Spoilers présents dans cet article.

Un beau matin, douze vaisseaux extraterrestres se positionnent aléatoirement sur Terre. Ne sachant pas trop quoi faire face à ces visiteurs inconnus et aux motivations inexplicables, l’armée américaine et le colonel Weber font appel à la linguiste mondiale reconnue Louise Banks pour dialoguer avec les aliens et comprendre leurs motivations. Accompagnée par le physicien comparé Ian Donnelly, elle va très vite vivre une aventure qui va la bouleverser.

Dès que le premier trailer fut lâché par Sony, on pouvait s’attendre à ce que Premier Contact soit un film qui romprait nettement avec les canons en vigueur dans la science-fiction. Le film de Denis Villeneuve (Sicario, Prisonners) ne se voulait pas une débauche de pyrotechnique, mais au contraire, un film plus calme, plus cérébral. Surtout, son postulat de base d’étudier les premiers contacts entre humains et aliens par le biais de la langue, qui aurait donc une place centrale dans le film, était original et bien trouvé. Et puis le film sorti dans les salles le 7 décembre au terme d’une longue attente. Mais quel est le verdict me demanderez-vous ? Premier Contact est le meilleur film de science-fiction qu’il m’ait été donné de voir depuis Interstellar, faisant jeu égal (bien que ne jouant pas dans la même catégorie) avec le chef d’œuvre de Christopher Nolan.

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Après le film.

Il me sera difficile de vous parler du scénario de Premier Contact sans vous spoiler la fin du film, on va essayer de s’en tenir au strict minimum, mais passez ce paragraphe si vous voulez garder la surprise. L’histoire de base est déjà très originale et intéressante en soi comme nous l’avons évoqué précédemment. Le fait de montrer une linguiste en première ligne face à des aliens, au lieu des traditionnels militaires blindés de mitrailleuses, est un sacré pari parfaitement maîtrisé du début à la fin. À la manière d’un thriller, on suit l’enquête de Louise Banks (très bien interprétée par Amy Adams) pour déchiffrer la langue complexe de ces visiteurs inconnus. Le film ne tombe pas dans des théories scientifiques qui perdent le spectateur. Ici tout est clair limpide, précis, les enjeux sont clairs, les théories invoquées expliquées. L’histoire prend son temps pour se dérouler face au spectateur, et nous offre même un twist assez inattendu qui retourne complètement tout ce que nous avions vu depuis le début dans le film. Ce sont les flashbacks que l’on trouvait accessoires et surfaits qui se retrouvent bouleversés puisqu’il s’agit de flashforwards, et cela au terme d’un retournement de situation que l’on n’a pas vraiment vu venir. Les personnages sont, pour le peu qu’ils sont, bien écrit, exception faite de Ian Donnelly dont les compétences de physicien ne sont pas vraiment mises à profit, se transformant en un assistant du Dr Banks ; mais ce n’est pas le genre de défaut qui va vous gâcher votre visionnage. Même les aliens, qui ne parlent pas, ou plutôt ne s’expriment pas en des termes compréhensibles pour nous, ont un côté à la fois mystérieux, mais en même temps humain puisqu’il sont humanisés lorsque les personnages leur donnent des prénoms. Le fait qu’ils soient présentés comme inoffensifs est déjà un gros changement en soi par rapport aux canons du genre sortis récemment (coucou Independance Day 2). Le scénario est tout du long extrêmement profond et intelligent, sans jamais nous ennuyer malgré le caractère plutôt calme et intimiste du film qui pourrait en rebuter certains.

Pour mettre en scène une telle histoire, il faut nécessairement une technique réussie. Si la réalisation ne brille pas par une originalité transcendante, elle est diablement efficace pour mettre en scène le propos, ni plus ni moins. On retiendra un court plan-séquence de grande envergure lors de l’atterrissage de l’hélicoptère près du vaisseau au cœur de l’intrigue. Ce qu’on retiendra c’est surtout la photographie qui est de haut vol, rendant certains plans superbes à l’œil, et c’est sans doute là l’une des grandes réussites de ce film. La musique, quant à elle, permet de mieux saisir l’intensité de certaines scènes, même si la bande originale ne sera pas la plus marquante que vous aurez entendue. Enfin sur le plan des effets spéciaux il y a quelques éléments supplémentaires à ajouter. Bien que le but du film ne soit pas d’en mettre plein la vue, la modélisation des aliens semble un peu inachevée, tout du moins leur apparence n’est pas d’une originalité légendaire, puisque ce sont de grandes créatures grises. Sur ce point, Villeneuve a fait un choix assez astucieux : pour éviter de trop en montrer, les extraterrestres sont constamment plongés dans un brouillard qui fait qu’on ne les distingue jamais nettement, laissant planer un mystère autour de leur réelle apparence. Mais Premier Contact ne tombe pas dans la démesure numérique comme d’autres films de science-fiction, il reste très sobre, pour notre plus grand plaisir.

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Rien que ce plan est beau.

Enfin sur le plan du message délivré, il est très difficile de me prononcer puisque cela dépendra de la perspective de chacun, et je suis forcé de reconnaître que je ne suis pas très fort à cela. On remarque que le film a un côté très biblique avec ces créatures qui viennent du ciel dans le but de réunir l’humanité, faisant une sorte de mythe de Babel inversé où l’humanité est réunifiée par la langue au lieu d’être divisée par elle comme cela est écrit dans la Bible. Le film se veut très optimiste, puisqu’il imagine un monde sans frontières, où l’humanité serait débarrassée des conflits, ce qui fait très écho à l’actualité récente dans un monde où chaque État semble vouloir se replier sur lui-même. Citons aussi le traitement des militaires, d’habitude considérés comme les sauveurs de l’humanité par le cinéma de science-fiction moderne, ils sont ici présentés comme des hommes guerriers et impulsifs, qui menacent d’emmener l’humanité à sa perte face à l’inconnu qui frappe à sa porte. On pourrait presque être amené à dire que Premier Contact est un film humaniste.

Avec Premier Contact, Denis Villeneuve réussit une incursion brillamment réussie dans la science-fiction contemporaine. Totalement rebours de la concurrence hollywoodienne, il arrive à nous proposer un film beau, captivant, original et intelligent, mais surtout d’un calme incroyable. Le film compte qu’une seule explosion sur deux heures, on a rarement vu plus calme. Denis Villeneuve réussit un coup de maître, sans trop se forcer. Le réalisateur dirigera Blade Runner 2049, la suite du film de Ridley Scott, et après avoir vu premier Premier Contact, il semble clair que le projet est entre de bonnes mains, les doutes et inquiétudes étant quasiment dissipés.

Points positifs :

  • Le scénario du début à la fin.
  • L’originalité de l’idée de base.
  • Visuellement c’est beau.
  • La musique, bien que peu présente.
  • Le jeu d’Amy Adams, mais aussi les autres acteurs.
  • Les thèmes abordés.
  • Quelques idées de réalisation vraiment bien trouvées.

Points négatifs :

  • Les plus pointilleux diront que les aliens auraient pu être mieux modélisés.

Gigi Abrams