Home Sport La Russie et les Jeux : entre indécision et incohérence

La Russie et les Jeux : entre indécision et incohérence

La Russie et les Jeux : entre indécision et incohérence

Alors que les Jeux battent désormais leur plein sous le soleil de plomb de Copacabana, certains athlètes russes se sont offerts le scalp de participer à des Jeux auxquels ils auraient pu ne pas être conviés. Retour sur le fiasco orchestré par le CIO.

Le plus gros scandale du sport mondial depuis plus d’une décennie tenait en deux mots : rapport McLaren. Publié en juillet dernier, il mettait en avant le dopage d’État mis en place par les autorités russes, notamment en vue des JO de Sotchi pour faire du sport russe l’un des fers de lance de la puissance de la nouvelle Russie de Poutine. Sauf que ce rapport, précédé des déclarations fracassante de l’athlète russe Stepanova, est venu semer le trouble sur la propreté d’un nombre effarant de sportifs russes. S’ensuivait alors un fiasco encore plus grand, mêlant à la fois la neutralité, tant prônée par le CIO depuis des années, et géopolitique.

Ce cocktail détonnant a finalement permis à certains Russes de passer entre les mailles du filet alors qu’ils avaient été convaincus de dopage. La faute au CIO qui, malgré les protestations vives de l’Agence Mondiale Antidopage, a choisi de botter en touche en laissant chaque fédération internationale sélectionner les sportifs russes aptes à concourir pour ces Jeux. Autrement dit, tout sportif ne respectant pas les valeurs de l’olympisme, principalement en ce qui concerne le dopage, ne devait pas prendre part à ce qui est supposé être la plus grande fête du sport. Cette décision, si elle peut paraître juste par respect pour les sportifs n’ayant rien à avoir avec ce système mis en place par l’État russe, semble avant tout faiblarde alors qu’elle aurait pu servir d’exemple pour tous, la faute sans doute à la forte pression menée par les autorités russes et les athlètes les plus emblématiques, à l’instar de la sauteuse à la perche Yelena Isinbaeva.

Quelles sont les conséquences de cette décision ? Le CIO s’étant délicatement délaissé de cette question, les fédérations internationales de tous les sports ont le plus souvent recalé la plupart des concurrents russes condamnés pour dopage. Jusque là pas de surprise. Sauf que certains d’entre eux ont fait appel de cette sanction et ont parfois obtenu gain de cause. La morale de l’histoire ? Des sportifs a priori « cleans » toute leur carrière se sont faits injustement recaler pour ce qui devait être l’épreuve de leur vie, l’épreuve pour laquelle ils ont fait tant de sacrifices, ils ont consacré leur vie entière parfois. D’autres en revanche pourront se dandiner dans le village olympique tout en ayant déjà consommé des substances illicites par le passé suite aux décisions du Tribunal Arbitral du Sport. Complètement insensé. C’est toutes les valeurs du sport qui sont bafouées ici. Quand on pense que des sportifs tels que Efimova en natation ont tenu les premiers rôles pour décrocher une médaille, on en regretterait presque la décision du CIO d’autoriser les Russes à prendre part aux Jeux. Il faut néanmoins nuancer en précisant que les sportifs tsars ne sont pas les seuls à « pisser violet ». Justin Gatlin va bien disputer le Graal olympique à Usain Bolt alors que tout le monde connait très bien son passé peu glorieux avec les produits dopants. Il paraît aujourd’hui incroyable que le CIO n’arrive pas à mettre en place la règle du bannissement à vie de tout athlète contrôlé positif, histoire de faire entrer dans les mentalités que le dopage ne gagnera pas, aussi dur que cela puisse être pour le sportif concerné.

Enfin, le summum de l’incohérence est arrivé plus récemment, lorsque le Comité International Paralympique a lui annoncé que l’ensemble des sportifs russes seraient privés de toute compétition lors de ces Jeux. Certes le CIO et le CIP sont à distinguer mais où est donc la logique ? Les athlètes valides non concernés auraient le droit de participer et pas les athlètes invalides ? Le respect de l’intégrité du sportif handisport n’y trouve pas son compte dans cette histoire et c’est toutes les valeurs de l’olympisme qui en prennent un coup. Encore une fois.

Clément Aubry alias « Martine »