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Résumé du #GOPE2017

Résumé du #GOPE2017

Le 21 février dernier était organisée à Paris le Grand oral des candidats à la présidentielle par le Parlement des étudiants. Cette association est la grande sœur de notre chère et tendre section strasbourgeoise et elle organise chaque année une rencontre nationale où toutes les sections se retrouvent pour une grande séance. Cette année, l’association a décidé de frapper un grand coup en organisant un oral de tous les candidats à la présidentielle devant la jeunesse dans ce cadre exceptionnel qui est le palais de l’Iéna. Propos y est allé pour tout vous raconter, sur Twitter, et maintenant dans cet article.

 

GOPE

 

Il faut savoir que le principe de cette rencontre était de pouvoir poser des questions aux candidats sur à peu près tous les sujets qu’il était possible d’imaginer, au cours d’un oral de 45 minutes. Une idée vraiment bonne sur le papier, mais qui a été dévoyée dans la réalité. En effet, le bureau national imposait qu’on leur soumette nos questions au préalable pour qu’ils puissent faire une sorte de filtrage. Dans quel but ? On ne le sait guère ou si les candidats ont eu connaissance des questions avant de venir. On peut comprendre qu’une volonté de bonne tenue des débats puisse être avancée pour justifier un tel contrôle, mais vous conviendrez qu’en termes de démocratie et liberté de parole, nous avons connu mieux. Passé ce détail, la journée fut chargée puisque pas moins de dix personnalités sont venues, et nous allons tenter de vous résumer le tout sous forme de tirets rapides :

 

–          On commence avec Jacques Cheminade qui n’est pas aussi cosmique qu’on veut nous le faire croire, puisqu’il n’a pu parler d’exploration spatiale qu’une seule fois, entre deux critiques de l’OTAN et d’une UE soumise aux lobbys financiers.

–          Emmanuel Macron a envoyé un représentant sans intérêt avec un discours alimenté au libéralisme qui a dû trouver un certain écho chez les Parisiens. On en a profité pour découvrir que les sièges du Conseil économique et social sont aussi confortables que ceux du Parlement européen.

–          Nicolas Dupont-Aignan a réveillé tout un hémicycle endormi, notamment avec un fameux et mémorable « Je n’en ai rien à faire de cette question » lancé à une étudiante. Dans sa posture gaullienne, il aura montré qu’il est de plus en plus difficile de le distinguer du FN.

–          Jean-Luc Mélenchon a envoyé une personne dont on a oublié le nom et les propos axés sur l’écologie et la culture. D’un autre côté, l’heure du repas approchait.

–          On reprend l’après-midi avec Jean Lassalle : authentique, lyrique, convaincu, digne des meilleures joutes de l’EJO. Le candidat qui vantait la France rurale dans un hémicycle urbain a reçu une standing ovation.

–          Alain Chrétien représentait François Fillon et a d’ailleurs réussi à enfoncer un peu plus son patron concernant ses déboires judiciaires en disant qu’il ne supportait plus ce genre de pratiques, tout en s’attachant à défendre les propositions d’un candidat qu’il n’a pas soutenu. Il a depuis lâché le candidat de la droite et du centre.

–          Yannick Jadot arrive avec sa stature imposante et est applaudi à chacune de ses déclarations. Europe sociale, écologie, optimisme et piques au Front national ont trouvé preneurs, la jeunesse est-elle acquise à la cause de l’ancien candidat d’EELV ?

–          Aurélie Filippetti était chargée de représenter Benoît Hamon et de défendre un programme dévoilé lors de la primaire. Son intervention fut d’ailleurs anormalement courte.

–          Marion-Maréchal le Pen représentait le Front national face à un hémicycle totalement amorphe qui n’a absolument pas sourcillé devant les propos tenus par la députée. Attaques contre les journalistes, mépris de l’État de droit et de l’Europe ont ponctué son passage.

–          Nathalie Arthaud a eu la lourde tâche de conclure devant un hémicycle clairsemé qui avait visiblement mieux à faire que de rester jusqu’au bout, concluant avec un fameux « Je suis pour les États-Unis socialistes d’Europe » et « Je ne veux pas être présidente, mais renverser le capitalisme ».

 

Si vous êtes un habitué des débats du Parlement des étudiants de Strasbourg, vous aviez de quoi être surpris par le calme de l’hémicycle. Pas d’envolées lyriques, pas de personnes hurlant d’un bout à l’autre de l’assemblée, rien qu’un débat feutré et calme. Nous n’irons pas jusqu’à parler de révérence vis-à-vis des hommes politiques, mais ce sentiment de contrôle total du débat de la part des organisateurs était très dommage. Je me rappelle qu’à un moment, face à Marion-Maréchal, quelqu’un en introduction de sa question a tenté de lancer une pique à propos de l’affaire d’emplois fictifs qui touche le FN ; il a été sévèrement recadré par le président. La jeunesse, dans sa version la plus favorisée, est assez déconnectée des thèmes majeurs qui alimentent cette campagne présidentielle : aucune question sur notre système social en perdition, autant de questions sur le chômage que sur la maltraitance animale, le travail réduit à des aspects très spécifiques ; heureusement, l’environnement était présent dans les questions. Mais n’allez pas croire que cela était inintéressant : les questions posées étaient parfois très précises et pertinentes, soulevant des points parfois trop éludés des débats, notamment sur l’État de droit ou l’Europe. Les débats furent intéressants, bien que courts du fait de la contrainte de temps de 45 minutes par candidat.

 

De mon point de vue, le fort contrôle qui pesait sur les débats a gâché cette expérience, sans compter la mainmise des Parisiens qui étaient les seuls à prendre la parole. Il n’y avait pas de spontanéité, pas de piques assumées et justifiées à l’encontre des candidats, juste de la révérence, de la gentillesse, de la politesse, même face aux propos les plus abjects. Je ne dis pas que la jeunesse aurait dû construire des barricades autour du palais de l’Iéna, mais elle aurait dû oser, interroger les candidats sur des points légitimes et importants comme le chômage des jeunes, et non pas attaquer Yannick Jadot sur son manque de clarté à l’égard de la cause animale. On ne peut que saluer le Parlement des étudiants pour avoir eu l’idée et mener à bout un tel projet, malgré la défection des gros candidats, parfois à la dernière minute pour des raisons obscures. Merci d’avoir organisé cette rencontre, et félicitation pour le travail effectué, c’est de ce genre d’initiatives dont nous avons besoin pour la présidentielle.

Gigi Abrams