Home Actualités Et si le problème était la Russie ?

Et si le problème était la Russie ?

Et si le problème était la Russie ?

Au cœur du scandale qui touche Michael Flynn, les médias semblent tout autant préoccupés par la présence russe que par l’illégalité commise par l’ex-conseiller américain à la sécurité nationale.

 

Plus le temps passe, et plus le scandale qui concernait à la base Michael Flynn s’élargit au sein de l’appareil d’Etat américain. Ce général à la retraite avait été nommé conseiller à la sécurité nationale par le nouveau président américain Donald Trump.

 

Le 13 février dernier, peu de temps après sa prise de fonction, il avait été contraint de présenter sa lettre de démission. Il lui était reproché deux erreurs : la première était celle d’avoir « omis » de mentionner au vice-président américain Mike Pence qu’il avait eu plusieurs contacts avec l’ambassadeur russe à Washington DC Sergei Kislyak, entre le moment de sa nomination et celui de sa prise de fonction. La seconde, sans doute la plus pertinente, provient du fait-même d’avoir entretenu des contacts avec les Russes avant sa prise de fonction. Ces conversations avec Kislyak n’étaient pas anodines. Flynn lui aurait dit qu’avec le gouvernement Trump, la Russie serait probablement moins menacée par des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis et l’Europe suite à l’annexion de la Crimée en 2014.

 

Depuis, l’ex-directeur de la CIA, James Comey, qui enquêtait sur Flynn, a été démis de ses fonctions par Donald Trump. Une enquête est actuellement menée sur une éventuelle tentative d’obstruction à la justice de la part du Président américain, qui a fait comprendre à plusieurs reprises à James Comey qu’il ne voulait pas que son ex-conseiller à la sécurité nationale puisse faire l’objet d’enquêtes. Qu’y a-t-il de si important derrière les agissements de Flynn pour que le président ose engager son poste ? A chaque nouvelle révélation, le président Trump voit l’espoir de terminer son mandat s’amincir.

 

Illégalité

La désignation de Michael Flynn à ce poste peut paraître étrange. Un moment pressenti pour devenir le colistier de Trump, ce dernier lui a préféré le moins polémique Mike Pence. Michael Flynn affichait une islamophobie très dure, alimentée par ses expériences militaires au Moyen-Orient (il a notamment servi en Afghanistan entre 2004 et 2007). Il est un premier défenseur du décret anti-immigration que Donald Trump essaie désespérément de faire passer. Sa nomination à ce poste ne nécessitait pas l’aval du Sénat, autrement dit, seule la nomination du Président était suffisante. Pourquoi s’embarrasser du strict respect des lois et de la transparence lorsque l’on est sûr de ne pas être empêché d’accéder à un poste haut placé ?

 

Lors de l’éclatement du scandale dans les médias, le Washington Post et le New York Times ont parlé d’une « potentielle illégalité ». Cependant Michael Flynn a bel et bien violé le droit américain. En ayant des contacts physiques et téléphoniques réguliers avec Sergei Kislyak, l’ex-conseiller américain à la sécurité nationale a agi à rebours du Logan Act, loi interdisant aux citoyens non-autorisés d’entretenir des liens avec des gouvernements des pays en litige avec les Etats-Unis. Puisque Michael Flynn n’était pas encore officiellement conseiller à la sécurité nationale, il ne bénéficiait pas de cette autorisation au moment des faits.

 

Par ailleurs, interdiction est faite au nouveau gouvernement en transition d’établir des contacts formels avec les gouvernements étrangers. Néanmoins, le Logan Act n’a jamais été réellement respecté dans l’Histoire américaine, ce qui a sûrement incité Flynn a imiter ses prédécesseurs, comme par exemple en 1984, en pleine Guerre Froide, lorsque le sénateur démocrate Edward Kennedyavait noué des contacts avec Iouri Andropov, alors secrétaire général du Parti Communiste de l’URSS, pour tenter d’empêcher la réélection du président antisoviétique Ronald Reagan.

 

Vladimir Poutine (à droite) en compagnie de Michael Flynn (à gauche) lors du gala de Russia Today, décembre 2015

 

Ce contact n’est pas le seul que Michael Flynn a pu avoir avec des représentants russes. Il a eu l’occasion de discuter avec le président russe lui-même, Vladimir Poutine, lors d’un dîner de gala organisé en l’honneur du média russe Russia Today (RT) en décembre 2015. Michael Flynn aurait alors reçu plus de 33 000 $ pour s’exprimer en public. Selon le démocrate Elijah Commings, Flynn aurait enfreint une loi constitutionnelle américaine qui interdit aux agents du service public de recevoir de l’argent de la part de gouvernements étrangers. Encore faut-il s’accorder sur le fait qu’un ancien général appartienne toujours au service public. Ici également, l’insolence russe chatouille le cadre moral strict que s’imposent les Etats-Unis.

 

Derrière ces scandales, le président russe nie toute implication. Pour le gala de RT en 2015, Vladimir Poutine a affirmé ne pas avoir vraiment parlé à Michael Flynn, et n’avoir su que plus tard l’identité de cet homme qui se trouvait assis à sa table. Il a aussi assuré ne pas être au courant que l’ambassadeur russe aux Etats-Unis a rencontré Michael Flynn à plusieurs reprises entre décembre 2016 et février 2017. Comme pour essayer de se laver de tout soupçon, Sergei Kislyak devrait quitter le territoire américain durant l’été sur demande du Kremlin. De plus, Vladimir Poutine a annoncé que son pays offrait l’asile politique à James Comey. On pourrait croire que la Russie aime titiller les médias jusqu’à faire parler d’elle puis retourne se dissimuler derrière la façade de mystère qu’elle crée. Ce qui est sûr, c’est que son attitude est ambigüe.

 

Russophobie

Mais le scandale ne tient pas seulement aux violations du droit américain. Il existe tout un contexte de russophobie qui est pour partie cause de l’attention des médias occidentaux. La Russie n’a pas réussi à se débarrasser du manteau de peur que portait son ancêtre soviétique pendant la Guerre Froide. L’engagement de la Russie contre l’Etat Islamique ces dernières années n’y a rien changé. Les souvenirs qui persistent sont ceux de la guerre en Tchétchénie en 1998, celle en Géorgie en 2008, et l’annexion de la Crimée en 2014.

 

La Russie représente toutes les valeurs contraires à celles des Occidentaux, particulièrement celle de la liberté. On voit bien aujourd’hui l’attitude hostile de la Russie face aux personnes homosexuelles notamment en Tchétchénie. La Russie est aussi très éloignée de nos standards démocratiques. Si officiellement les Russes votent pour élire leur président, toute la machine électorale est contrôlée par le pouvoir en place depuis 1999, sous l’autorité de Vladimir Poutine. Et la Russie de semer le trouble également dans d’autres démocraties, comme en Ukraine en 2014, ou pendant la campagne présidentielle américaine, au détriment de la candidate démocrate Hillary Clinton. Cette ingérence, qui n’est pas assez clarifiée aujourd’hui pour pouvoir destituer le nouveau président américain, est toujours l’un des principaux sujets des médias et fait l’objet d’enquêtes.

 

Si le scandale touchant Michael Flynn a aujourd’hui tant d’ampleur, c’est à cause de ce contexte de méfiance vis-à-vis de l’interventionnisme russe. Donald Trump est soupçonné depuis juillet 2016 d’entretenir des liens avec des officiels russes. La révélation de l’ingérence n’a fait qu’amplifier les velléités d’enquête de la part des médias et de la justice. Si cette dernière est censée rester impartiale et discrète dans l’attente du verdict final, il n’en va pas de même pour les médias. La plupart sont assez sceptiques vis-à-vis de la Russie et le moindre soupçon engendre des publications d’articles à charge. Il est possible que le fait-même que ce soit la Russie et non un autre pays qui soit impliqué dans le scandale autour de Michael Flynn vaille pour part de l’attention des médias.

 

Si Michael Flynn ne voit pas de la Russie que ses bons côtés, il pense qu’elle a un rôle stratégique dans la résolution des conflits actuels. Son opinion ouverte vis-à-vis de ce pays dérange très probablement les russosceptiques. Dans un livre dont il est le co-auteur (The Field of Fight: How We Can Win the Global War Against Radical Islam and Its Allies) publié en juillet 2016, Michael Flynn considère la Russie comme un allié des islamistes radicaux, au même titre que la Corée du Nord, la Chine, Cuba et le Venezuela. Il y écrit aussi qu’ « il n’y a aucune raison de croire que Poutine accepterait de coopérer avec [les USA]. Ce serait plutôt le contraire en fait ». Il met la Russie au même niveau que l’Iran : des pays dont l’objectif est de déstabiliser les Etats-Unis. Cependant concernant la lutte contre l’Etat Islamique, Michael Flynn pense que les Etats-Unis et la Russie peuvent coopérer. Peut-on alors concilier la volonté de lutter contre l’Etat Islamique et le rapprochement avec la Russie ? Même si le monde continue à avoir peur de la Russie, Michael Flynn voyait peut-être ce grand pays comme allié indispensable pour combattre le mal d’aujourd’hui.