Attention aux spoilers et au langage plutôt cru.

Jeanne traverse une période très compliquée de sa vie après un divorce soudain et violent avec son mari. Sauf qu’un beau matin, elle se réveille avec un pénis. À partir de cet instant, sa vie sera transformée.

Pourquoi suis-je allé voir ce film ?

Défi personnel ? Envie de perdre sept euros pour voir la déchéance du cinéma français dans toute sa splendeur ? Masochisme ? Je n’ai ni explication ni excuse.

De base il faut savoir que je ne suis pas un grand fan des comédies. Je considère que c’est un genre qui tourne en rond, mais surtout qui utilise toujours la même construction scénaristique, à quelques détails près, pour chaque film. De ce fait, au bout de 20 minutes de film, vous comprenez tous les tenants et les aboutissements du scénario, les rebondissements. La comédie c’est un genre paresseux où l’on s’ennuie plus facilement qu’ailleurs. Mais je relève la critique pour les comédies françaises. Autant les comédies américaines sont parfois vraiment drôles en parodiant tout ce qu’il est possible de parodier, tout en ayant des moyens plus conséquents, autant les comédies françaises, en plus de tomber de plus en plus dans des clichés nauséeux, ne se renouvellent pratiquement jamais, sans compter qu’elles prennent les spectateurs pour des idiots finis. C’est dans ce contexte que sort Si j’étais un homme, et il faut dire qu’au début j’ai cru à une véritable blague. Sauf que la bande-annonce m’a confirmé que le film se prenait bel et bien au sérieux. J’ai commencé à avoir peur et à être fasciné en même temps. Je pense que j’ai été attiré par cette histoire qui ne pouvait que consacrer la chute de notre cinéma national. Je voulais voir de mes propres yeux l’étendue du carnage qui s’offrait à nous, avec l’espoir que ce soit un nanar. Et effectivement, le film d’Audrey Dana est une catastrophe à tous les niveaux, devenant le parfait exemple de l’abime dans laquelle notre cinéma a sombré. Je savais que j’aurais dû aller voir John Wick 2.

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A l’aide John.

Alors un mot rapide sur la réalisation qui est vraiment quelconque et sans intérêt, sauf à un seul instant : à la fin, la scène sous l’orage entre Jeanne et Merlin est visuellement intéressante, mais écrite de telle manière que tout est gâché. Le jeu d’acteur est quelconque, et je ne sais pas comment ce film a pu obtenir le prix pour un second rôle au festival de l’Alpe d’Huez. Il n’y a vraiment rien de bon à tirer de ce film, donc on peut se pencher sur l’écriture. Et là, il y a beaucoup plus à critiquer.

Déjà le pitch de base, une femme qui se réveille avec un pénis (au premier sens du terme), a de quoi laisser clouer sur une chaise. Je ne sais pas à quel moment on peut se dire que cela va constituer une bonne histoire qui s’étale sur une heure et demie. Le scénario va s’atteler à nous décrire la vie de Jeanne après ce changement, et notamment sa perte de repère face à cette situation, et tous les changements que cela va induire sur sa psyché. Parce que oui, elle n’a pas seulement un appareil génital masculin entre les jambes, mais tout son système hormonal est bouleversé puisqu’elle parle aussi avec une voix grave (ou plutôt qui mue), mais ces dérèglements hormonaux ne s’arrêtent pas là. En effet, à la fin, on apprend qu’elle a réussi à faire un enfant à une autre femme après avoir couché avec elle.

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Non ceci n’est pas une blague, c’est vraiment la dernière scène du film. Jeanne s’évanouit d’ailleurs en voyant son fils (puisque la mère lui dit quand même « Dis bonjour à ton Papa », amplifiant notre gêne), tandis que moi j’ai senti mon âme quitter mon corps à cet instant. Il n’y a aucune logique, cela ne tient juste pas la route, cette scène sort de nulle part. Ce n’est même plus de l’incohérence à ce stade, c’est juste du grand n’importe quoi, cela achève le cadavre qu’est ce film avec un lance-roquette porté par John Rambo. Le gynécologue joué par Christian Clavier (encore lui, mon Dieu), se veut la caution scientifique du film, mais se contente de lâcher quelques blagues graveleuses et d’apporter une pseudo explication qui ne change absolument rien et qui ne tient pas la route. On n’est pas ici pour suivre une thèse, mais quand même soyez un minimum cohérent. À noter que tous les évènements du film se déroulent réellement dans notre monde, et ne sont pas rêvés par Jeanne comme on pouvait l’espérer. Il y a une volonté d’être trop réaliste qui perd clairement le film, puisqu’il n’y a plus aucune cohérence, si jamais il y avait volonté d’en avoir une. Et cela commence dès les premières minutes. C’est assez désolant quand on sait que deux personnes écrivaient ce film (Audrey Dana et Maud Ameline). Même un enfant de cinquième peut écrire des rédactions mieux construites que cette chose.

Mais plus encore qu’un scénario incohérent c’est la construction des personnages et leur évolution qui est une catastrophe. Le personnage de Jeanne en tête puisqu’elle occupe 75 % de l’écriture. Le début du film nous présente une femme au bord de la dépression, très timide et renfermée. Elle se « libère » et s’affirme, non pas à partir du moment où elle a un pénis, comme le laissait penser le trailer, mais à partir du moment où elle fait l’amour avec une femme (celle qui aura un enfant d’elle). À partir de cet instant, Jeanne sera non seulement libérée, mais aussi cherchera à repousser les frontières de genre (je ne juge pas là, je raconte) en voulant se faire passer pour un homme la nuit, se faisant appeler Jean. Un passage qui est là juste pour la décoration (ne nous cachons rien). Les scènes de Jeanne qui s’habille comme un homme n’ont strictement AUCUN INTÉRÊT pour le scénario. Un peu comme le reste du film d’ailleurs. C’est seulement à partir de sa relation avec Merlin qu’elle va se mettre à douter sur son identité avant de s’affirmer comme femme, du moins c’est ce qu’on comprend. Le problème c’est que l’écriture de Jeanne n’a aucune cohérence : alors que Jeanne est très clairement attirée par les femmes (sans que cela soit expliqué d’ailleurs), elle affirmera à plusieurs reprises avec aplomb qu’elle est hétérosexuelle à Merlin. Si elle se considère comme un homme alors elle dit vrai, mais dans cette scène, elle est très clairement attirée par Merlin (qui est un homme) et donc elle se considère comme une femme hétéro. À moins qu’elle ne soit bisexuelle, mais là encore, les scénaristes semblent écarter cette hypothèse par les propos tenus par Jeanne. Tout ceci est beaucoup trop obscur. Sans compter que c’est sa relation avec Merlin qui mettra un terme à la situation puisqu’elle verra son attribut disparaître au cours de la scène sous l’orage (qui se couple avec une scène de nue intégrale totalement gratuite). Les autres personnages sont sans intérêt, je ne vois même pas l’utilité de revenir dessus puisqu’ils ne sont que des prétextes à des gags bien lourds et inutiles. Même le personnage de Marcelle joué par Alice Belaidi, qui a pourtant été récompensé, ne se distingue pas de cette masse informe.

Et d’ailleurs, parlons-en de l’humour du film. Il faut avoir en tête que trois personnes étaient en charge d’écrire les dialogues, ce qui doit constituer une nouvelle affaire d’emplois fictifs. Je sais que l’humour est quelque chose de très subjectif, mais là je pose un gros veto. Ce film est beauf et vulgaire. Encore plus qu’un spectacle de Jean-Marie Bigard, pourtant maître en la matière. Toutes les blagues sont d’un niveau qui rase le sol quand elles ne s’enfoncent pas dans les profondeurs. À titre d’exemple, citons les fois où Jeanne urine, ou quand elle se coince le pénis dans la braguette (un gag étiré sur plusieurs minutes, MALAISE GARANTI), ou encore les blagues sur le pénis, etc. À titre de comparaison, vous trouverez des teen-movie américains plus fins. Mais même l’écriture du film est assez dérangeante dans le sens où, à partir du moment où elle a un pénis, Jeanne est véritablement présentée comme un animal en rut. J’ai cru comprendre qu’Audrey Dana voulait jouer sur les clichés inhérents à chaque genre, mais là c’est très franchement dérangeant. Jeanne se trouve en effet attirée par toutes les femmes, ne pensant qu’à coucher avec elles dès qu’elles sont dans des positions suggestives, et étant même sur le point d’agresser sexuellement sa voisine et amie Marcelle au cours d’une soirée. Je n’ai strictement aucune idée de comment conclure ce paragraphe, mais vous pouvez constater l’étendue des dégâts.

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« C’est bon il n’y a rien plus à sauver, on s’en va. »

Cela me permet de faire une transition plutôt bancale avec le message du film. J’ai pu lire que certaines associations comme Act Up ont qualifié le film de transphobe (contre les transgenres donc), mais n’étant pas qualifié sur ces thématiques, je me contente de relayer leurs accusations. Par contre, le sexisme du film est plus perceptible puisque c’est « grâce » à son pénis que Jeanne s’affirme, mais aussi remet de l’ordre dans sa vie (étant donné qu’elle obtient le caractère nécessaire pour le faire), avant de « redevenir » une femme. Comprenez, sans un homme, une femme va en baver. Autre passage qui m’a crispé concernant cette fois l’ex-mari de Jeanne : pour se venger, celle-ci le séduit au cours de retrouvailles, et n’hésite pas à le droguer pour qu’il soit aux ordres avant de lui montrer son « papin » (c’est comme cela qu’elle l’appelle). Le malheureux tombe dans les pommes lorsqu’elle baisse son pantalon. Mais ce n’est pas fini, car Jeanne décide de lui faire croire qu’ils sont passés à l’acte, et le bonhomme tombe dans le panneau en sentant ses fesses à l’air (vous avez compris, je pense). Ce gag gênant aurait pu en rester là, sauf qu’on retrouve le mari en question et on le voit devenu apeuré, faible et sans autorité sur ses enfants (alors qu’au début du film il était un « vrai » homme dur et strict), il semble avoir perdu ses clichés masculins, il n’est plus un mâle viril. Je pense que les homosexuels apprécieront. Enfin, le slogan du film est : « Un matin, elle s’est réveillée avec un truc en plus ! ». Je vous laisse juger, mais je pense qu’on ne peut pas faire plus ambigu et plus limite comme slogan de film. Mais tout le film, toute son écriture et celle des personnages, est basé sur les clichés de genre, mais ils sont exploités avec un tel sérieux que l’on n’arrive plus à savoir si cela relève de la satire ou si le film les prend au sérieux et se base vraiment dessus. Dans tous les cas, le message transmis par le film est nauséabond, mais reste dans la lignée des comédies françaises récentes.

Vous l’aurez compris, Si j’étais un homme est une très mauvaise comédie et un très mauvais film, mais est-ce que cela étonne quelqu’un dans le contexte actuel du cinéma français ? Notre cinéma, et notamment sa branche comique, est en train de sombrer sous les coups de comédies sans intérêts et/ou totalement intolérantes qui se cachent derrière un fameux « on peut rire de tout ». Ce film a été produit dans le seul but d’être diffusé en prime time sur TF1 le dimanche soir dans un an, comme les 3/4 des comédies françaises actuelles. Non contents de prendre les spectateurs pour des idiots finis, les cinéastes livrent des films d’une qualité exécrable, que même vous pouvez égaler avec un simple caméscope. Si j’étais un homme fais honte au cinéma français, fais honte à la comédie, fais honte au septième art tel que nous le connaissons. Mais il est surtout symptomatique d’un cinéma français qui sombre, qui n’arrive plus à produire de grandes comédies comme avant, seulement des films gênants, intolérants, ratés. Si j’étais un homme serait encore plus mauvais s’il ne s’inscrivait pas dans un contexte de médiocrité générale des comédies françaises. Ce film doit être le déclencheur d’une profonde réflexion sur le cinéma français et la vision de cet art par les artistes de notre pays. Nous avons inventé le cinéma, ne soyons pas les inventeurs de sa chute.

Points positifs :

  • On cherche encore.

Points négatifs :

  • La réalisation est sans intérêt.
  • Les acteurs sont quelconques.
  • Le pitch de base.
  • L’écriture des personnages est ratée.
  • Le scénario et son déroulement sont catastrophiques.
  • La fin est hallucinante d’incohérences.
  • L’humour est beauf et vulgaire.
  • On ne rigole JAMAIS.
  • Le message porté par le film est horrible.
  • Le cinéma français continue sa longue chute.

Gigi Abrams