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Du Véganisme et de l’hypocrisie de la société.

Du Véganisme et de l’hypocrisie de la société.

Le 3 Novembre dernier, l’association de défense des animaux « L214 Ethique et Animaux » a publié une nouvelle vidéo d’abattoirs[1]. Cette fois-ci c’est l’abattoir de Limoges qui est mis à découvert par un de ses employés. Filmées en caméra caché, les images montrent des animaux conscients,  électrisés, étourdis au moyen de pistolets pneumatiques, pendus par les pattes et égorgés. Pour reprendre les mots de Vanessa Wagner, pianiste qui présente ces images : les animaux «  sentent le danger, paniquent et cherchent à fuir mais il est impossible de sortir du piège dans lequel on les a poussé ». Il est aujourd’hui scientifiquement établi que ces animaux sont doués de conscience et de sensibilité[2]. Ils ont le même droit à vivre que nous et nous leur infligeons l’inhumain. Je n’irai pas plus loin dans la description de cette vidéo insoutenable. Elle ne doit servir qu’à débuter une réflexion sur notre mode de consommation et d’alimentation. Vous l’aurez compris cette réflexion s’articule autour du véganisme ou tout au moins du végétalisme c’est-à-dire ne plus consommer (pour les vegans) ou ne plus manger (pour les végétaliens) aucun produit issu de l’exploitation animale.

Je vous l’accorde cette démarche est excessivement difficile. Il s’agit d’abord d’aller à l’encontre de notre société et de l’industrie agro-alimentaire. En effet, notre mode de consommation se conçoit a priori difficilement sans les produits issus de l’exploitation animale,  il suffit d’aller faire ses courses pour évaluer la quantité de viande, de poisson, d’œuf, de lait… sur les étalages. Elle est infiniment plus grande que l’offre de produits de substitution comme ceux issus du soja qui apportent pourtant autant que les produits issus de la souffrance animale ! [En effet il faut préciser que tous[3] les nutriments présents dans ces produits se trouvent aussi dans des produits végétaux.] Mais il s’agit surtout d’aller à l’encontre de notre éducation, en effet, les produits animaux sont à la base de notre éducation (pour la majorité d’entre nous). La pyramide alimentaire qu’on a tous fait en CM1 nous apprenait alors qu’il faut manger de la viande ou du poisson tous les jours, des produits laitiers 3 fois par jour et bien sûr, des fruits et légumes 5 fois par jour[4]. Nos parents nous ont toujours fait manger de la viande et boire du lait ! Comment revenir la dessus ? Sur la sainte raclette en hiver ou sur les barbecues bénis des grosses chaleurs ? Ce mode de consommation est profondément ancré dans notre société, dans notre culture et dans nos économies psychiques (bonjour tonton Elias).  Cependant je suis convaincu que l’humanité est vouée à l’évolution ; à l’amélioration. Ainsi on ne peut pas se cacher derrière l’histoire, la culture, nos habitudes, nos soi-disant besoins (qui n’en sont plus), ou encore nos goûts pour refuser un modèle émergent qui se veut plus responsable et durable. Nous sommes tous doués de raison et il s’agit ici de réfléchir aux conséquences de notre consommation ;  réellement et en faisant abstraction de nos présupposés…

Le plus simple est de commencer par regarder autour de nous, d’appréhender l’empiriquement observable, les chiffres qui retracent la catastrophe écologique qui se joue dans nos assiettes. L’environnement est l’enjeu majeur de notre siècle, nous sommes directement responsables d’extinctions d’espèces, de la déforestation, du réchauffement climatique, de la destruction des océans et des nappes phréatiques… (Cette liste du génie de l’évolution est non exhaustive). Les scientifiques s’accordent (j’exclue ici la mascarade que sont les climato-sceptiques) sur l’urgence de la situation. Des solutions doivent être trouvées pour assurer notre pérennité (car non les changements écologiques ne sont pas dangereux pour la planète, ils le sont pour nous et nos enfants). Mais quel est le lien avec notre alimentation ? Il n’est pas total, c’est évident mais il est très grand. Voyez plutôt :

L’élevage mondial représente 66 milliards de bêtes par an[5]. 66 MILLIARDS c’est inconcevable au sens premier du terme. Pour remettre à l’échelle, cela représente environ 125 000 animaux tués par minute, 2 000 par seconde. Cette exploitation frénétique et totalement démesurée a un coût pour l’environnement. En effet, avec plus de 7 gigatonnes d’équivalent CO2 émis par année, cette industrie représente 14,5% des émissions de gaz à effet de serre liés aux activités humaines[6]. C’est plus que les émissions de tous les transports réunis. Mises à part les émissions de gaz l’élevage monopolise 75% des terres agricoles[7] du globe. Les pâturages et les champs de soja (entre autre) destiné à nourrir le cheptel mondial, prennent de la place. Mais quand la place est prise, il faut en faire, du coup on coupe, on déracine et on replante, pas des arbres, du soja ! 70% de la déforestation amazonienne[8] est ainsi en lien direct avec l’élevage. Je vous laisse juger des conséquences sur l’écosystème d’une part et sur le renouvellement de l’O2 d’autre part… On est déjà sur une bonne base mais pour continuer sur cette lancée, dans les océans, 29% des espèces de poissons sont sur exploités et 61% le sont pleinement[9], autant dire que les océans se vident ou plutôt que nous vidons les océans, payes ta biodiversité et payes tes sushis.

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Ces conséquences climatiques ne tombent malheureusement pas sous le sens quand on passe au Simply pour faire nos courses. A la limite quand on prend un steak on pense aux pets de vaches, le méthane ça pollue vachement quand même… C’est rigolo ? Ou pas. Parce que l’essentiel des éléments cités plus haut viennent du fait qu’un veau, avant de devenir un steak doit être nourrit, et l’herbe des champs de Châtillon-Le-Duc ne suffit pas. Ainsi seul 4% du soja mondial est consommé par des humains. Ces mêmes cultures de soja qui sont responsables de 91% de la déforestation amazonienne….  Ce système de production agricole au service de l’exploitation animale a donc aussi des conséquences sociales. La céréale est confisquée de la bouche de l’enfant pauvre pour nous permettre de consommer égoïstement.

Je suis désolé de dérouler cette argumentation par la négative. Cependant c’est la base d’une remise en question de nos pratiques dont la société oublie trop souvent les conséquences. On se conforte derrière le marketing qui transforme l’animal en objet de consommation et on se cache derrière « la nature » des choses et de notre éducation pour ne pas se préoccuper de ce qui compte vraiment : le bien-être animal.

D’une part, les publicités, les emballages et les images de marques « dés-animalisent » pour parachever le passage de l’être vivant sensible à l’objet comestible. Ils nous font oublier la réalité de l’exploitation. « La vache qui rit » pour faire son fromage. Le poulet « Le Gaulois » danse dans le poulailler avant de se faire découper sans avoir jamais vue le soleil. Le steak « Charal »  garde l’image du bœuf fort et vigoureux, alors qu’il est en réalité un veau, une vache gestante et parfois, oui, un bœuf. D’autant plus que cette industrie agro-alimentaire conditionne les individus à accepter la mort en barquette. On peut par exemple citer les récentes opérations dans des écoles primaires, à coup de slogan du type « avec le bœuf c’est la teuf ». Dès le plus jeune âge elle insinue la normalité à plusieurs échelles. Elle crée des distinctions là où il n’y en a pas. Par exemple entre le lait et la viande,  aujourd’hui une brique de lait est sur la même chaîne de production que le steak haché, et ne devraient pas être dissociés. Elle nous fait accepter des paradoxes incroyables, comme celui du bien-être des animaux dans les abattoirs. Pour reprendre la formule de Guillaume Meurice, « N’est-ce pas parler du bien-être des enfants dans la cave de Marc Dutroux ? ».

 Nous avons oublié que ce que nous mangeons quotidiennement n’est pas un bien de consommation mais bien la vie, et que nous devons la traiter comme telle. Mais nous préférons détourner le regard quand la réalité des images nous frappe et quand des alternatives sont proposées.

D’autre part, rien de tout cela n’est naturel, l’idée que manger une vache relève de la chaine alimentaire et de la sélection naturelle est fausse, et ce pour une raison très simple : la «  vie » de cette vache sort complètement du cadre de la nature. Pour commencer elle est issue du viol (par un bras humain) de sa mère, si c’est un veau la vie s’arrête là, il finira d’ici peu en barquette. Si c’est une femelle elle sera contrainte à produire du lait jusqu’à ce qu’elle ne soit plus assez rentable et terminera sa course dans un abattoir. Elle est conçue, élevée et tuée par et pour l’Homme dans une démarche totalement égoïste, contingente et mercantiliste. Ainsi, aller l’acheter découpée en morceaux et mise en barquette dans un supermarché ne fait pas de nous des prédateurs. Qui serait capable de le faire soit même ? De décapiter un poulet dans son jardin, de mixer des poussins dans son Moulinex pour en faire des nuggets… Sous prétexte que certains s’en donne à cœur joie dans les abattoirs on se permet de participer et d’entretenir un système que beaucoup ne supportent même pas de regarder dans des vidéos. Mais finalement l’hypocrisie la plus manifeste de tout un chacun est de faire une différence entre un chat et une vache, entre un chien est une poule. De s’indigner devant une vidéo de chat battu à mort mais de ne pas faire le lien jusqu’à notre assiette, de pleurer devant les vidéos d’abandon d’animaux pendant l’été mais d’oublier l’horreur de l’exploitation (quelle qu’elle soit).  Au nom de quoi la société choisit-elle quels animaux sont légitimes à mourir après une vie faite uniquement d’amour et d’affection (en opposition à l’exploitation vous l’aurez compris) et lesquels n’ont pas droit à ce privilège ? Une solution est simplement d’arrêter cette distinction infondée et de traiter l’animal à la hauteur de ce qu’il est : un être vivant sensible à l’image de ce qu’est l’Homme.

On entend souvent que l’homme est en fait légitime à exercer une domination et à exploiter les animaux. Son niveau d’évolution est sans pareil dans sa capacité à modifier son environnement à son avantage et dans sa puissance créatrice.  Cependant, le niveau d’évolution et de progrès que nous avons atteint à ce jour nous permet de pouvoir vivre durablement sans engendrer la souffrance et la mort quotidiennement. Il est probablement temps de remettre en cause notre « domination » sur le règne animal car elle n’est que superflue et destructrice (pour les animaux, pour la planète, et pour nous). Quand l’Homme a-t-il oublié qu’il n’était ni la seule espèce vivante sur terre, ni la seule espèce nécessaire à la vie ?

Le système défendu par une majorité inconsciente participe à nous mettre droit dans le mur alors que des alternatives simples, pas beaucoup plus chères, plus écologique, plus responsable, et plus éthique existent (à condition de remettre son égo en question). Personnellement je ne vois pas le véganisme ou même le végétalisme comme un modèle de long terme, car une symbiose – l’association réciproquement profitable de deux organismes vivants[10] – n’exclut pas une forme d’exploitation « juste ». Pour prendre un exemple simple je ne vois pas d’inconvénient à avoir une poule ou une chèvre en liberté dans mon jardin que ma famille utiliserait pour ses œufs ou son lait le moment venus. MAIS (et le MAIS est important) ce mode d’agriculture limitée à petite échelle n’est pas le nôtre actuellement (jamais, nul part, même avec un agriculteur bio ou local). Or je suis fondamentalement contre le modèle que je viens donc de vous décrire. C’est pourquoi je ne veux plus y participer. Le Véganisme constitue finalement une alternative radicale à un système extrême et mortifère et qui a vocation à renverser ce dernier pour la pérennité de l’humanité et du règne animal, pour plus de justice et d’égalité. Pour un vivre ensemble à grande échelle et une remise en cause de nos petites habitudes.

Bien que cela n’ait pas réellement vocation à légitimer mon propos je vous laisse avec de grands penseurs qui ont bien plus le sens de la formule que moi :

  • Albert Einstein : Rien ne peut être aussi bénéfique à la santé humaine et augmenter les chances de survie de la Terre que d’opter pour une diète végétarienne
  • La Martine : On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas.
  • Gandhi : Je crois que l’évolution spirituelle implique, à un certain moment d’arrêter de tuer les êtres vivants que sont les animaux simplement pour satisfaire nos désirs physiques. – La grandeur d’une nation et ses progrès peuvent être jugés de la manière dont elle traite les animaux.
  • Claude Levi – Srauss : Le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses semblables n’est qu’un cas particulier du respect qu’il faudrait ressentir pour toutes les formes de vie.
  • Leonardo da Vinci : J’ai très tôt renoncé à la viande et un jour viendra où les hommes tels que moi proscriront le meurtre des animaux comme ils proscrivent aujourd’hui le meurtre de leurs semblables.
  • Peter Singer : Rien ne justifie de refuser d’étendre le principe fondamental d’égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces – hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur.
  • Confucius : Quiconque a entendu les cris d’un animal qu’on tue ne peut plus jamais manger sa chair.

Théo Schintu.

[1] [Attention les images contenues dans cette vidéo peuvent choquer] : https://www.youtube.com/watch?v=-mY_8O8QMRU

[2] http://www.liberation.fr/sciences/2012/08/30/les-animaux-en-toute-conscience_842936

[3] A l’exception de la vitamine B12 qui n’entre cependant pas dans les préjugés du type « les protéines c’est que dans la viande ! »

[4] http://www.mangerbouger.fr/Les-9-reperes/Les-9-reperes-a-la-loupe

[5] http://www.terraeco.net/Pourquoi-l-elevage-est-le-grand,63012.html

[6] http://www.fao.org/3/a178d78a-c599-4518-b6f5-778051e422e1/i3437f.pdf Page 15

[7] Foley, Jonathan A., et al. « Solutions for a cultivated planet. » Nature 478.7369 (2011): 337-342 sur le site https://lesceptique.ca/2015/12/01/viande-et-vegetaux/#section_dans_le_monde

[8] ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/010/a0701e/a0701e.pdf Page 256

[9] http://www.fao.org/assets/infographics/FAO-infographic-SOFIA-2014-en.pdf

[10] Star Wars I – La Menace Fantôme – Minute 131, définition de Qui Gon Jinn donnée à Anakin alors déconnez pas svp.