Trump est paradoxalement dans l’exacte continuité des décisions prises par Barack Obama vis-à-vis de l’UNESCO. En effet, en 2011, lorsque le département d’État avait déjà décidé de suspendre ses contributions financières en application de lois votées par le Congrès américain en 1990 et 1994. Ces lois imposent la suspension de toutes contributions à des organisations internationales donnant le statut d’État membre à l’Organisation de libération palestinienne. Cette suspension creusa un trou dans le budget de l’organisation onusienne, alors que les États-Unis comptent parmi les plus gros contributeurs financiers de l’UNESCO. En effet, en six ans, Washington a accumulé plus de 550 millions de dollars d’arriéré vis-à-vis de l’UNESCO, les privant ainsi de leur droit de vote. Leur départ de celle-ci n’était donc plus qu’une formalité.

 

En 1984, le Président Ronald Reagan décida lui aussi de se retirer de l’organisation, citant le penchant « communiste » de cette dernière et sa trop grande proximité avec l’Union soviétique et ses alliés.

 

 

Un trop grand soutien à la cause palestinienne ?

Au-delà des problématiques de financement, on peut se demander si le « biais anti-Israël » avancé par le secrétariat d’État est une réalité au sein des décisions de l’UNESCO. Dans une région palestinienne où les histoires et patrimoines culturels des trois grands monothéismes coexistent, le risque d’instrumentaliser les recherches culturelles ou archéologiques est grand. Le contrôle des sites archéologiques permet en effet de contrôler le récit historique, chose cruciale sur des territoires où la légitimité des deux acteurs israélien et palestinien est fortement contestée. Par exemple, la région d’Hébron a été classée par l’UNESCO sur la liste des zones protégées du patrimoine mondial. Cette décision a été dénoncée par l’État hébreu, parlant de falsification de l’Histoire. L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley, avait alors affirmé que cette décision « discrédite encore plus une agence onusienne déjà hautement discutable ».

 

 

« Israël est une puissance occupante »

Au-delà de la résolution d’Hébron, l’UNESCO a frappé fort l’année dernière en votant une résolution extrêmement controversée sur la ville de Jérusalem, notamment sur sa partie est. Cette proposition de la part de sept pays musulmans concerne l’annexion de fait de la partie est de Jérusalem. Cette annexion n’étant pas reconnue par l’ONU, la résolution appelle Israël à cesser ses « abus ». Le sujet est sensible, car il concerne l’esplanade des Mosquées, lieu saint de l’islam qui est également un lieu sacré du judaïsme, le mont du Temple. Ces décisions de l’UNESCO visant à défendre les intérêts culturels des Palestiniens sont interprétées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu comme une falsification de l’Histoire : « Dire qu’Israël n’a pas de liens avec le mont du Temple, c’est comme dire que les Chinois n’ont pas de liens avec la muraille de Chine ».

 

Dire qu’Israël n’a pas de liens avec le mont du Temple, c’est comme dire que les Chinois n’ont pas de liens avec la muraille de Chine.

Benjamin Netanyahu

 

Une décision symbolique qui marque une rupture

Ce double retrait israélo-américain est certes loin d’être une surprise, mais il va forcément influencer l’avenir des politiques culturelles et scientifiques au Moyen-Orient. De plus, le retrait américain va parachever la réduction nécessaire du budget de l’UNESCO, impactant bien évidemment ses moyens d’action dans ses missions de promotion culturelle, scientifique et éducative. De plus, même si les États-Unis prévoient de garder une place d’observateur au sein de l’organisation onusienne, il est difficile d’organiser une politique internationale crédible sans la participation active d’une puissance mondiale comme les États-Unis. Une fois encore, Donald Trump prouve que le multilatéralisme n’est intéressant pour lui que lorsqu’il sert les intérêts de son pays ou de ses alliés. Toutefois, mettre à mal le dialogue culturel entre les peuples, notamment dans le cas israélo-palestinien, est dangereux et risque de généraliser l’escalade des tensions dans des régions où culture et politique sont intimement liées.