Le 22 septembre 2015 naissait à Strasbourg l’association Itinéraires d’Orient, à l’initiative de quatre étudiants ayant soif de voyage et de connaissances. Parmi eux, nous retrouvons Louis et Fabio – deux anciens sciences pistes ayant séjourné sur la Forêt-Noire – venus présenter presque deux ans après la fondation du projet leur web-documentaire éponyme, Itinéraires d’Orient.

Revoilà donc Louis et Fabio en amphi 210 à l’occasion de la projection-conférence organisée par Sciences Po Forum, une poignée de mois seulement après avoir quitté l’ensemble Saint-Georges et SPF, association dont ils ont eux même été membres. Au programme, un reportage d’une heure et vingt-minute, racontant leur périple de l’été 2016 effectué en compagnie de deux autres membres de l’association, Thibault et Thomas, au Moyen-Orient.

En un mois à peine, les voyageurs sont partis à la découverte de pas moins de six pays – dans l’ordre, le Liban, l’Egypte, l’Iran, la Turquie, Israël et les territoires Palestiniens. En ressort une compilation analytiques de rencontres avec des diplomates, des journalistes, des jeunes engagés, des photographes, des habitants lambda, qui cherche à retranscrire intiment les profondes mutations que la région a connu avec l’éclatement des Printemps Arabes de 2011. Les témoignages prenants, enregistrés à travers le regard de l’association, se propose d’apporter une ouverture à la région : en donnant une voix et un visage à ces peuples trop souvent caricaturés, Louis et Fabio nous invitent à rencontrer la jeunesse du Moyen-Orient.

A l’occasion de la projection, Propos a eu la chance d’interviewer les deux hommes. Retrouvez-ici la retranscription intégrale d’un échange appelant à goûter aux particularités de la région et invitant à réfléchir aux similitudes liant deux jeunesses fondamentalement différentes. Preuve y est également de la valeur d’une expérience associative au sein de l’IEP : si vous souhaitez connaître plus l’association, n’hésiter pas à retrouver leur page facebook ou leur blog.

 

Beiruth Madinati, un parti politique libanais hors-cadre. Extrait du web-documentaire Itinéraires d’Orient.

 

Propos : Tout d’abord, nous voudrions vous remercier tous les deux pour votre temps. Le documentaire était vraiment intéressant. D’où vous est venue l’idée de ce projet ? A quel moment décidez-vous de partir un mois à la découverte du Moyen-Orient ?

 

Fabio : Avec Louis, on était dans la même association (ndlr. Sciences Po Forum). On avait développé une sorte de confiance associative, enfin on aimait bien travailler ensemble. Pour la troisième année à Sciences Po, Louis partait à Istanbul et un très bon ami en commun partait à Tel Aviv. On s’est donc dit qu’à la fin de la 3A, il fallait qu’on fasse un voyage dans la région. Mais cette idée nous a très vite ennuyé : on ne voulait pas juste partir prendre des photos en se disant « Whaou c’était génial ! »…

 

Louis : Nous voulions transformer ce voyage en quelque chose de plus intéressant.

 

Propos : Votre idée de base était-celle d’écrire des carnets de voyage.

 

Fabio : En fait, l’idée d’Itinéraires d’Orient qu’on a formé avec Louis, c’était simplement des carnets : c’était notre premier projet. L’idée était de partir et d’écrire ce qu’on voyait pendant le voyage. J’en ai ensuite parlé autour de moi et un ami calé dans la vidéo, Thibault, était super intéressé. On a donc commencé à réfléchir à cette idée de documentaire, ça s’est fait petit à petit. Il ne manquait plus que Thomas, qui étudie la région et la langue arabe à l’INALCO, nous rejoigne pour que nous soyons prêts à partir !

 

Louis : Ensuite, on a eu aussi toute une période de problématisation du documentaire : « quels pays faire », « combien de temps partir ? », « quelles problématiques aborder ? ». On a dû aussi prendre le temps de joindre nos premiers contacts sur place. Cette phase nous a occupée de septembre 2015 à juillet 2016.

 

Propos : Le documentaire c’est donc greffé au projet initial du voyage. Partir filmer pendant un mois, techniquement, ça représente environ combien de temps de tournage ? On image bien que vous n’ayez pas pu tout montré en 1h20…

 

Fabio : On nous le demande souvent : (rires)

 

Louis : Honnêtement je ne sais jamais au niveau rush, mais c’est immense. On avait surtout aucune expérience niveau montage, on avait peut-être monté une vidéo voire deux dans notre vie, et on maitrise à peu près Paint et encore. On a donc tout appris sur le tas. Au départ, nous ne pensions pas avoir pris autant de rush. Mais pour que ce soit le plus équitable possible, on a décidé à la fin de garder 20 minutes par partie (ndlr. une partie = un pays). Or, le problème était que toutes nos parties faisaient quasiment 35 minutes. Il fallait couper souvent couper pour ne garder que l’essentiel. La sélection a donc été très difficile.

 

Propos : Concernant le carnet : ce moyen est-il une manière plus pertinente d’aborder la réalité du terrain ? Avez-vous des perceptions différentes le concernant ?

 

Louis : Étonnement, on a avancé le projet comme quelque-chose de très personnel au départ. On voulait écrire pour nous, pour garder une trace pour plus tard. On voulait garder nos impressions, conserver nos souvenirs de la manière la plus authentique possible. Ce n’était pas seulement un simple carnet de bords. A notre grande surprise, on a eu de supers retours sur les carnets. Nous pensions que ça allait un peu moins marcher en comparaison avec le documentaire, c’est un peu moins « sexy » disons.

 

Fabio : Ces projets annexes, comme le carnet ou les expositions photos, viennent nuancer et approfondir le documentaire. Le carnet est vraiment le support plus complet qu’on puisse avoir sur le voyage. Le projet y est nuancé, c’est à dire qu’il y a les réflexions de chacun sur les personnes que nous avons pu rencontrer, les problématiques auxquelles nous avons été confrontées. Le carnet reste le premier objet auquel on a pensé pour retranscrire le voyage :  on tenait vraiment à en ressortir quelque-chose d’écrit. On est très attachés à l’écriture.

 

Propos : D’ailleurs, le logo d’Itinéraires d’Orient c’est quand même Chateaubriand.

 

Fabio : Oui, même si on ne se compare pas à lui bien évidemment (rires)

 

Propos : C’était difficile de concevoir le carnet ?

Louis : En fait le carnet c’était vraiment que du système D : une amie graphiste nous a fait la page de couverture et la mise en page. J’avais au départ fait ça sur Word. Clairement cela ne ressemblait à rien. Cela évoluait au fur et à mesure. Aujourd’hui il est illustré avec des photos de l’exposition. On est très fiers du produit final, c’est un des rendus que j’aime le plus dans l’association. A ce propos, nous cherchons à contacter une maison d’édition.

 

Propos : Revenons-en au voyage en lui-même. Vous êtes arrivés en Turquie deux jours après le coup d’Etat du 14 juillet 2016. Quels problèmes avez-vous rencontrés sur le terrain ? Comment avez-vous vécu l’évènement ?

Fabio : On était à Ispahan au moment du coup d’Etat. Donc la première question a été : « est-ce qu’on va pouvoir rentrer dans le pays ? » (rires) La deuxième problématique était celle des rendez-vous qui s’annulaient, les refus de rencontre etc…

 

Propos : Cela devait être vraiment particulier pour toi Louis, puisque tu y as fait ta 3A.

 

Louis : C’était hyper intéressant, mais juste après le coup d’Etat, il n’y avait pas de changements dans la vie de tous les jours. C’est souvent le cas pour les évènements de ce type, ce qui est assez décevant d’ailleurs. Par exemple, en sortant de l’aéroport, on a croisé 2-3 tanks sur l’autoroute, mais c’était tout. On a quand même pu constater que la pression policière était, à l’époque, vraiment moins forte en Turquie en comparaison avec l’Egypte ou l’Iran.

 

Propos : Vraiment, rien du tout ?

 

Louis : Oui, la vie n’avait pas tellement changé en soi, mais la présence policière dans la rue était plus massive. Nous sommes arrivés pendant la semaine de « célébration » suite au coup d’Etat raté, un échec que le gouvernement a voulu célébrer. Tous les soirs sur Place Taksim, la plus grande place à Istanbul, il y avait des manifestations de partisans de l’AKP et de Erdogan, avec des chauffeurs de foules et même des distributions de Döner gratuits. Je crois que c’était vraiment la chose la plus dingue.

 

Propos : Afin de conclure peut-être, quelle a été la rencontre qui vous a le plus marqué, celle qui permettrait de synthétiser le projet et de donner envie à des personnes de regarder votre documentaire ?

Fabio : Pour ma part, celles qui représenteraient le plus le point de vue l’association, ce serait celles dans les territoires palestiniens de Work Factories. Elles transmettent le fait que malgré tout ce qui peut se passer, il faut continuer à penser aux solutions possibles. C’était un peu le « En Marche » de Palestine, c’était assez fun à voir, ils avaient des citations de Steeve Jobs dans leur bureau. C’était des jeunes hyper dynamiques, éduqués et qui avaient vraiment une passion pour ce qu’ils faisaient envers et contre tout.

 

Louis : Alors pour moi, ce sera sur une autre dimension. Quand on a fait le projet on était tous intéressés par la région mais on était pas du tout des spécialistes. Le voyage c’était un peu une remise en cause permanente de ce qu’on pensait, de nos a priori sur la région. La rencontre qui m’a le plus marquée était celle d’un évêque copte orthodoxe en Egypte. Nous étions en Moyenne Egypte et je ne pensais pas rencontrer quelqu’un comme ça un jour. Il dégageait vraiment une sacralité, il avait une sorte de charisme physique. C’était très intéressant de rencontrer sa communauté. Quand on y est allés il n’y avait pas un seul touriste et tout le monde se demandait qu’on faisait là. C’était sûrement le truc le plus aventurier que l’on ait fait.

 

L’évêque copte égyptien, la rencontre « phare » du voyage selon Louis.

 

Propos : L’interview touche à sa fin, merci pour votre documentaire et votre temps!

 

Un grand remerciement à Fabio et à Louis pour l’interview, ainsi qu’à Sciences Po Forum pour avoir organisé la projection du documentaire.

 

Crédit photo : Itinéraires d’Orient.

Article réalisé avec Florian LUPP