Cette année nous fêtons les 60 ans d’un monument de la musique, le très « coloré » Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, huitième album du plus grand groupe de tous les temps the Beatles.

Pochette de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band Source : antenne.de

On considère très souvent que cet album est le premier « album concept ». L’idée est non pas de faire d’un morceau une œuvre, mais essayer de l’inclure dans un ensemble plus grand. La chanson devient une pièce de puzzle. L’album n’est plus un support pour une dizaine de chansons et pour vendre, mais l’œuvre en soit. Il devient cohérent, avec sa propre structure. Pour reprendre le Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le groupe imaginaire du sergent poivre se produit dans un concert imaginaire. On y retrouve de nombreux clin d’œil avec une reprise du morceau d’introduction, tel un rappel. C’est aussi le chant du coq dans Good morning good morning qui reprend la même note de guitare que dans Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise).

C’est dans cette brèche des sixties que de très nombreux artistes vont s’engouffrer. L’album devient représentatif d’une patte artistique, d’une période, d’un groupe. On peut penser aux grands rivaux des Beatles, les Rolling Stones, avec leur album Exil on the main street, considéré comme l’un de leurs meilleurs albums. Cela, même s’il n’y a aucun « tube », car les morceaux s’enchaînent de façon limpide, mêlant rock et blues.

Ce principe de l’album est donc devenu important, on l’écoute avec vénération. On crée une vocation aux transitions entre les morceaux, aux réponses qu’une chanson peut faire à une autre. On peut se trouver avec une sorte de leitmotiv, un petit air qui va réapparaître tout au long de l’album, tel un clin d’œil complice… La musique populaire essaye de rivaliser avec sa grande sœur Opéra.

Pour illustrer cette idée de réponse, on peut prendre deux titres issues de l’album J’accuse de Saez avec Les Anarchitectures et Sonnez tocsin dans les campagnes. Les deux morceaux utilisent la même mélodie. Mais si les Anarchitectures évoquent un monde pastoral et presque religieux par ces paroles, de par son rythme lent, l’utilisation de l’écho, une sorte de ma Bohème du révolutionnaire vers la ville, Sonnez tocsin dans les campagnes, lui, est beaucoup plus violent avec le son saccadé des guitares électriques. On se place d’emblée dans un milieu urbain, celui de la ville et son bouillonnement de perversion qui pousse à la révolte. Les paroles sont plus violentes, cyniques et visent plus la dérive du capitalisme.

 

Image : Umberto Cofini

 

L’album, forme et fond de la chanson

L’artiste utilise l’album comme support pour une confrontation d’idées par la musique. Il va ainsi utiliser la même mélodie mais en y inclura un rythme, des instruments et des paroles différentes.

Les albums se parent de joyaux comme peut l’illustrer Joshua Tree de U2 ou OK Computer de Radiohead, dont on fête aussi les anniversaires, amenant une succession de morceaux ancrer dans les charts. La « mythologie » de l’album s’accompagne aussi par sa mise en scène avec la pochette notamment. Souvent, celle-ci va découler d’une recherche artistique. Les pochettes des Pink Floyd nous viennent directement à l’esprit. On peut aussi citer le cœur-grenade sanguinolent de Green Day pour American Idiot.

L’album peut aussi avoir une thématique particulière. Par exemple la République des météores d’Indochine axé sur la thématique des guerres mondiales et de la guerre froide. On y retrouve les topos de soldats sortant des tranchées, chargeant pour des raisons obscures. La rédaction de lettres à l’être aimé , ou encore le travail des femmes dans les usines et le rideau de fer sont des sujets abordés. L’album observant une évolution chronologique pour essayer de réinterpréter le siècle des excès à coup de bottes sur le pavé, piano, sirènes d’alarmes et guitare.

L’album est donc une quête pour les groupes. Il faut savoir doser les morceaux entre eux, donner vie à quelque chose de plus grand qu’une simple chanson à la radio. Celle-ci n’est plus qu’un avant-goût du maelstrom musical qu’est l’album. I’m with you des Red Hot Chili Peppers, est un condensé de bonne musique. Ici, on mêle le son habituel des californiens avec des airs de jazz notamment sur Did I let you know. Cet album de 2011 est pourtant symptomatique d’un phénomène contemporain : on n’écoute plus les albums. Les ventes de disques chutent. Maintenant, on essaye d’atteindre le milliard de vues sur Youtube, comme avec Gnam gnam style du Coréen PSY.

L’album est mort, tué par les moyens de médiatisations de la musique, le fameux « à la demande ». Maintenant on ne prend plus le temps d’écouter un album, de juste lancer le disque et voir ce qu’il nous réserve.

 

Image : Álvaro Serrano

 

L’album, victime de l’ère Internet

Déjà avec la dématérialisation, il n’y a plus de disque. Quand un album sort, on met sur son téléphone le morceau qu’on connaît, celui de la radio. Dans nos écouteurs passent les chansons de nombreux artistes en aléatoire. L’ordre sacro-saint de l’album où L’homme à tête de choux cède la place Chez Max coiffeur pour hommes, disparaît. On perd le fil de l’histoire.

Le mode de consommation musicale, sur Spotify ou Youtube, avec notamment les playlists, nous pousse à faire des choix, on écoute ce que l’on veut ! Or, on procédant ainsi, en écoutant ce que propose les « leaders d’opinions », on se coupe de pépites ou de morceaux parfaits pour nos goûts musicaux.
On perd aussi cette architecture musicale, poussant selon moi les artistes à se surpasser. Ceux-ci ne doivent pas créer un morceau qui marche, mais un ensemble afin de pouvoir jouer des heures durant lors d’immenses concerts.
Car c’est à ça que sert aussi l’album, créer un univers dans lequel nous plonger pour qu’on puisse rêver et enfin nous transcender lors des performances « live » !

 

Pour conclure, la mort des albums c’est finalement cette capacité de choisir, d’écouter ce que l’on veut. Paradoxalement aussi, de ne pas prendre le temps de tout écouter et de se laisser, sans le savoir, dicter l’écoute par les médias diffusant la musique…
Pourtant, la musique est toujours là, miroir de nos humeurs : joie, tristesse… tant que l’on chantonne un refrain que l’on aime, d’un album inconnu ou vénéré, on garde aux lèvres des notes exprimant la vie !