Dans un futur proche, Logan est vieux et doit s’occuper d’un professeur Xavier malade à la frontière mexicaine. Mais sa rencontre avec X-23, une mutante traquée par une mystérieuse organisation, va sortir Logan de son isolement et le pousser à reprendre du service.

« Son heure est venue ». Malheureusement pour nous, nous ne verrons plus Hugh Jackman jouer Wolverine à l’écran. Après une première trilogie X-Men, deux films solos et une nouvelle trilogie, l’acteur australien décide de raccrocher ses griffes après s’être livré à une dernière virée avec le personnage mythique. Une dernière virée qui se veut violente et impitoyable. Une dernière virée qui se veut magistrale pour rendre honneur au personnage et à tout ce qu’il représente. Telle était la promesse d’Hugh Jackman et du réalisateur James Mangold. Après 135 minutes de visionnage peut-on dire que la promesse est tenue ? En partie oui.

Logan n’est pas un film de superhéros comme il est à la mode d’en voir dans l’industrie hollywoodienne, il constitue plus un road-trip de superhéros. Les héros ne sont pas poussés par une volonté de sauver le monde ou leur environnement proche, comme c’est habituellement le cas dans le genre, mais ils cherchent à se protéger eux-mêmes. Le film tranche radicalement avec le genre : moins démentiel, plus mesuré et proche du monde réel. Comme exemple, je vous citerais le fait que le film ne contienne qu’une seule explosion, alors que le genre en use et en abuse. Si l’on compare aux autres films de l’univers X-Men, Logan est clairement un OFNI.

Assurément Logan est le plus violent film de superhéros qu’il m’ait été donné de voir, surclassant Deadpool à tous les niveaux. Logan se veut un film réaliste ancré dans la vie réelle, ou tout du moins à un semblant de vie réelle. Le réalisme est poussé à son maximum à chaque instant. Les combats se transforment en une véritable boucherie où les têtes volent, les ventres sont déchirés, où les griffes en adamantium de Wolverine sont maculées de sang une fois la tempête passée. Les combats constituent sans doute les scènes les plus intenses du film, car elles représentent tout ce que Wolverine est devenu : un homme vieux, mais qui garde toujours son instinct animal. Ses cicatrices rappellent son passé de machine de guerre, tandis que ses nouveaux combats le laissent avec des plaies béantes que son pouvoir de régénération usé ne semble plus pouvoir combler. Logan est en danger de mort à chaque combat, à chaque coup qu’il reçoit, il n’a plus sa force d’antan. Ces moments de violence crue sont encore plus renforcés lorsqu’ils concernent X-23, l’enfant mutante, qui tue sans discernement et avec une violence plus bestiale que Logan, tout en subissant de lourdes blessures qui arrivent à se régénérer. Voir un enfant de douze ans se faire transpercer le buste par un hameçon n’est pas le genre de scène à laisser indifférent. Chaque personnage souffre dans ce film, et James Mangold a choisi de montrer chaque instant de la manière la plus réaliste possible, et on ne peut que saluer ce choix.

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Ça ne fait pas dans la dentelle.

Autre atout du film : son jeu d’acteur. Je ne vais pas vous rappeler à quel point Hugh Jackman et Patrick Stewart sont de bons acteurs, cela est un fait connu et le film constitue la meilleure preuve empirique de cette théorie. J’aimerais mentionner la performance de Dafne Keen qui joue X-23. Pour une enfant de 12 ans, dégager une telle intensité dans son rôle est assez bluffant. Elle semble ne ressentir aucune émotion et est uniquement mue par une soif de sang bestiale, jusqu’à ce qu’on l’a découvre capable de ressentir des émotions. Une carrière intéressante se profile pour elle.

Malgré ces avantages clairs, Logan souffre d’un défaut flagrant : son écriture. Le scénario est quelconque, mais se laisse apprécier et suivre sans trop de difficultés, sans compter que le twist final est assez surprenant, mais ne dévoilons rien. C’est du côté des personnages que cela pose problème. Charles Xavier semble sous-exploité alors que voir celui dont le cerveau est une arme de destruction massive en proie à une dégénérescence neuronale aurait pu donner lieu à de vraies scènes fortes, sans doute les plus fortes du film. Mais non, il n’utilise que trop peu ses pouvoirs, confiant sa défense à Logan et à X-23. Le personnage de Caliban ne présente pas un réel intérêt, que ce soit pour nous ou pour les personnages qui l’abandonnent à son sort sans trop s’en soucier. Les méchants sont trop confus et intéressants : Donald Pierce est sous-exploité alors qu’il semble vraiment intéressant et a un côté humain assez fascinant ; le Dr Rice ne présente aucun intérêt ; X-24 arrive de manière assez spontanée et constitue le plus intéressant des trois de par sa nature inhumaine que rien ne semble pouvoir arrêter. Ce manque d’écriture des antagonistes nous empêche de ressentir un réel sentiment de danger, hormis X-24 dont la puissance dégagée nous fait comprendre que nos héros ont à faire face à un gros morceau. Les seuls personnages écrits correctement sont Logan, X-23 et Charles Xavier ; si le film avait uniquement tourné autour de ce trio, cela n’aurait pas changé grand-chose.

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« Je n’ai aucune idée de ce que fous ici. »

Logan nous avait été vendu comme un film se déroulant dans un monde post-apocalyptique où les mutants ont disparu, tout en étant inspiré du comics Old Man Logan. À partir du moment où les personnages sortent du cadre frontalier avec le Mexique, rien ne laisse penser que nous sommes dans un futur dystopique. Ce n’est pas parce que l’on construit un décor en rouille dans un désert avec une limousine un peu futuriste que l’on fait du post-apocalyptique. À aucun moment nous n’avons le sentiment que le monde a basculé ou soit livré à l’anarchie, tout juste recevons-nous des bribes sur l’état du pays dans ce film, état qui ne semble pas des plus réjouissants. Malgré une réalisation soutenue par une photographie de qualité (notamment pour les passages dans la nature), on ressort avec le sentiment d’avoir vu un film se déroulant à notre époque. Ni plus ni moins. Le film semble réserver le développement de cet univers pour de prochains films X-Men, ce qui personnellement m’a frustré.

Logan constitue un bel adieu au personnage de Wolverine par Hugh Jackman. Malgré ses défauts plutôt conséquents que nous avons cités, le film rend enfin hommage au caractère bestial du mutant qui était édulcoré depuis l’apparition des X-Men sur grand écran. Nous faisons aussi nos adieux à Professeur Xavier joué par Patrick Stewart. Une époque s’achève et le renouvellement approche pour les mutants. Logan tire profit de son réalisme à toute épreuve, et c’est cela qu’il faut retenir du film de James Mangold, car il montre ce que devrait être vraiment un film de superhéros : un film où les combats titanesques ne laissent pas les participants intacts, physiquement et psychologiquement. Le spectateur quant à lui comprend que les héros de son enfance ne sont pas immortels, et qu’ils finissent un jour ou l’autre par laisser leur costume pour prendre leur retraite, qu’elle soit volontaire ou imposée.

Gigi Abrams

Points positifs :
– Le réalisme du film.
– Les combats et leur violence.
– Hugh Jackman et Patrick Stewart toujours aussi bons.
– La performance de Dafne Keen pour une enfant.
– Un bel adieu à Wolverine.
– La photographie.
Points négatifs :
– Les problèmes d’écriture, notamment pour les méchants.
– Ce n’est pas post-apocalyptique.
– La frustration par rapport à l’univers du film.