Avez-vous entendu parler de la Roumanie ? Vous savez, ce pays où tout le monde est corrompu, où les habitants sont souvent confondus avec les Roms ? Ne vous méprenez pas trop, le réalisateur roumain Cristian Mungiu ne brosse pas un portrait au vitriol de sa patrie. Aux airs de thriller, sa fiction offre un aperçu sensible et juste de la société roumaine.

 

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Si Roméo fait du trafic d’influence pour que sa fille obtienne 18/20 de moyenne au bac, c’est pour lui assurer un avenir meilleur. Il veut l’envoyer dans une université anglaise pour qu’elle ait des chances d’avoir une belle carrière professionnelle, bien rémunérée. Ce n’est donc pas une agression sexuelle la veille du premier examen qui doit la faire renoncer à son rêve. Le hic c’est que ce rêve est d’abord celui du père. Eliza, elle, veut rester avec ses amis au pays pour étudier à l’université. Mais par un amour de papa-poule qui devient envahissant, Roméo refuse d’entendre sa fille et lui met la pression pour qu’elle réussisse tous ses examens, même avec un bras dans le plâtre, qu’importe, il lui a déjà décroché une bourse pour la fac en Angleterre.

 

Pourtant, le traumatisme après une tentative de viol ne s’efface pas du jour au lendemain. C’est ce qu’a subit Eliza en se rendant au lycée pour passer sa première épreuve. Retournement de situation, la détermination de Roméo devient vaine. Eliza souffre trop intérieurement pour passer le bac et sa femme Magda est contre un départ forcé. Mais Roméo ne renonce à rien et continue de croire que sa fille ira à Cambridge. Eliza passe malgré elle le reste des épreuves mais elle n’excelle pas. Papa s’en informe et va jouer du piston, jusqu’à faire dorer les résultats d’Eliza avec l’aide du proviseur du lycée, sans un pot-de-vin versé pour autant. Là figure d’ailleurs un des messages moralisateurs du réalisateur, adressé à l’Occidental condescendant : il n’y a pas que des malhonnêtes dans un pays où la corruption est endémique. C’est par empathie que le proviseur accepte de falsifier comme c’est par amitié que le commissaire de police, ami de Roméo, a rendu service en abusant de sa fonction. Cristian Mungiu préfère concentrer l’attention sur l’exclusivité de la situation plutôt que sur la corruption, inscrite dans la culture du pays depuis le communisme.

 

Par ailleurs, le problème de l’émigration est posé dans le discours de Roméo qui veut que sa fille parte parce qu’il estime que les ados de sa génération n’ont pas d’avenir ici. C’est le regard désabusé d’un père qui a vécu la chute du communisme et au sentiment d’avoir fait partie d’une génération perdue. Roméo croit être dans son bon droit en tant que père qui s’est sacrifié pour le bonheur de sa fille. Eliza sait qu’elle lui est redevable et n’ose pas dire non à son père qui apparaît comme son mentor, faute d’une mère en dépression qui peine à calmer le zèle de son mari.

 

Le scénario prend une tournure réellement dramatique avec l’enquête policière sur l’agression, où Roméo suit de près le travail de son ami commissaire. Il se bat comme un boxeur schizophrène en faisant des va-et-vient incessants entre le commissariat et le lycée où Eliza passe le bac, le tout parfaitement rythmé par une musique classique lugubre qui crée des moments de suspense intenses. Ainsi la hargne de Roméo et les affres de l’enquête donnent à l’histoire des couleurs de thriller, ce qui mystifie un peu trop facilement nos émotions à certains moments. Mungiu cherche de toute évidence notre connivence en optant pour des plans caméra rapprochés et d’autres, moins commodes, par lesquels on voit les acteurs filmés de dos en train de dialoguer.

 

Si la fin amorale du film surprend un peu, on se réconforte rapidement en se disant qu’on vient d’assister à une vraie tragédie humaine dans un pays à la mélancolie ambiante. C’est une fiction qui reflète de manière assez réaliste l’âme désillusionnée des Roumains. On aura été transporté et ému par le malaise familial et social d’un microcosme de la vie en Roumanie, entre la tourmente d’un père surprotecteur et le désarroi d’une adolescente en quête d’épanouissement.

 

A noter : les sensibles, vous ne résisterez pas à verser une larme ; les moins sensibles ou les incrédules, vous referez le film dans votre tête toute la nuit pour tenter de voir ce que vous avez zappé à l’écran…

 

Baccalauréat (2016), 2h 08min

Réalisé par Cristian Mungiu

Avec Adrian Titieni, Maria Drăguș, Lia Bugnar