Des démissions en chaîne et la proclamation d’un nouveau gouvernement font l’objet d’une journée politique mouvementée.

 

Mercredi 21 juin au matin, François Bayrou (MoDem) annonce sa démission du gouvernement Philippe, dans lequel il était ministre de la Justice. Quelques instants plus tard c’est Marielle de Sarnez, sa camarade du MoDem, qui démissionne de son poste de ministre des Affaires européennes. La veille, c’était la ministre MoDem Sylvie Goulard qui avait demandé publiquement de ne pas faire partie du nouveau gouvernement, remanié après les législatives du weekend. Sa démission a créé un appel d’air et a entraîné celles de Bayrou et de Sarnez. Ce mercredi, deux ministères clé du projet de Macron se voient ainsi entachés. Ou alors serait-ce au contraire une chance pour le président de voir partir des  ministres en conflit avec la justice ? En effet, un ministre de la Justice mis en doute de la respecter n’apparaît pas très crédible dans le projet phare du président de moraliser la vie publique. De plus, le projet de loi de moralisation de la vie publique était tenu par François Bayrou lui-même. Quant à l’Union Européenne, le ministère affilié commence dans l’instabilité. L’opportunité était toute trouvée dans cette fenêtre ouverte des législatives pour crédibiliser la loi de moralisation de la vie publique.

Echapper à la justice et aux médias.

Le MoDem fait l’objet depuis début juin d’une enquête préliminaire sur des soupçons d’emplois fictifs au Parlement Européen. Il s’agit de la même accusation que celle portée au Front National avant les élections présidentielles. François Bayrou a nié cette accusation lors de sa conférence de presse, tenue le 21 juin à 17h. Il explique sa démission par la volonté de protéger le gouvernement et le président de la République. Il affirme qu’il ne veut pas que des « campagnes mensongères » puissent leur être défavorables. Par ailleurs, il entend protéger les débats sur la loi de moralisation de la vie publique, qu’il était censé présenter au Parlement d’ici quelques semaines. Bayrou tente de montrer un visage honnête et altruiste. Cette image d’intégrité, il la construit depuis plusieurs années : en 2002 il a refusé de rejoindre le nouveau parti UMP, et en 2007 il a refusé de donner une consigne de vote à titre personnel. Il a également précisé, à son avantage, qu’il avait parlé de sa volonté de démissionner à Emmanuel Macron dès le début du scandale qui a touché le MoDem. Pour Marielle de Sarnez, la sortie du gouvernement est aussi l’occasion de se protéger de l’enquête judiciaire. Coïncidence ou non, en devenant présidente du groupe MoDem à l’Assemblée Nationale, elle obtiendrait l’immunité parlementaire. Marielle de Sarnez est soupçonnée d’emploi fictif dans le cadre de l’enquête générale sur le MoDem. Elle emprunterait ainsi la même porte de sortie que l’ex ministre en charge des territoires Richard Ferrand. Au lendemain du deuxième tour des élections législatives le lundi 19 juin, celui-ci, empêtré dans un scandale de potentiel favoritisme auprès des caisses de mutuelles de Bretagne, a quitté le gouvernement pour devenir président du groupe LREM à l’Assemblée. Il bénéficiera d’un poids politique important en tant que chef de 305 députés, ainsi que d’une immunité parlementaire.

 

Un remaniement politique.

La question qui se pose ici est la suivante : les ministres démissionnaires sont-ils partis dans leur volonté commune de protéger le MoDem ? Ou alors cette situation tient-elle à l’exigence présidentielle d’avoir un gouvernement irréprochable et tant qu’à faire efficace et soudé autour de lui ? L’article 8 de la Constitution de 1958 précise : « Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions. » Une étroite collaboration entre le président de la République et le Premier Ministre peut donc suffire à demander la démission de ministres. Quel moment opportun que le remaniement prévu par les législatives pour organiser le départ des ministres encombrants ! François Bayrou pouvait gêner sur un double plan : le premier, celui de la justice, et le deuxième au niveau politique. Son insistance auprès d’Emmanuel Macron pour que le MoDem soit plus présent dans l’alliance avec La République En Marche (LREM) a constitué un poids pour le président de la République, qui a besoin de son soutien mais qui aimerait mieux gouverner sans lui. En témoigne la polémique que Bayrou avait suscitée à l’annonce des candidats LREM aux législatives, car les candidats MoDem étaient beaucoup moins nombreux sur la liste que ce qui avait été prévu dans les négociations. Le départ des deux ministres du MoDem le 21 juin 2017 a permis de mettre à leur place la ministre et membre du Conseil Constitutionnel Nicole Belloubet au poste de garde des sceaux, et la directrice de l’ENA Nathalie Loiseau, de droite, au poste de ministre des Affaires européennes. A la place de Sylvie Goulard au poste de ministre des Armées, Macron et Philippe ont opté pour la socialiste Florence Parly. L’entourage gouvernemental se dote aussi de Jacques Mézard au ministère de la Cohésion des territoires en remplacement de Richard Ferrand. Un remaniement politique destiné à élargir toujours plus ses appuis vers la droite et la gauche pour dominer et fragmenter les oppositions. Pour exemple, la scission de Les Républicains vers « Les Républicains constructifs, UDI et Indépendants » réduit nettement l’opposition à laquelle peut faire face LREM. Et avec François Bayrou qui annonce soutenir le gouvernement, il est clair que ce dernier sait gérer ses relations. Une réelle opposition va-t-elle apparaître ?