Parce qu’à Sciences Po aussi le sport tient une place particulière (#coucouleBDS), voici un petit retour sur les championnats d’athlétisme, 16è du nom, qui se sont déroulés à Londres cet été. Les dernières foulées de Bolt, nos Français plutôt pas mal, des événements incongrus, petit résumé de ce qui s’est passé dans les lignes qui suivent.

Un roi déchu

Usain Bolt l’avait annoncé, il s’agissait de sa dernière compétition avant un départ du monde de l’athlétisme qu’il aura marqué durant des années. Sa sortie fut donc ratée. Il rate sa finale du 100m et échoue à la troisième place derrière deux Américains, Gatlin et Coleman. Il ne s’aligne pas sur 200m et se blesse pour sa toute dernière course, durant le relais 4*100m. Incontestablement une des images très fortes de ces mondiaux. Agitateur de stades des années durant, le roi Bolt ne sera donc pas parti sur une dernière célébration les bras levé comme il en a fait sa signature.

« Le 100 m sera le mien : je veux terminer invaincu. » -Usain Bolt, avant les mondiaux 2017

Toujours assez prétentieux, l’iconique sprinteur jamaïcain partait pourtant confiant avant ces championnats (à moins qu’il ait juste tenté de le faire croire ?) Sa médaille de bronze constitue pour lui un bilan trop faible et de manière plus générale, c’est un coup d’arrêt pour la Jamaïque sur ces mondiaux puisqu’aucun titre n’a été remporté sur les 100m ou les relais alors qu’ils en avaient l’habitude. Triste sortie surtout pour ce grand athlète qui restera un champion hors normes.

Cocorico, le bon bilan bleu

C’est une très bonne surprise. Derrière les Etats-Unis qui ont tout écrasé sur leur passage cet été (30 médailles dont 10 titres), quelques médailles d’or permettent vite d’être bien classé. Or la France termine non pas avec un, ni deux, mais bien avec trois champions du monde, ce qui la classe au 4è rang final de ces championnats ! Un résultat sans doute inespéré deux semaines avant. Si Kévin Mayer était attendu (cf notre article sur le site de Propos écrit avant les championnats du monde) et n’a pas déçu en remportant superbement l’épreuve du décathlon, les deux autres histoires dorées étaient moins attendues. Pierre-Ambroise Bosse est l’une des surprises de ces championnats. Le Français ne faisait pas partie des favoris du 800m, et ce malgré une 4è place obtenue à Rio l’an passé. Mais il a surpris tout le monde grâce à une accélération canon sur la fin de la course qui lui a permis de finit sur le toit du monde. Le jeune coureur, drôle et attachant a apporté beaucoup de fraicheur à cette délégation bleue.

Une délégation menée aussi par certains anciens qui ont fait parler leur expérience. Renaud Lavillenie, star française en souffrance cette saison, est parvenu à s’arracher pour  conquérir une nouvelle médaille mondiale. Certes, elle n’est toujours pas en or, mais ce bronze suffit au bonheur du perchiste. De même, Mélina-Robert Michon en lancer de disque a réalisé sa meilleure performance de la saison au meilleur moment, en finale des mondiaux. Si le concours était relevé avec deux athlètes bien au-dessus (Perkovic et Stevens), la Française ne s’est pas fait prier pour décrocher une nouvelle belle médaille de bronze lors du dernier jour de la compétition. Un dernier jour qui aura aussi vu s’imposer avec brio Yohann Diniz en 50km marche (retrouvez notre article sur sa performance majuscule sur votre site SciencesPropos.com). Au total, 5 médailles dont 3 en or, un très bon bilan qui donne le sourire à l’athlé française qui garde en ligne de mire les Jeux Olympiques de 2024…

Authorized Neutral Athletes

C’est une étrange bannière qu’ont arboré certains athlètes russes lors de ces mondiaux. En effet à cause d’un scandale de dopage d’Etat dans le pays, 19 athlètes russes, repêchés sur certains critères individuels ont pu concourir dans ces mondiaux mais dans une équipe « neutre ». Ce qui veut dire que Mariya Lasitskene, « déçue » et « indignée » de n’avoir pu participer aux Jeux Olympiques en 2016 et championne du monde cette année en tant que « Authorized neutral athlete », n’a pas pu entendre son hymne, ni voir son drapeau hissé sur le podium. Une situation vraiment particulière pour ces athlètes, mais la seule solution trouvée par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme.

Une épidémie, une interdiction de stade et autres étonnements

Un autre fait marquant de ces championnats est… l’épidémie de gastro-entérite qui a frappé une bonne partie des sportifs. Outre celle-ci, on recense également des intoxications alimentaires. En tout, plus d’une trentaine de cas, parmi lesquels le canadien Aaron Brown, l’Irlandais Thomas Barr, le canadien Damian Warner qui aurait du être le grand rival de Mayer pour le titre en décathlon, ou encore le Botswanais Isaac Makwala. Le cas de ce dernier aura beaucoup fait parler. Forfait pour le 200m, dont il est l’un des favoris, Makwala ne se présente pas non plus lors de la finale du 400m. Seulement, il y a un problème : cette décision a été prise contre sa volonté car le sprinteur est tout bonnement interdit de stade en vertu d’une loi britannique empêchant un sportif de courir lorsque celui-ci est contagieux. La situation s’envenime et un contentieux éclate entre la fédération d’athlétisme du Botswana et Makwala d’un côté et l’Association internationale des fédérations d’athlétisme d’un autre.

Le 9 août, Makwala se voit autorisé… à courir une session de rattrapage de 200m pour tenter de se qualifier pour la finale. Seul sur une piste détrempée, le Botswanais y parvient sans soucis (avec un temps de 20s 20 alors qu’il devait faire au minimum 20s 53). Puis en demi-finale, il réussit également sa course. Malheureusement, il ne décroche pas de médaille au final, la faute notamment à un champion inattendu…
En effet, comme à chaque compétition, plusieurs résultats ont fait sensation. Parmi ceux-ci, le titre sur 200m du Turc Ramil Guliyev. Azerbaidjanais de naissance, l’athlète de 27 ans a grillé la politesse au très attendu sud-africain Van Niekerk pour devenir champion du monde. Le relais 4*400m a aussi causé de l’étonnement puisque les Etats-Unis, invaincus sur cette épreuve depuis 2003 aux mondiaux, ont du s’incliner devant l’équipe de Trinidad-et-Tobago !

Les stars qui ont brillé… ou pas

Certains n’auront donc pas tenu leur rang, parmi lesquels Usain Bolt dont nous avons déjà parlé mais également Elaine Thompson, double championne olympique qui n’est même pas montée sur un podium. L’Américain Kerron Clement, champion du 400 m haies a du se contenter de la 3è place derrière un Norvégien épatant, Karsten Warholm. D’autres stars attendues n’ont pas déçu : la Sud-africaine Caster Semenya a fait parler sa puissance sur 800m et la Néerlandaise Dafne Schippers, championne du monde en titre du 200m en arrivant à Londres est parvenue à conserver sa couronne. Mohamed Farah a encore été titré à domicile sur le 10 000m et a obtenu l’argent sur le 5000. Enfin, un athlète a également été impressionnant, il s’agit du Qatari Mutaz Essa Barshim. Sacré avec beaucoup d’aisance au saut en hauteur, il semble pouvoir effacer le record du monde bientôt… Bref, ces mondiaux ont apporté leur lot de surprises et de belles promesses pour la suite !

Jérôme FLURY