Home Tribunes Libres « L’impérial flambeau » : un regard romantique sur le retour des cendres de Napoléon

« L’impérial flambeau » : un regard romantique sur le retour des cendres de Napoléon

« L’impérial flambeau » : un regard romantique sur le retour des cendres de Napoléon

« Vous verrez, l’on entendra encore crier dans Paris, Vive l’Empereur ! » confiait Napoléon Ier à Las Cases, alors en exil sur l’île damnée de Sainte-Hélène. Comment un homme, qui avait enfermé à l’intérieur de ses paumes, le sort de l’Histoire pouvait-il se résigner à contempler les côtes africaines, enchaîné à un rocher à plus de mille lieues de la terre de France ? « L’île d’Elbe n’a pas su me retenir, Sainte-Hélène ne me retiendra pas non plus. » Dans un formidable défi lancé à ses adversaires, les paroles du petit caporal annonçaient son glorieux retour qui devait survenir dix-neuf ans plus tard, sous les acclamations de la foule, cette horde de Parisiens qui ne l’avaient jamais déçu. Au cours d’un voyage enneigé et accompagné par tout un peuple sillonnant la plus belle avenue du monde, le cortège funèbre ramenait les cendres du Prométhée des temps modernes vers l’ultime demeure qui allait sceller le destin de ce colosse parmi les grands hommes. Un torrent humain coula de l’Arc de triomphe puis submergea bientôt l’Hôtel des Invalides. Nul n’oublierait ce dernier plébiscite, le plus beau. Les ouvrières de cette ruche bourdonnante qu’était la France retrouvaient leur reine. Le cercueil traversa la cour du Dôme, quand retentit le Lacrimosa de Mozart. Des vieillards se tenaient debout, leur carcasse usée et enveloppée d’un uniforme qu’eux seuls portaient toujours. Leur chevelure que l’on devinait grisâtre était couverte d’un bonnet à poils. On reconnut les grognards, dont la jeunesse s’était évanouie lors de l’envol définitif de l’Aigle. Tant de railleries à leur égard, tant d’humiliations subies par ces géants réduits en demi-soldes, s’effaçaient au passage de leur chef. Malgré l’obscurité du deuil, on croyait assister à une résurrection.  Ainsi s’acheva la plus extraordinaire épopée que la Patrie eut connue ; dans une journée impériale sous la Monarchie de juillet. Atome entouré d’innombrables admirateurs, Victor Hugo écrivait : « Que le peuple à jamais te garde en sa mémoire ! Jour beau comme la gloire, froid comme le tombeau. » Désormais, l’Empereur pouvait enfin reposer, gardé par les siens, « auprès de ce peuple français [qu’il avait] tant aimé ».

Le cortège funèbre de Napoléon Bonaparte traversant la place de la Concorde, le 15 décembre 1840.

 

Par Kellermann, étudiant de 1A