Attention, spoilers présents dans cet article. Je précise que je donne mon avis dans cet article, je vais donc utiliser souvent « je » parce que c’est mon avis personnel et que je ne l’universalise pas en le prenant pour vérité absolue.

Vous vous souvenez du dernier blockbuster vraiment subversif que vous avez vu ? Par là je veux dire un blockbuster qui a vraiment cassé les codes en vigueur dans le fond et pas seulement dans la forme : un méchant qui reste toujours méchant, une fin qui n’est pas heureuse, la morale des gentils qui est totalement brisée, etc. Personnellement, je peux les compter sur les doigts d’une main, et ils sont quasiment inexistants dans le genre des films super-héros. C’est normal me direz-vous, l’industrie du blockbuster hollywoodien est ultra-calibrée, le but des studios est de faire le plus de chiffre et donc d’être aussi consensuel que possible pour amasser un max de dollars au box-office. On a bien eu la tentative Deadpool, mais au final le film restait très classique dans son déroulement même si sa violence tranchait radicalement avec les codes en vigueur. Si je parle de cela c’est parce que au départ, Suicide Squad nous promettait d’être ce film subversif, ce film qui casse les codes en vigueur dans les films de super-héros en mettant au premier plan les pires méchants de l’univers DC, avec en prime une bonne grosse réflexion donnée au spectateur. Tout un programme. Mais au final, Suicide Squad s’avère autant subversif que cet étudiant de l’IEP qui annonce devant toute la promo qu’il va dire au prof de TD que son cours est pourri, mais qui finalement s’écrase devant le personnage en question par peur de représailles.

Mais déjà de quoi parle Suicide Squad ? C’est le troisième film de l’univers cinématographique DC, centré sur la Task Force X/Suicide Squad. Après les évènements de Batman vs Superman, le gouvernement américain flippe un peu et décide de créer une unité spéciale secrète regroupant tous les plus gros vilains DC pour sauver le monde. Pas besoin d’aller plus loin. Des vilains qui sauvent le monde, un pitch à la base super intéressant et original, mais qui est totalement vidé de son propos pour en faire un film quelconque.

Parce que oui, n’y allons pas par quatre chemins après tout, Suicide Squad n’est pas un bon film. Loin d’être cependant la catastrophe annoncée par les critiques, le film de David Ayer (le mec qui a aussi fait Fury) n’a quasiment rien pour lui et accumule les défauts grossiers qui détruisent tout le potentiel du film. Le film a eu un développement chaotique qu’il faut souligner : après l’échec critique de Batman vs Superman, Warner a demandé des reshoots pour rendre le film plus comique (lui faisant perdre le côté sérieux et sombre prometteur des premiers trailers), et après une campagne marketing très agressive, The Hollywood Reporter a révélé que Warner a fait pression sur le réalisateur et que le film a pris cher au montage (Warner faisait même son propre montage en parallèle d’Ayer, le film au cinéma étant un mix des deux) ; un film charcuté par le studio donc. En gros, on ne s’attendait plus au film de la décennie.

Le plus gros défaut de Suicide Squad, et de TRÈS LOIN, c’est son scénario écrit en six semaines. On ne va pas s’éterniser sur le déroulement de l’histoire qui est très, trop, classique et qui consiste simplement à aller battre le méchant pour sauver la planète, et à la fin tout le monde est content. Le film n’aborde pas de thématique intéressante/originale, reste très correct dans son déroulement ne prend jamais les risques qui sont offerts par les super-vilains. Parce que là où l’on s’attendait à un film hautement subversif on se retrouve avec une œuvre qui transforme des vilains psychopathes en gentils bisounours qui sauvent le monde. Un exemple vous dites ? Le fait qu’ils soient tous potes à la fin, y compris avec leurs chefs, et qu’ils se plient sans trop rechigner aux ordres, etc. Exception faite à un moment, à la fin, alors que la méchante du film leur propose de la rejoindre (et donc de ne pas la tuer), Harley Quinn semble accepter en balançant un « Pourquoi sauver un monde qui ne nous aime pas ? », MAIS VOILÀ C’EST CE FILM QUE JE VOULAIS VOIR. Un film de ce style, où les méchants se demandent constamment pourquoi sauver le monde et qui à la fin explosent toutes les règles morales de leurs supérieurs en utilisant des moyens non conventionnels, et pas une fin guimauve comme celle donnée. Ce qui manque vraiment aussi c’est l’écriture des personnages : c’est bien beau de faire un film avec une équipe de super-vilains, mais si ce n’est que pour en développer correctement deux il vaut mieux s’abstenir. Plutôt que de faire de longs discours, on va se pencher sur chacun des personnages présents sur l’affiche officielle du film :

  • Deadshot, personnage principal, 60 % du temps d’écran du film, sa seule motivation est de retrouver sa fille (un enjeu vu et revu jusqu’à l’usure). Meilleur tireur d’élite au monde, il n’utilise vraiment cette super compétence que deux fois dans le film, se contentant de tirer dans le tas le reste du temps. C’est le personnage le mieux développé du film et donc le plus intéressant, sans compter que Will Smith fait bien son boulot.
  • Harley Quinn, assistante de Deadshot, 30 % du temps à l’écran et lanceuse de punchlines. C’était le personnage le plus attendu, et son côté psychopathe est bien présent avec la performance de Margot Robbie (avec Will Smith ils portent quasiment le film). Elle a aussi un passé bien développé qui permet de situer le film. Malheureusement, son écriture la transforme en « caricature sexiste […] réduite à une stripper en culotte moulante qui réclame d’être maltraitée » comme le dit Première (c’est ce qui se rapproche le plus de mon impression), sentiment renforcé par une réalisation qui vise un peu trop souvent sous la ceinture. Sa relation avec le Joker se transforme en banal love-story, bien que très dérangeante par moment, à l’image de cette scène surréaliste dans un club de strip-tease qui m’a mis très mal à l’aise.
  • Le Joker, le personnage le plus attendu de tous y compris par moi, a été clairement survendu par Warner lors de la campagne promotionnelle (en insistant sur son attitude déplacée sur le tournage quand il a par exemple envoyé des préservatifs usagés à Smith). En réalité, le méchant iconique interprété par Jared Leto n’est présent que dix minutes à l’écran (le montage honteux est passé par là), soit trop peu pour qu’on puisse juger. Le peu que l’on a vu permet de voir une performance ni géniale, ni horrible, mais juste sympa (parfois un peu forcée), mais desservie par un look absolument raté qui le fait plus passer pour un chef de gang barré que pour le meurtrier psychopathe qu’il est.
  • Amanda Waller, celle qui a formé la Suicide Squad, est peu présente, mais on comprend parfaitement qu’elle n’est pas commode au travers de ses apparitions. C’est sans doute la seule qui n’ait pas besoin d’avoir un passé développé pour que l’on comprenne vraiment qui elle est.
  • Rick Flag, qui dirige tout ce beau monde sur le terrain, est juste un militaire amoureux de l’Enchanteresse sous sa forme humaine. Rien d’autre, rien de plus, le personnage est inintéressant durant le film.
  • L’Enchanteresse/Jane Moone sous sa forme humaine est la grande méchante sorcière du film, sortie d’un peu de nulle part. Rien sur son passé, hormis qu’elle est plus vielle qu’un prof de fac, qu’elle a dominé les humains il y a longtemps et qu’elle n’est pas très sympathique. Elle semble avoir un frère sorti de son chapeau et qui a lui aussi zéro charisme. Bonne chance pour faire peser une menace concrète.
  • Capitaine Boomerang, qui est australien comme son nom l’indique. On sait qu’il sait bien utiliser les boomerangs, qu’il vole des trucs, qu’il fait des blagues et qu’il n’aime pas trop être dans ce film. Aucun charisme, aucun passé, aucune utilité.
  • El Diablo, personnage cliché (Hispanique et ancien membre d’un gang tatoué comme jamais), mais vachement intéressant. Bien que son passé soit sous-développé, on comprend en partie la psychologie complexe de ce personnage qui au début refuse d’agir lors des combats. Les deux moments où il entre en action sont assez épiques puisqu’ils suffisent à comprendre la puissance de ce personnage. Mention spéciale à son moment lors du combat final qui est assez impressionnant. Un personnage qui méritait clairement mieux.
  • Killer Croc, monstre cannibale, est un vrai gâchis. Il doit avoir quatre répliques dans le film, dont la moitié sont des blagues. À aucun moment il n’arrive à nous faire peur, son passé n’est pas développé. On sait que c’est un monstre quand on voit qu’il a bouffé les Seals avec qui il devait poser la bombe pour tuer le frère de la méchante sorcière. La scène de fin où il demande une télé pour pouvoir regarder du rap après avoir sauvé le monde est tellement ridicule qu’elle détruit ce qui restait du personnage.
  • Katana, samouraï du Japon arrivé à l’improviste est transparente. Elle n’a qu’une seule réplique en français, le reste étant en japonais. Elle doit donner deux-trois coups de sabre en tout dans le film. On apprend qu’au Japon elle tue ce qui semble être des yakuzas qui ont tué son mari et dont l’âme est enfermée dans son sabre (comme tous ceux tués avec ce sabre), mais à aucun moment on ne sait ce que cela apporte lors des combats ni le pourquoi du comment.
  • Slipknot, cinq minutes à l’écran, deux répliques balancées, aucun passé, et tué alors qu’il venait d’arriver. La meilleure blague du film.
Afficher l'image d'origine
Quand toi et ton pote occupez 90% du temps à l’écran du film.

Mais si encore il n’y avait que des problèmes d’écriture qui plombaient le film, on pourrait encore le sauver, MAIS NON BORDEL. Le montage est un ratage total, en particulier sur les scènes d’action. On se retrouve avec des plans qui ne durent pas plus de cinq secondes (j’ai vraiment compté au bout d’un moment) ce qui rend l’action extrêmement difficile à suivre et totalement illisible. On n’a aucun plaisir à regarder ces scènes d’action, qui même de base n’avaient pas l’air génial (et surtout le combat final). Et vous aurez la désagréable impression qu’il manque des morceaux de films, que vous êtes en train de regarder un film incomplet, et vous aurez raison. On ne va pas parler de la réalisation qui se contente de faire le boulot demandé et dont la seule fulgurance est de filmer les fesses d’Harley Quinn sous différents angles ou de faire des ralentis quelconques. OK David Ayer n’a pas le niveau de Zack Snyder, mais il aurait pu faire un effort quand même pour que cela soit sympathique à regarder.

Là vous vous demandez sans doute si j’ai aimé quelque chose dans ce film. Oui, ce film n’est pas une catastrophe comme Fantastic Four et il y a des points positifs. Le début du film est plutôt bien foutu et pose bien les bases des quelques personnages qui ont la chance d’être développés. L’esthétique du film notamment en ce qui concerne les logos et le générique est sympathique, mais pas de quoi en faire un paragraphe. Certaines musiques sont sympathiques et collent bien à la situation, rajoutant un côté fun au film que les blagues moisies des personnages n’arrivent pas vraiment à donner. Et enfin, l’impression que ce film avait un fort potentiel pour atteindre un très bon niveau est présente sur toute la durée du long métrage, ce qui me pousse personnellement à être moins dur avec lui. Enfin, les caméos de Batman et The Flash ont suffi à me faire sourire même s’ils ne duraient que quelques secondes.

Mais pour autant, ces quelques points positifs mineurs n’arrivent pas à contrebalancer les énormes défauts d’écriture et de techniques qui gâchent le film. Je suis ressorti de la salle avec un sentiment de frustration, et que ce film prometteur a été gâché par Warner et David Ayer qui ont chacun leur part de responsabilité dans ce fiasco. Suicide Squad est un échec, et un bon gros échec par rapport à ce qu’ils prétendaient être : un film hautement subversif jamais vu où les pires psychopathes auraient été au centre dissimulant l’opposition entre gentil et méchant. On se retrouve avec un film où les vilains font le boulot des gentils, sans nuance, avec un happy-end qui fait grincer des dents. Suicide Squad se veut être un film original dans son déroulement, mais il échoue lamentablement, se transformant en un film vu et revu. Suicide Squad est un échec, reste à espérer que Warner en tire la leçon et ne transforme pas les prochains films de l’univers cinématographique de DC en Suicide Squad bis. Wait and see comme dirait l’autre.

Suicide Squad en résumé si tu as eu la flemme de tout lire :

Points positifs :

  • À la base ça avait un sacré potentiel.
  • Il y a des musiques qui sont cools.
  • Les performances de Will Smith et de Margot Robbie qui portent le film.
  • Le début du film bien fait et donne de l’espoir.

Points négatifs :

  • Le scénario en général.
  • L’omniprésence de Deadshot et Harley Quinn.
  • Le traitement d’Harley Quinn et de sa relation avec le Joker qui laisse un sentiment de malaise.
  • Les ¾ des personnages ne sont pas développés correctement, voire ne sont pas développés du tout.
  • Les gâchis que sont El Diablo et Killer Croc.
  • L’Enchanteresse, une catastrophe en termes de méchant final.
  • Le Joker inexistant et quelconque au final.
  • Le montage absolument dégueulasse des scènes d’actions.
  • Il manque des morceaux du film non ?
  • La réalisation sans âme.
  • Toute cette campagne marketing pour ça ?

Gigi Abrams

Afficher l'image d'origine
« Mais qu’est-ce que je fous dans ce film moi ? »