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Le savant et le citoyen

Le savant et le citoyen
Voter, un devoir ? C’est là un point de vue fort contestable (photo LH).

Me promenant avec un ami, je fais le point sur l’été passé. Et, tout comme le chat retombe immanquablement sur ses pattes, la conversation de l’étudiant d’IEP débouche bien souvent….sur les élections. Mon camarade, du style un peu « café du commerce », me lance : « plus de 50% de taux d’abstention chez les jeunes aux dernières législatives. J’en ai honte. » Honte ? Quelle idée ! On peut supposer pourtant que, n’en déplaise aux autorités politiques et morales de ce pays, voter n’est pas un devoir.

D’un prétendu devoir de voter

Le vote aux élections présidentielles et législatives est prévu par la Constitution. En votant, on confère notre portion de pouvoir politique -Rousseau dirait peut-être notre part de souveraineté- à un candidat. Chaque candidat est donc représentant légitime de ceux qui ont voté pour lui, et parmi tous ces candidats celui qui a obtenu le plus grand nombre de voix est élu représentant légitime de tous les électeurs. Selon l’adage « qui ne dit mot consent », les abstentionnistes seraient-ils automatiquement favorables au candidat choisi par la majorité des électeurs, ou même à tous les candidats ; ou, au contraire, à aucun des candidats ?

D’une certaine façon, il me semble que chercher à répondre à cette question serait déplacé. Le choix du candidat qu’un électeur effectue est certes un acte politique, c’est incontestable. En revanche, n’oublions-nous pas que le simple fait de voter relève déjà de l’acte politique ? En effet, voter selon les termes de la Constitution, c’est déjà voter pour la Constitution. Chaque élection est une nouvelle occasion de tester la légitimité de la Constitution. Et chaque voix qui s’est abstenue est un déni de légitimité de la part d’un électeur à une Constitution qui ne lui semble peut-être pas attribuer de manière adéquate le pouvoir politique de cet individu aux candidats.

En d’autres termes, s’il est courant de considérer le premier tour des élections présidentielles ou législatives comme le tour où l’on choisit et le second tour comme celui où l’on élimine un candidat, à chacun de ces tours on choisit ou au contraire on élimine la Constitution itself. Naturellement, il existe d’autres possibilités que celle de voter pour un candidat et celle de s’abstenir. Celui qui vote blanc approuve la Constitution, puisqu’il respecte le format des élections, mais il réfute tous les candidats. Celui qui vote nul, au contraire, désavoue une Constitution dont découlent des règles qu’il méprise, mais le vote nul peut parfaitement mentionner le nom d’un ou de plusieurs candidats. En outre, l’électeur peut avoir la possibilité de voter pour un candidat qui s’exprime ouvertement contre la constitution en place.

Ce qu’exprime l’abstention

L’abstentionniste présente paradoxalement son désaccord sur le format de vote en ne votant pas. L’abstention serait donc pour ainsi dire une expression par la non-expression. Structurellement, cette façon de s’exprimer est très difficile à interpréter pour les interlocuteurs des abstentionnistes que sont les autorités politiques. La seule chose certaine est que les abstentionnistes n’éprouvent pas suffisamment l’intérêt d’aller voter car la Constitution ne pose pas pour eux le cadre adéquat et les moyens appropriés pour transférer leur pouvoir politique individuel à un ou des candidats. Cependant, les abstentionnistes peuvent parfaitement désavouer également d’autres dispositions de la Constitutions et même toute autre composante du système juridique qui découle de cette Constitution, dans la mesure où le rejet de la Constitution par l’abstention se fait en bloc.

En conséquence, trouver ce que veulent les abstentionnistes afin de les contenter fait peur car c’est une opération délicate. Alors, le plus simple, c’est d’inciter ces abstentionnistes à se rendre aux urnes et voter. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les autorités politiques et leurs relais s’emploient à faire du vote en tant que tel non plus un acte politique, mais bien un acte apolitique ou « citoyen », et faire d’un droit un devoir. L’électeur doit pourtant bien garder cette nuance à l’esprit s’il veut rester un animal politique, et non devenir un simple animal citoyen.

Léo Hoerter

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